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Le loup et la lapine | feat Jake

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Carol Silver-Fox

Terranide

Le loup et la lapine | feat Jake

mercredi 14 octobre 2026, 14:30:25

Alors que je range mes vêtements dans l’armoire du ryokan, je me surprends à rire brièvement seule. Comment ne pas rire lorsque l’on se dit que tout le week-end qui va suivre est le résultat d’un improbable hasard et d’un excès de solidarité de ma part… Il y a un peu plus de trois ans, je fus apostrophée par des gens dans la rue en faisant du shopping. Ces gens qui, en général, essayent de vous soutirer des sous pour la cause animale ou je ne sais quoi. La plupart du temps, je m’évertue à changer de trottoir pour les esquiver, mais cette fois-là, dans un élan de faiblesse, j’ai consenti à m’arrêter pour les écouter.

Ils travaillaient pour une association qui lutte pour créer du lien entre des détenus et l’extérieur en favorisant l’échange épistolaire. Je dois reconnaître avoir été perplexe de prime abord. Je ne me voyais guère taper la discute avec un taulard miteux. Après tout, est-ce mon problème s’ils souffrent de solitude ? Il fallait y penser avant de faire des conneries - ou, à défaut, de se faire prendre. J’ai accepté, plus dans l’idée de me débarrasser de ces gens que par réelle conviction, en me disant qu’ils auraient suffisamment de bénévoles pour que je puisse me rétracter.

Puis ils m’ont contactée la semaine suivante ! C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Jake, le prisonnier que l’on m’avait attribué. Si, au début, les échanges étaient assez banals - je me demande si lui aussi ne participait pas à ce programme en traînant les pieds, je dois reconnaître m’être pris au jeu rapidement ! Sécurité oblige, nous étions forcés de passer par des lettres papiers, pas de messagerie instantanée. Les photos personnelles étaient interdites et les courriers étaient, bien sûr, lus avant d’être distribués. Qu’à cela ne tienne ! Si on pouvait pas envoyer de photos, nous avons de l’imagination et nous nous sommes donc décrits l’un l’autre. C’est ainsi que je me suis décrite le plus fidèlement possible, jusqu’à lui dire mon tour de poitrine. J’ai ainsi appris qu’il était un homme lycanthrope colossal. Ce qui n’est pas pour me déplaire, s’il n’a pas menti ou exagéré - on connaît les hommes, hein ! Je lui ai également parlé de ma vie et combien je m’ennuie avec mon époux. Certes, je n’ai pas formulé ça ainsi, mais s’il est capable de connecter deux neurones, il aura compris. Nous n’avons toutefois jamais abordé les motifs de son incarcération. Non pas que ce soit interdit, mais c’est déconseillé par l’association. Le but étant de changer l’esprit des prisonniers et non pas de leur rappeler pourquoi ils sont là. Je suppose simplement que ceux qui sont dans le programme sont ceux qui ont commis les crimes les moins graves. Enfin, j’espère !

En trois ans, nous avons largement eu le temps de nous lier et je dois admettre que j’ai hâte de le rencontrer. La date de sa remise en liberté approchant, j’ai pris contact avec son futur agent de probation pour qu’il lui fournisse mon numéro une fois dehors. Si je m’attendais à ce que mon louloup prenne le temps de prendre ses marques avant de me contacter, il en fut tout autrement ! Il m’a contactée hier pour me dire qu’il voulait me voir… Il a été sympa comme à son habitude, mais un loup libre après huit ans sans toucher une femme qui s’empresse de contacter sa pote lapine… C’est peut-être moi qui ai l’esprit mal placé, mais je pense deviner pourquoi il a si vite besoin de moi !

Quoi qu’il en soit, sortir de prison doit se fêter dignement et, futur défouloir pour gros loup ou pas, je suis bien déterminée à le chouchouter tout le week-end. Je lui ai proposé de réserver une auberge traditionnelle japonaise au pied d’une montagne. Dans la suite, nous avons, bien sûr, la chambre avec les futons, un onsen privé et un salon qui donne sur un balcon avec vue sur ladite montagne. Je l’ai prévenu que j’arriverai un peu en avance afin de m’assurer que tout soit en ordre et, au besoin, graisser la patte de la gérante pour pas qu’elle soit pénible sur les tatouages.

Bref. C’est comme ça que je me retrouve à défaire ma valise et à enfiler un tout petit ensemble pour l’accueillir comme il se doit. De couleur rose poudré, le haut est constitué de dentelle au niveau de la poitrine et d’un tissu tombant jusqu’à mi-fesses, fendu sur les côtés pour laisser apparaître le string de la même couleur. Bien sûr, j’ai d’autres tenues tout aussi sexy et des plus habillées s’il prend à Jake l’envie de sortir se balader.

Alors que je commence à fantasmer à la perspective de la lapine se faisant dévorer par le gros méchant loup, je vais m’installer sur le balcon pour l’attendre. J’attrape mon mobile et lui fais une photo, que je lui envoie avec le texte « il ne manque plus que toi », accompagné d’un émoji faisant un bisou-cœur. C’est alors qu’il me vient une vilaine pensée… s’il m’avait menti depuis tout ce temps et que le loup alpha était en réalité un vieux bedonnant et ronflant ? Non. Je ne peux y croire. Je ne veux y croire ! Au pire du pire, je saute par dessus le balcon et détale comme une lapine.

Je n’ai toutefois pas le temps d’y songer davantage : mes oreilles se dressent sur ma tête et mon bunny sens se met en alerte.

Danger en approche !


Tenue : ici !
« Modifié: mercredi 14 octobre 2026, 15:16:27 par Carol Silver-Fox »

Jake Grimwood

Créature

Re : Le loup et la lapine | feat Jake

Réponse 1 vendredi 16 octobre 2026, 22:53:09

Chapitre I : Sortie de Prison.

Spoiler (cliquer pour montrer/cacher)

Chapitre II : Dehors, enfin.

Spoiler (cliquer pour montrer/cacher)

Chapitre III : ... Carol.

Trois ans.

Trois années de lettres, de papelards, d'encre et de mots soigneusement choisis. Trois années à apprendre à connaître une femme sans jamais pouvoir la regarder dans les yeux, à découvrir ses habitudes, ses goûts, son humour, ses petites manies. Trois années à attendre la prochaine enveloppe avec un intérêt que j'ai fini par ne plus chercher à dissimuler.

Carol. Tout est parti à cause d’une foutue asso’ qui était clairement pas dans l’ambiance de mes projets. J’en voulais au monde entier, alors pas question d’avoir ce monde en question dans une enveloppe.

Son prénom me traverse l'esprit et j'esquisse un sourire.

Au début, nos échanges sont plutôt prudents. On tâtonne, on se jauge à distance, on parle de choses banales parce qu'on ne sait pas encore ce qu'on peut se permettre de raconter. Puis les lettres deviennent plus longues. Plus personnelles. On finit par parler de tout et de rien, de nos journées, de nos souvenirs, de ce qui nous fait rire et de ce qui nous emmerde. Elle me raconte sa vie, son boulot, son quotidien, et j'apprends à reconnaître sa façon de penser à travers ses phrases.

Ses milliards de gosses, sa poitrine qui fait la taille d’une coopérative laitière, et se repose sur des hanches qui ferait passer une vache pour un lévrier carencé.

Elle ne peut pas m'envoyer de photo, alors elle me décrit son apparence. Je fais pareil. On joue le jeu, on se donne des détails, on se construit une image l'un de l'autre avec les moyens du bord. C'est parfois ridicule, souvent drôle, et ça devient peu à peu quelque chose que j'attends avec une impatience que j'aurais eu du mal à expliquer à l'époque.

Elle est là quand mes journées se ressemblent toutes. Quand les murs me donnent l'impression de se rapprocher. Quand j'ai le sentiment de n'être plus qu'un numéro dans un système qui a déjà décidé ce que je vaux. Ma mère vient me voir régulièrement, et je lui en serai reconnaissant jusqu'à la fin de mes jours, mais Carol m'offre autre chose. Une connexion avec l'extérieur. Une petite fenêtre ouverte sur un monde que j’peux pu’ toucher.

Elle ne me demande pas de raconter les raisons de ma présence derrière les barreaux. Je ne lui demande pas de résoudre les problèmes de sa vie. On échange, tout simplement. Et ça suffit à rendre certaines journées un peu moins longues.

Maintenant, j'vais la rencontrer.

Je serre le volant.

J'ai hâte. J'appréhende aussi, même si j'préfère me faire arracher une canine plutôt que de le reconnaître à voix haute. Et si le courant ne passe pas ? Si on se retrouve face à face avec rien à se dire ? Si elle me regarde et se demande comment elle a pu passer trois ans à écrire à un type qui ressemble à un videur de boîte de nuit sorti d'un mauvais polar ?

Et puis, y a l'autre possibilité. Celle où j'ai imaginé une femme qui n'existe pas tout à fait, parce que les lettres laissent toujours de la place à l'imagination. Elle aussi s'est construit un Jake dans sa tête. Rien ne garantit que celui qu'elle va découvrir lui plaira. Et, imaginons qu’elle aussi c’est un cageot ? Tant pis, j’ferais ce que j’ai à faire et je la laisserais toute contente sur son lit. J’crois que j’pourrais enculer un estropié consentant s’il me restait que ça.

« On verra bien, ma jolie. »

***

Je gare la Charger, coupe le moteur et reste un instant derrière le volant.

Bon.

J'inspire, attrape mon sac et descends de voiture. Je verrouille les portières, puis prends la direction de l'entrée. À l'intérieur, l'accueil se passe sans histoire. Je donne le nom de la réservation, on me renseigne, puis on me conduit vers la suite.

C'est en traversant le couloir que mon téléphone vibre dans ma poche.

J'le sors, déverrouille l'écran et découvre un message de Carol, accompagné d'une photographie.

J'm'arrête net.

Putain de bordel de merde.

J'ai devant moi une lapine aux longs cheveux bleus, avec une tresse qui lui tombe sur l'épaule, de grands yeux rouges soulignés de noir et des oreilles immaculées dressées au sommet du crâne. Elle m'adresse un sourire tranquille, presque malicieux, on aurait dit qu’elle savait parfaitement le bordel qu'elle est en train de foutre dans ma cervelle. Mais c'est sa tenue qui achève de me coller les deux pieds dans le ciment. Une nuisette rose poudré, légère, bordée de dentelle sur la poitrine, dont le tissu plissé épouse ses formes généreuses avant de s'arrêter à mi-cuisses. Les fines bretelles lui dégagent les épaules, tandis que les pans fendus sur les côtés dévoilent suffisamment de peau pour que mon imagination, cette vieille saloperie, se charge de remplir les blancs.

Et sa poitrine...

Putain.

J'ai beau avoir eu trois ans pour me faire une idée de son physique, les descriptions écrites ne m'ont manifestement pas préparé à la réalité. Sa poitrine généreuse semble sur le point de faire rendre les armes à la dentelle qui la retient, et j'ai soudain l'impression que tout le sang de mon corps vient de recevoir un ordre de transfert vers une région bien précise située sous ma ceinture. Mon ventre se contracte, une chaleur brutale me remonte le long de la nuque et j'reste là, le téléphone dans la main, avec la gueule d'un type qui vient de se prendre un parpaing en pleine tronche.

J'agrandis machinalement la photo. Comme si j'avais besoin de ça.

« Nom d'un cabot castré... »

Huit ans à bouffer du béton, à dormir sur des matelas qui feraient passer une planche pour de la literie de luxe, et il suffit d'une photographie pour que mon cerveau se transforme en flaque sur le carrelage. J'ai connu des situations dangereuses, des types qui avaient vraiment envie de me refaire le portrait, mais aucune de ces merdes ne m'a jamais mis dans un état pareil.

Le message apparaît sous la photo.

Il ne manque plus que toi.

Avec un petit cœur qui envoie un bisou.

J'la relis une fois. Puis deux.

« Ah, la petite garce... »

Y a aucune méchanceté dans ma voix. Juste un mélange de stupeur, d'amusement et d'une envie autrement moins présentable. Carol m'attend dans une suite avec un onsen privé, au pied d'une montagne, habillée comme ça, et elle trouve encore le moyen de me balancer un message innocent. Si elle cherche à me faire perdre les pédales avant même qu'on se retrouve face à face, j'suis au regret de lui annoncer que l'opération est une réussite complète.

J'inspire profondément, verrouille l'écran et fourre le téléphone dans ma poche, comme si ça pouvait remettre un peu d'ordre dans la baraque.

Ça ne change rien.

J'ai encore son sourire dans la tête, ses oreilles dressées, cette tresse bleue, et l'image de cette nuisette qui vient de prendre une place indécente dans mon esprit. Je passe une main sur ma mâchoire barbue et souffle longuement par le nez.

« Bon, Grimwood. Maintenant, va falloir assurer. »

Parce que derrière cette photo, y a Carol. La vraie. La femme qui m'écrit depuis trois ans, qui m'a tenu compagnie quand les journées ressemblaient à des enterrements et qui m'attend aujourd'hui comme si j'avais toujours eu ma place dans sa vie.

Et ça, bordel, c'est peut-être encore plus intimidant que le reste.

Je reprends ma marche, mes pas étouffés par le sol. Plus j'approche, plus je sens cette drôle de tension s'installer dans le ventre. C'est con. J'ai traversé des situations autrement plus dangereuses sans avoir le cœur qui joue du tambour contre mes côtes, et me voilà à hésiter devant une porte comme un adolescent qui va embrasser sa première copine.

J'arrive devant le numéro indiqué et m'arrête.

Je passe une main sur ma mâchoire, puis sur ma nuque. J'ai pas de fleurs, pas de cadeau, pas de discours préparé. J'ai un sac, des fringues trop serrées et huit années de taule dans les pattes. Ça devrait suffire à faire une entrée en matière mémorable.

Je lève la main et frappe deux coups contre le bois.

« Carol ? C'est Jake. »

Ma voix sort grave, un peu rauque, et je laisse retomber ma main.

J'attends.

Quelques secondes passent. Je baisse les yeux vers mon sac, puis les relève vers la porte. Je me demande si elle est aussi nerveuse que moi. Si elle a préparé quelque chose à dire. Si elle va me sauter au cou ou me regarder comme si j'étais un meuble qu'on vient de livrer dans le mauvais appartement.

Un sourire discret me vient malgré moi.

« Allez, Grimwood. T'as connu pire. »

J’redresse les épaules, passe une dernière fois la main sur mon visage et attends que la porte s'ouvre.

Pour la première fois depuis huit ans, j'ai quelque chose à attendre qui ne dépend ni d'un gardien, ni d'un horaire, ni d'une foutue porte en acier.  Jusqu’à ce que mon flair m’annonce un autre message.

Les phéromones. Ma pupille s’allonge et se transforme en regard lupin avant de se dilater pour mieux tirer une veine sur ma tempe.

… Et merde.
« Modifié: vendredi 16 octobre 2026, 23:22:43 par Jake Grimwood »

Carol Silver-Fox

Terranide

Re : Le loup et la lapine | feat Jake

Réponse 2 dimanche 18 octobre 2026, 16:49:40

Je reste figée sur ma chaise en bois, les oreilles dressées sur la tête. Mon bunny sens ne me ment jamais ! Pourtant, je ne vois rien dehors. Juste les arbres au pied de la montagne et les poissons qui nagent paresseusement dans la source naturelle en contrebas. Rien de rien, et pourtant, une odeur piquante de testostérone me signale qu’il y a bien quelque chose non loin… Je sursaute quand j’entends frapper à la porte de la chambre. Non, ça serait pas… ? Une voix s’élève. Ah, bah si !

Je bondis de ma chaise et file vers la porte. Je dois admettre avoir un instant d’hésitation, comme si je remettais mes choix de vie en question en quelques secondes, avant d’envoyer valser ces pensées parasites. J’ouvre la porte.

Oh, la vache. Enfin, non. Oh, le loup !

Sous mes yeux ébahis, j’ai droit à la vision d’un mâle gigantesque. Je suis si surprise que je ne saurais dire si ma tête ressemble au Cri de Munch ou à un emoji avec des cœurs dans les yeux. Mon loup est là. Tu es là. Pour de vrai, en face de moi, et quelle présence ! Peut-être est-ce les huit années de taule à crever de faim, mais ton aura virile est écrasante. Un musc testostéroné aussi violent qu’alléchant - oui, je suis une lapine maso. Je sens mon bas-ventre s’enflammer face à ta présence. L’avantage de porter un string en ayant les ovaires en feu, c’est que la surface de tissu souillé de mouille est réduite. L’inconvénient, c’est que n’ayant rien pour contenir, le plaisir de te voir s’écoule le long de mes cuisseaux !

Faisons comme si de rien n’était… Ça va bien se passer.

— Eh bah… Pour une fois qu’un mec exagère pas ! lancé-je dans un sourire amusé pour justifier mon temps de réaction. Tu as pas menti, un vrai colosse !

Je bondis dans tes bras et enroule les miens autour de ton cou.

— T’as vu, moi aussi je t’ai pas menti : je suis bien une lapine ! ajouté-je en pointant mes oreilles d’une main.

Je te serre dans mes bras, autant que peut serrer une lapine, puis je me laisse glisser le long de ton corps. Une fois les pieds à nouveau au sol et la surprise passée, je réalise que tes vêtements sont trop petits. C’est à se demander comment les coutures n’ont pas explosé jusqu’ici ! 

— La semaine prochaine, on va te retrouver des vêtements ! lancé-je en riant. Allez entre !

Je me détourne pour ouvrir le chemin, te gratifiant au passage du balancement de mon derrière et de la nuisette virevoltant sur mes hanches. Puis, une fois que tu es entré, je ferme la porte derrière nous. J’entreprends alors de te faire visiter notre chambre pour ce week-end.

— Alors là, tu as le salon. On pourra se faire livrer le repas ici ou descendre au restaurant, comme tu préfères. On a un balcon, en plus, avec vue sur la montagne. Par là, c’est la chambre. Dans cette armoire, tu peux mettre ton sac. L’autre, c’est pour les futons. Là, tu as la salle de bains et, juste à côté, notre onsen privatif. Bon, il est peut-être un peu petit, celui en bas est plus grand. Voilà, voilà ! C’est pas grand-chose, mais j’espère que ça te plaît !

Je reviens dans le salon après t’avoir fait faire le tour. Je me penche alors pour ouvrir un minifrigo - tu vas finir par croire que je fais exprès de te montrer mon derrière et peut-être que ce n’est pas totalement faux - pour en sortir une bouteille de champagne. J’attrape ensuite deux flûtes et les remplis dans la foulée. Je peux enfin venir me blottir contre toi, te donner ta coupe et trinquer.

— À ton nouveau départ ! Santé ! lancé-je dans un grand sourire. Ce week-end, je te chouchoute. Tu l'as bien mérité ! Ça me fait tellement plaisir de te voir enfin. Trois ans déjà !

Je passe ma main libre sur tes abdos pour en dessiner le contour. Ils sont durs comme de l’acier. Décidément, tu n’as menti sur rien !

Jake Grimwood

Créature

Re : Le loup et la lapine | feat Jake

Réponse 3 dimanche 18 octobre 2026, 20:37:39

J'ai à peine le temps de relever les yeux que la porte s'ouvre enfin.

Et là...

Ah, putain.

J'reste planté sur le seuil, mon sac à la main, avec la vague impression que mon cerveau vient de se prendre une porte de garage en pleine gueule. J'ai beau avoir vu sa photo quelques minutes plus tôt, ça n'a rien à voir avec le fait de l'avoir devant moi. Les cheveux bleus, les oreilles dressées, ce petit sourire qui semble déjà se foutre de ma gueule... C'est elle. C'est vraiment elle, cette foutue lapine avec qui j'échange des lettres depuis trois ans, et qui m'accueille dans une tenue qui devrait probablement être classée comme une arme de destruction massive.

J'avale ma salive.

Bon sang, Grimwood. On se reprend.

Sauf que la tâche est autrement plus compliquée que prévu. La nuisette rose lui tombe sur les hanches, la dentelle souligne une poitrine dont j'ai désormais la confirmation qu'elle ne tient pas du mythe, et ses cuisses sont à découvert. J'ai beau avoir passé des années à imaginer son apparence, la réalité vient de balancer mes estimations par la fenêtre avec le mobilier. Quant à mon bas-ventre, ce traître de première catégorie vient de se réveiller avec huit ans de retard et l'enthousiasme d'un type qui aurait gagné au loto.

J'ouvre la bouche.

Rien.

Elle, en revanche, finit par parler, et sa remarque me tire un rictus.

« Eh bah… Pour une fois qu'un mec exagère pas ! »

J'éclate d'un rire grave, un peu rauque, qui me secoue le torse.

« Tu m’étonnes. J'aurais pu t'envoyer des plans d'architecte, tu m'aurais pas cru. J’comprends. »

J'ai à peine le temps de terminer qu'elle me saute dans les bras.

Réflexe immédiat, j'lâche mon sac et je la réceptionne contre moi. Ses bras s'enroulent autour de mon cou, et les miens viennent se refermer autour de sa taille. Elle pèse presque rien. Une poignée de plumes comparée à mon gabarit, et pourtant, sa présence me frappe bien plus fort que je ne l'aurais imaginé. Je baisse le nez vers ses cheveux, j'en prends une inspiration discrète, et pendant une seconde, je ne pense plus à la prison, à mes parents, aux années perdues ni à ce qui m'attend demain.

Elle est là. C'est tout.

Trois ans à coucher des mots sur du papier, à attendre ses réponses, à imaginer sa voix, son visage, sa manière de sourire. Trois ans à me raccrocher à cette drôle de fenêtre ouverte sur le monde quand j'avais l'impression que les murs allaient finir par m'avaler tout cru. Et maintenant, elle est dans mes bras, bien réelle, chaude, vivante, et elle me serre comme si j'étais exactement là où je devais être.

J'enfonce un instant mon menton contre le sommet de son crâne, bien entre ses oreilles. L’étreinte qui a le goût d’une vieille vanne ennuyante. Un loup attrape sa proie sans même pas renifler ses chairs avec une carnassière en tête. C’est stupide. C’est cliché. Mais c’est présent, qu’on le veuille ou non.

« Ouais, petit lapin. J'suis là. »

Ma voix sort plus basse que prévu. J'la serre un peu plus fort, juste assez pour lui faire comprendre que je suis content de la retrouver, puis je desserre mon étreinte pour la laisser respirer. Elle me montre ses oreilles avec une fierté qui m'arrache un sourire.

« Ah ouais, ça, j'avais remarqué. J'me disais bien que j'avais pas correspondu pendant trois ans avec un lapin de garenne en costard. »

Elle rit, et ce son-là me fait un drôle d'effet. J'connais son humour par courrier, mais entendre son rire pour de vrai, juste devant moi, c'est autre chose. Ça rend tout ça un peu plus concret, un peu moins irréel. Elle se laisse glisser jusqu'au sol et remarque enfin mes vêtements. J'baisse les yeux sur mon tee-shirt, qui menace toujours de déposer sa démission, puis je hausse les épaules.

« Ouais, bon. Les fringues ont pas suivi la prise de poids. Huit ans à tirer sur de la fonte pour passer le temps, ça finit par coûter cher en tissu. »

J'tire sur le bas du vêtement, sans grand succès.

« J'vais finir par péter une couture au milieu d'un couloir. Ça serait con de sortir de taule pour me faire arrêter par la brigade des pantalons trop serrés. »

Elle me fait entrer et j'attrape mon sac avant de franchir le seuil. La suite s'ouvre devant moi, avec son salon, ses meubles en bois, son balcon et cette vue sur la montagne qui semble avoir été dessinée pour une brochure touristique. Je prends le temps de regarder autour de moi pendant qu'elle me présente les lieux. Le salon, les futons, les armoires, la salle de bains et l'onsen privatif.

J’étais en taule y’a quelques heures, et maintenant j’suis là. Nom d’une louve baveuse enragée...

J'la laisse parler, attentif malgré mon regard qui revient parfois vers elle. J'ai du mal à m'y faire. Elle bouge, elle parle, elle rit, elle existe à quelques centimètres de moi. J'ai passé tellement de temps à me la représenter que mon cerveau semble encore chercher les coutures de cette foutue illusion.

« C'est pas grand-chose, qu'elle dit ? »

J'la regarde, un sourcil légèrement relevé.

« Carol, j'ai passé huit ans dans une boîte où le luxe, c'était de pas avoir un voisin qui ronfle comme un tracteur. Là, j'ai un salon, un balcon, une chambre et un bain privé. Si tu m'annonces qu'y a aussi une putain de machine à café, j'vais finir par croire que t'as acheté l'établissement. »

J'esquisse un sourire et pose mon sac près de l'armoire qu'elle m'a désignée. J'ai pas l'intention de défaire mes affaires tout de suite. Pour l'instant, j'ai surtout envie de profiter du fait que personne ne va me dire de dégager parce que mon temps est écoulé.

Elle se détourne pour ouvrir le minifrigo.

Et là, bordel, j'ai presque envie de lui demander si elle le fait exprès.

J'la regarde récupérer une bouteille, puis les deux flûtes, et je laisse échapper un petit rire par le nez. Elle sait parfaitement qu'elle attire le regard. Peut-être pas à quel point elle est en train de mettre le bordel dans mes pensées, mais j'ai comme un doute sur son innocence.

« T'as préparé tout ça toute seule, ou t'as engagé une équipe pour me faire perdre mes moyens ? »

Elle revient vers moi avec le champagne, et je prends la coupe qu'elle me tend. Son épaule vient se caler contre moi, et je sens sa main libre se poser sur mon ventre.

J’baisse les yeux.

Ses doigts dessinent le contour de mes abdos à travers le tissu, avec une curiosité qui me fait sourire. J'ai beau être habitué aux regards, aux types qui vous dévisagent dans la rue ou aux abrutis qui veulent mesurer leur force à la vôtre, le contact de Carol n'a rien à voir. Elle sait qui je suis. Enfin, une bonne partie. Elle connaît mes mots, mes humeurs, mes silences. Elle m'a vu sous un angle que peu de gens ont eu l'occasion d'approcher, et pourtant, elle semble ravie de découvrir le reste. Le premier contact m’arrache frisson si violent que j’ai cru un instant avoir foutu mes doigts dans une prise électrique.

J'incline légèrement la tête vers elle.

« Alors, on vérifie les marchandises ? »

Mon sourire s'élargit.

« J'te préviens, ma jolie, y a pas de garantie constructeur. Huit ans de taule, ça laisse des traces. Faudra peut-être inspecter le moteur avant de le faire tourner à plein régime. »

Je lève ma flûte à la sienne.

« À mon nouveau départ, ouais. »

Le cristal tinte doucement. J'avale une gorgée, et le champagne me pique agréablement la langue. Ça change de l'eau tiède qu'on vous sert quand vous avez la chance d'obtenir autre chose que du jus de chaussette. Je garde la coupe en main, puis tourne la tête vers elle.

« Et merci. »

Le mot sort sans fanfare. J'pourrais faire une blague, détourner la conversation ou prétendre que tout ça n'a pas d'importance. Ce serait plus facile. Mais elle m'a écrit pendant trois ans, elle a organisé ce week-end et elle m'accueille comme si je n'avais pas passé presque une décennie derrière les barreaux.

J'ai pas envie de gâcher ça en faisant le con.

« Pour les lettres. Pour le week-end. Pour tout ça, quoi. J'sais pas encore ce que j'vais foutre de ma vie, mais j'suis content d'être ici. »

J'lui adresse un sourire plus discret, puis je bois une nouvelle gorgée pour m'éviter d'en rajouter. J'ai toujours eu plus de facilité à cogner dans un mur qu'à parler de ce que j'ai dans le bide. Je finis par poser ma coupe sur la table basse et passe un bras autour de ses épaules pour la rapprocher doucement contre moi. Mon regard se pose sur son visage, sur ses yeux, puis sur ses oreilles qui se dressent au sommet de son crâne.

« Trois ans, hein ? Ça fait un sacré bail pour une amitié par courrier. J'crois qu'on a un peu de retard à rattraper. »

Je laisse planer un bref silence, un sourire en coin aux lèvres.

« Alors, mademoiselle nuisette, tu comptes me faire visiter le reste de ce palace ou tu vas continuer à me tourner autour jusqu'à ce que j'explose dans mes fringues ? Parce que j'te préviens, si une couture lâche, c'est toi qui paies le pressing. »

Et le remplissage du reste.

Carol Silver-Fox

Terranide

Re : Le loup et la lapine | feat Jake

Réponse 4 mardi 20 octobre 2026, 12:59:56

Les trois années d’échange épistolaire avec toi m’ont déjà prouvé que nous avions un point commun : l’humour taquin. Arme de destruction pour oublier le quotidien, surtout lorsqu’il est constitué de barreaux et de salubrité douteuse. Je me suis souvent surprise à sourire et rire en te lisant. Des anecdotes de la cantine aux relous qui veulent mesurer leur queue, ta narration m’amusait toujours. Toutefois, te voir en vrai démultiplie ta drôlerie : en plus de ton sens de la répartie, il y a tes mimiques et tes gestes. J’ai l’impression de me retrouver comme une lycéenne qui rigole à toutes les blagues du beau gosse de la classe…

— Toujours vérifier la marchandise quand on reçoit son paquet et mon instinct me dit que ton moteur aura pas de soucis pour redémarrer !

Je te gratifie d’un clin d’œil en riant. Je porte ensuite la coupette à mes lèvres pendant que tu me remercies. Je hoche la tête pour dédramatiser la situation et, imitant ton geste, je pose le champagne sur la table basse.

— À chaque jour suffit sa peine, mon loup. Tu viens à peine de sortir, ce n’est pas grave si tu sais pas ce que tu vas faire dès maintenant. Même dans une semaine, d’ailleurs. T’as le droit de souffler avant de te relancer dans de nouvelles aventures. Pour le moment, la seule chose qui compte, c’est que tu sois là. Tu as payé ta dette à la société, tu peux aller de l’avant au rythme qui te conviendra. Je doute pas que tu finiras par trouver. Et si tu as besoin de conseils en optimisation fiscale, fais-moi signe !

Sujet aussi important qu’anxiogène. Si je suis là pour te soutenir, je ne veux pas non plus que tu te stresses trop en pensant à la prison et à l’après-prison dans le cas présent. En t’invitant, outre le plaisir de nous rencontrer enfin, je voulais vraiment que ce week-end soit un break, une transition en douceur vers ton renouveau. Fort heureusement, tu changes toi-même la conversation au détour d’une blague. Encore une !

— Mais bien sûr qu’on va terminer de visiter l’établissement ! Comment veux-tu que je détermine si c’est un bon investissement ou non ?

Je pouffe de mes propres bêtises avant de rire des tiennes. J’observe tes fringues, et notamment la partie renfermant ton paquet. Pendant quelques secondes, je me plais à imaginer le craquage de couture et je dois bien reconnaître que cela me fait rire de bon cœur.

— J’avoue que voir tes fringues exploser sous la pression de ta musculature ou de ton canon lycanthropique me ferait hurler de rire ! Mais je n’avais pas prévu que tes vêtements seraient trop petits et je doute qu’on trouve de quoi te rhabiller dans le village en bas, donc faut temporiser jusqu’à ce qu’on te refasse ta garde robe Lundi en ville.

Je me blottis à nouveau contre toi et enfouis ma tête dans tes gros pecs, un sourire taquin aux lèvres, signe que je prépare ma prochaine taquinerie.

— Donc pas le choix ! Tu vas devoir passer tout le week-end nu pour éviter tout risque ! lancé-je en haussant tendancieusement les sourcils. Allez, ramène tes miches de loup, on va faire trempette. Une douche et hop, au onsen. Si t’es sage, t’auras un massage !

Je te tire la langue et file dans la salle de bains, te laissant me suivre. Je retire mon string trempé, ma nuisette, et je me claque une fesse d’une main pour te narguer. Je file ensuite sous la douche pour me laver, comme le veut la coutume japonaise, et une fois propre, je me dirige vers le onsen. Je m’assois contre un rebord pour me prélasser, mes seins lourds flottant mollement.

— Dépêche-toi, ça fait du bieeeeeen !

Jake Grimwood

Créature

Re : Le loup et la lapine | feat Jake

Réponse 5 vendredi 23 octobre 2026, 14:21:56

J'la laisse parler sans lui couper la parole. C'est pas franchement mon genre, d'habitude. J'ai toujours une connerie en réserve, un truc à balancer pour éviter que la conversation s'approche de trop près des endroits où ça fait mal. Sauf que là, j'en trouve pas.

La seule chose qui compte, c'est que tu sois là.

Wow, tout ça.

J'baisse un instant les yeux vers elle. Trois ans de lettres, des pages noircies à raconter les emmerdes, les petites victoires et les journées qui ressemblent à des enterrements. Elle m'a connu derrière des barreaux, avec rien d'autre à foutre que d'attendre le lendemain. Et maintenant que j'suis dehors, elle me demande pas ce que j'vais devenir. Elle me dit que j'ai le droit de prendre mon temps.

J'ai payé ma dette à la société. C'est ce qu'ils disent, ouais. Sauf qu'une porte qui s'ouvre, ça vous apprend pas quoi foutre de vos jambes une fois dehors. J'ai passé assez d'années à vivre au rythme des autres pour avoir oublié comment on fait quand personne vous donne d'ordre. Alors entendre quelqu'un me dire que j'ai pas besoin de régler tout ça dans la semaine… ça m'touche plus que j'ai envie de l'admettre.

J'passe une main derrière sa nuque et l'attire contre moi. Mon menton vient se poser un instant au sommet de son crâne.

« Merci, Carol. »

Deux mots. J'ai pas mieux sous la main. Et pour une fois, j'vais pas essayer de les camoufler derrière une blague. J'reste comme ça quelques secondes, à la tenir contre moi puis j’m’écarte.

« J'sais pas encore c'que j'vais foutre de ma liberté. Mais j'vais essayer d'en profiter. Et t'as intérêt à être dans le coin quand j'commencerai à faire des conneries. »

Un sourire revient lentement sur ma gueule. Pas pour effacer ce qu'elle vient de me dire. Juste parce que c'est moi, et qu'il faut bien que j'retrouve un peu d'air.

« Bon, par contre, pour l'optimisation fiscale, j'te laisse gérer. J'sors de taule et j'tombe sur une criminelle en col blanc. J'aurais dû m'en douter, putain. »

J’gronde un rire et la rapproche contre moi quand elle vient se blottir dans mes bras. Sa tête se cale contre mes pectoraux et j'baisse les yeux vers elle, un sourire en coin aux lèvres. Après les lettres, voilà qui me propose de finir à poil pendant tout le week-end. Elle perd pas de temps, la lapine.

« Nu tout le week-end ? T'as conscience que tu viens de me proposer un programme qui risque de coûter cher en mobilier ? »

J'tire sur mon tee-shirt, dont les coutures protestent à chaque mouvement. Le tissu moule mon torse et mes bras avec la délicatesse d'un sac-poubelle trop rempli. Elle a pas tort sur un point : si j'continue à porter ces fringues, on va finir par retrouver des bouts de coton dans chaque pièce du ryokan.

« Pour la garde-robe, j'te laisse gérer. Mais si j'explose une couture devant la gérante, j'te dénonce comme complice. »

Elle me tire la langue et file vers la salle de bains. Enfin, file… disons plutôt qu'elle prend bien soin de me laisser profiter du spectacle. Ses hanches se balancent sous la nuisette rose, le tissu suit le mouvement, et la voilà qui se claque une fesse avec un aplomb qui ferait passer un marchand de tapis pour un modèle de discrétion. Son string finit au sol, trempé, et ça me donne la couleur sur l’excitation partagé, l’odeur de cyprine me traverse les naseaux comme une première découverte.

J'reste planté là une seconde, les yeux rivés sur son derrière nu qui continue ses soubresaut à chaque pas contre le sol, son pompon s’agite comme une récompense de fête foraine.

« Ah ouais, d'accord. On en est déjà là. »

Un rire grave me secoue le torse. Elle m'accueille avec une visite guidée, du champagne et des démonstrations pratiques. J'vais finir par croire que cette histoire de correspondance, c'était juste une opération savamment organisée pour me plumer.

« Continue comme ça, ma jolie. À ce rythme, j'vais finir par oublier pourquoi j'suis venu. »

J'ramasse ma serviette et la suis, en prenant garde à ne pas me cogner l'épaule contre le montant de la porte. Avec mon gabarit, j'ai déjà l'impression d'être un meuble livré dans la mauvaise pièce. Autant éviter de défoncer la baraque avant même d'avoir profité du bain.

Une fois dans la salle de bains, j'observe la douche.

C'est propre, ça sent le savon et le linge frais. Pas de béton crasseux, pas de flotte tiédasse, pas de foutu gardien pour me rappeler que j'ai trois minutes avant de dégager. J'peux fermer la porte, régler l'eau et prendre mon temps. Rien que cette idée me fait un drôle d'effet.

J'me débarrasse de mes fringues, non sans lutter avec le tee-shirt qui s'accroche à mes épaules. Quand il finit par passer, j'le balance sur le banc et ouvre le robinet. Je teste l'eau du bout des doigts. Chaude. Vraiment chaude.

J'passe sous le jet.

La chaleur me coule sur le crâne, ruisselle le long de ma nuque et s'étale sur mon torse. J'ferme les yeux, les mains appuyées contre le mur, et j'souffle comme si on venait de m'enlever un sac de ciment du dos. Huit ans à prendre des douches chronométrées, sous surveillance, avec le sentiment d'être un morceau de viande qu'on rince avant de le remettre dans sa boîte. Ici, personne m'attend derrière la porte. Personne compte les secondes.

J'peux rester là.

Alors j'en profite. J'me lave sans me presser, les mains passant sur mes épaules larges, mes bras tatoués et mon dos noué par des années de tension. La cabine me laisse à peine assez de place pour écarter les coudes. J'en ricane tout seul. Et le pire, c’est que j’sens bon maintenant.

« Putain, j'ai connu des cellules plus grandes. »

Quand j'coupe enfin l'eau, j'ai la peau chaude, les muscles moins raides et cette sensation étrange d'avoir retrouvé un petit morceau de moi-même. J'm'essuie avec la serviette épaisse, qui me paraît presque trop petite pour mon gabarit, puis j'en noue une autour de ma taille.

Carol m'attend dans le onsen. J'apparais dans l'encadrement, les épaules encore perlées d'eau, et baisse les yeux vers elle.

« Ouais, ouais, j'arrive. Deux minutes de plus et t'envoyais les secours ? »

J'm'approche du bassin et plonge la main dans l'eau. La chaleur me fait hausser les sourcils.

« Ah ouais. C'est pas un bain, c'est une soupe. »

J’fais tomber ma serviette sans aucune pudeur : elle est morte en taule, j’crois que la moitié des incarcéré connaît les mensurations de la mécanique. J'entre prudemment, mais même en faisant attention, mon gabarit déplace une belle quantité d'eau contre les pierres. Mes épaules dépassent largement de la surface, mes bras s'étalent sur le rebord et mes genoux prennent leurs aises. J'm'installe enfin, la tête contre la pierre, et laisse échapper un long soupir.

« Putain de merde... Ça, c'est du luxe. »

J'ouvre un œil vers Carol, un sourire en coin au bord des lèvres.

« Bon, madame Silver-Fox. J'suis propre, j'suis chaud, et j'ai toujours pas vu la couleur de ce fameux massage. C'était une promesse ou une arnaque pour attirer le gros loup dans ton piège ? »

Faire le gros pacha ? Absolument.

Prend soin de moi… Avant que je prenne soin de toi. Ca sera clairement moins joli. Avec tout ce que j'viens de voir et ce qu'elle me montre... Et tout ce que je n'ai pas vécu depuis une décennie... Beaucoup de frustration vont se déverser.

J'suis bien désolé d'avance.


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