Un bruit interne ne se fit entendre que dans l'esprit de la jeune femme, un son semblable à un verre qui se brise. C'est ça. Quelque chose s'était fissuré en mille morceaux. Anéa, ayant vécu bien des siècles et des drames, en vivait un nouveau en ce moment-même. Le grand Tsaphkiel, le Prince des Trônes, cette armoire à glace à la plastique parfaite, le grand gardien de l'Équilibre, qui n'avait jamais un mot plus haut que l'autre...était nu comme un ver. Cette petite serviette blanche avait chu d'une telle simplicité que cela laissait la jeune femme pantoise. Il y avait bien des premières fois avec l'être céleste, mais elle ne s'était alors jamais imaginé le voir dans sa tenue d'Adam, dans le plus simple appareil.
Ses yeux de glace ne pouvaient se défaire de cette vue, des plus agréables, à ne pas douter. Si l'on faisait abstraction de cette marque le long de son bras allant jusqu'à son torse, notamment l'emplacement de son cœur, Tsaphkiel était réellement un bel homme. Il avait tout d'un combattant calme mais puissant, la peau tendue accentuant sa musculature qui n'était pas à excès. Sa longue chevelure sombre tranchait avec la pâleur de sa peau. Et ses yeux mordorés étaient la véritable source de lumière dans la pièce. Celui qui disait que le juge céleste n'était pas un magnifique éphèbe n'était qu'un terrible menteur.
Mais Anéa ne se laissa pas troubler plus qu'autre chose. La guerrière haussa un sourcil d'interrogation, son regard de glace bien posé sur ce qui pendait entre les jambes de Tsaphkiel. Il n'avait clairement rien à envier aux simples mortels ou autres créatures qui peuplaient les différents univers. Et seuls Dieu et lui savaient s'il avait connu les plaisirs de la chair, mais l'ancienne archange aurait mis sa main à couper qu'il n'en était pas du tout le cas. « Quel gâchis » se mit à penser la jeune femme, mais elle n'avait pas son mot à dire là-dessus, et finalement, cela aurait été corrompre un des plus hauts anges du Paradis et des plus respectés des Cieux.
- Il serait dommage que tu attrapes froid...
Anéa s'approcha du Prince des Trônes, peut-être avec un roulement des hanches qu'elle n'avait pas prévu de faire mais...Le petit diable en elle ressortait en cet instant-même. Placée devant l'éphèbe, elle se mit accroupie pour attraper cette vilaine serviette qui avait dévoilé la nudité de cet être angélique, puis se redressa, son visage passant à une certaine proximité de ce mât de chair. Un fin sourire en coin orna ses lèvres charnues, tandis qu'Anéa déposa le bout de tissu un peu humide sur l'épaule gauche de Tsaphkiel.
- J'ai déjà vu mieux...
Une lueur de défi brillait dans le regard de glace de la belle. La guerrière a certes eu des aventures, mais le juge céleste n'avait pas à le savoir plus que de mesure. Elle espérait au moins que sa petite prise de parole le fasse...tiquer. Le frustrer aussi, peut-être. Anéa n'était pas à moitié démoniaque pour rien. Les plaisirs de la chaire ne lui étaient pas étrangers, et le petit jeu qu'elle adorait par-dessus tout, c'était de faire grimper l'envie, le désir chez son partenaire, jusqu'à ce qu'il craque. Voir le temps qu'il fallait pour atteindre ce point de non-retour.
L'ancienne archange délaissa son invité pour finalement se rendre dans la salle de bain, fermant consciencieusement la porte derrière elle. Elle attendit quelques secondes avant de se laisser très lentement au sol, le dos contre la porte. Les fesses contre la fraîcheur du carrelage, Anéa plongea son visage dans ses bras recroquevillés sur ses genoux. Qu'est-ce qui lui avait pris ? Pourquoi ? Il n'était clairement pas là pour ça, en plus ! Quelle imbécile elle faisait. Et imaginons, quand bien même cet être du Paradis souhaitait découvrir le sexe avec la déchue, en aucun cas elle ne céderait ! Elle ne voulait surtout pas qu'il puisse subir la même chose qu'elle avait vécu.
Anéa retint un cri intérieur, grognant presque de colère et de douleur, se mordant les lèvres presque à sang. Elle se releva, prit les habits que le Prince des Trônes avait laissé là, pour finalement les mettre en machine. La guerrière prit soin de se défaire également de ce qui recouvrait son corps et le tout rejoignit le tambour avec la lessive, la machine prête à être lancée. Elle n'eut qu'à appuyer sur un simple bouton, puis fila à l'anglaise sous l'eau chaude, mimant sûrement les mouvements qu'avait fait précédemment l'être céleste.
L'eau chaude fila sur ses courbes, couvertes de sueur, d'embruns marins. Le sang qui avait séché se décolla et s'effaça comme s'il ne s'était jamais écoulé quelques temps auparavant. Son majeur gauche glissa sur la blessure de son cou, très fine coupure. L'esprit de la déchue s'évada dans de terribles pensées. Sanctuary, la marque sur le corps de Tsaphkiel...Sans s'en rendre compte, la jeune femme tapa du poing dans le mur sous le pommeau de douche. Vite...Elle devait vite sortir de cette situation. L'ancienne archange prit du savon, du shampoing, et se lava avec hâte, visiblement pressée de terminer cette...mascarade. Plus vite elle répondait aux questions du Prince, plus vite il rentera aux Cieux, et tous deux pourraient reprendre leur quotidien.
En sortant de la douche, Anéa se frappa le front de la paume de main. Avec tout ça, elle ne s'était pas du tout préparée de rechange. Grognant de mécontentement, elle s'enroula dans une grande serviette, vérifiant au passage le bon déroulement de la session de lavage. Ça moussait bien. La demoiselle enferma ses longs cheveux de jais dans une autre serviette, transformant le haut de son crâne en un chignon de tissu éponge. Elle inspira un grand coup, et ouvrit enfin la porte. La jeune femme ne prit guère le temps de voir ce que le juge céleste faisait, se hâtant pour se rendre dans sa chambre et fouiller dans son armoire. Mais avec la porte ouverte de sa chambre, elle lui posa quelques questions.
- Tes fringues seront prêtes dans quelques heures. T'as le temps de me poser tes questions, du coup. Alors, qu'est-ce que tu veux savoir de plus ?
Anéa sortit de sa petite penderie, un tanga d'un noir profond, un short noir et un tee-shirt tout aussi sombre, habits qu'elle lança avec nonchalance sur son lit. Les couleurs vives, mis à part celle du sang, ça ne la touchait pas vraiment.