Nom : Inconnu
Prénom : Kaz L.
Race : Humaine augmentée
Âge : 24 ans
Sexe : Féminin
Sexualité : Polyamoureuse jusqu'au jour où elle rencontrera quelqu'un qui sache faire en sorte qu'elle ne partage pas son cœur. Encore faut-il qu'elle comprenne.
Profession : Médecin clandestin, chirurgienne de terrain, experte en pharmacologie expérimentale. Possible recrutement pour La Banshee
PhysiqueKaz mesure environ 1m68 pour une silhouette souple, nerveuse, entretenue davantage par les nuits blanches et les courses-poursuites que par une salle de sport.
Son corps est couvert de petits tatouages aux couleurs néon qui semblent parfois s'illuminer sous certaines lumières artificielles. Aucun n'est réellement décoratif. Ils racontent chacun quelque chose. Une opération réussie. Une overdose évitée. Un compagnon perdu. Une dette remboursée.
Ses cheveux changent régulièrement de couleur. Rose. Blanc. Bleu. Parfois plusieurs nuances à la fois. Elle considère ses cheveux comme un tableau d'humeur.
Son visage est percé avec un goût étonnamment raffiné : arcade, oreille, nez, parfois une chaîne reliant deux bijoux.
Ses yeux sont naturellement gris, mais ses implants rétiniens leur donnent souvent des reflets cyan lorsqu'elle active ses systèmes médicaux.
Sous la peau de ses poignets, de sa nuque et derrière ses oreilles apparaissent de minuscules interfaces métalliques presque invisibles. Ce sont les ports permettant de connecter ses drones chirurgicaux ou de communiquer directement avec son matériel.
Lorsqu'elle part en intervention, elle couvre son visage d'un masque filtrant semi-transparent aux lignes lumineuses, accroche sa sacoche médicale contre sa hanche et laisse volontairement apparaître quelques armes. Pas pour intimider. Pour éviter qu'on ait l'idée de lui voler son matériel. Parce qu'une trousse médicale vaut souvent plus cher qu'un fusil.
Caractère“
Je peux t'ouvrir le thorax... mais si je le fais, c'est pour que ton cœur continue de battre.”
Kaz est une contradiction ambulante.
Elle peut passer une nuit entière à danser sous des basses assourdissantes, avaler plus de cocktails chimiques qu'un laboratoire clandestin n'en produit en une semaine, finir perchée sur un toit au lever du soleil… et enchaîner immédiatement douze heures d'opérations sans trembler une seule fois.
Son esprit semble incapable de rester silencieux. Le calme la met mal à l'aise. Le bruit la rassure. Elle dort avec de la musique électronique. Travaille avec de la musique électronique. Réfléchit en rythme.
Elle paraît irresponsable. Elle ne l'est absolument pas lorsqu'une vie dépend d'elle. Au bloc improvisé, elle change complètement. Sa voix devient douce. Ses gestes précis. Son humour disparaît. Chaque incision est réfléchie. Chaque suture est parfaite.
Elle refuse que quelqu'un reparte avec une cicatrice disgracieuse lorsqu'elle peut faire mieux. Il lui arrive même de tatouer discrètement une fleur, une étoile ou un symbole choisi par son patient afin de masquer les marques laissées par une chirurgie lourde.
Parce que survivre ne devrait pas signifier devoir regarder chaque jour la violence subie.
Moralité“
On m'a appris que chaque vie avait un prix. J'ai simplement décidé que je serais celle qui empêcherait qu'on le paie.”
Kaz ignore totalement ce qu'est le Serment d'Hippocrate. Chez elle, personne n'avait le luxe d'une éthique académique. La question n'était jamais : "
Est-ce légal ?" Mais : "
Est-ce que ça marche ?"
Elle utilise volontiers les drogues de combat, poisons, neurotoxines, stimulants interdits, anesthésiants militaires, virus expérimentaux, implants pirates.
Elle considère simplement qu'un médicament reste… une substance chimique. Tout dépend de la dose. Et de la personne qui tient la seringue.
✦ Prologue - Les néons ne s'éteignent jamais
La ville ne dort jamais. Elle change seulement de rythme.
Lorsque les derniers bureaux des gratte-ciel corporatistes plongent dans la pénombre, les profondeurs de la mégalopole, elles, s'éveillent. Depuis si longtemps que plus personne ne se souvient de la véritable couleur du ciel, les enseignes holographiques remplacent le soleil. Ici, les murs suintent l'humidité, les câbles serpentent entre les immeubles empilés comme les racines d'un arbre d'acier gigantesque, et l'air est saturé d'une odeur mêlée de métal chauffé, d'ozone, de carburant et d'antiseptique bon marché.
Quelque part, une musique électronique fait vibrer les tôles. Toujours. À toute heure. Les basses résonnent jusque dans les canalisations, devenant presque les battements de cœur du quartier.
Puis un cri déchire la nuit. Une porte coulissante s'ouvre brutalement.
-
Doc ! Kaz ! On a besoin de vous !Kaz ne relève même pas les yeux de la prothèse cybernétique démontée entre ses mains.
-
Pose-le sur la table.Deux silhouettes pénètrent dans le dispensaire improvisé. L'une soutient l'autre avec difficulté. À chacun de ses pas, le blessé laisse derrière lui une traînée écarlate qui serpente entre les dalles du sol. Encore une balle. Toujours les mêmes idiots...
Un profond soupir lui échappe.
-
Vous savez... il existe des méthodes beaucoup moins douloureuses pour venir me dire bonjour.Le patient esquisse un rire avant de manquer de s'étouffer. Kaz lui répond par un sourire. Toujours le même. Impertinent. Luminueux. Comme si rien ne pouvait réellement l'atteindre.
Pourtant, dès que ses mains rencontrent la blessure… Tout change.
La musique continue de hurler. Les néons poursuivent leur danse vacillante. Le monde peut bien s'effondrer autour d'elle. Rien n'existe plus que cet homme étendu devant elle. Ses gestes deviennent d'une précision presque irréelle.
Une pince. Une sonde. Le drone chirurgical quitte silencieusement sa station de recharge et vient flotter au-dessus de la table.
-
Compression.La petite machine obéit aussitôt. Kaz saisit une seringue. Injecte un anesthésiant. Puis ouvre délicatement la plaie. Pas un tremblement. Pas une hésitation. Grâce aux interfaces discrètement intégrées à ses implants, des données biométriques défilent déjà au creux de sa vision. Pouls. Pression artérielle. Saturation. Perte sanguine. Son esprit analyse tout à la fois.
L'homme allongé devant elle cesse d'être un patient. Il devient une énigme qu'elle doit résoudre avant que le temps ne décide de le faire à sa place. La balle est venue se loger contre une côte. Un éclat osseux menace un vaisseau. L'artère n'a été que frôlée. De la chance. Énormément de chance.
-
T'as encore eu de la chance...Avec une infinie délicatesse, elle saisit le projectile. L'extrait. Le laisse tinter contre le plateau métallique.
-
...mais sérieusement, trouvez-vous un autre passe-temps.Le silence revient peu à peu. Seuls demeurent le léger bourdonnement des drones et le souffle irrégulier du blessé. Quelques minutes plus tard, Kaz réalise le dernier point de suture. Presque invisible. Comme toujours.
Elle contemple un instant son travail avant de relever la tête.
-
Bon...Elle attrape un petit carnet rempli de croquis et en tourne rapidement les pages.
-
Tu préfères quoi ?Le patient la regarde, complètement perdu.
-
...Pardon ?-
Pour la cicatrice.Elle hausse simplement les épaules, comme si sa question allait de soi.
-
Je peux la laisser telle quelle... ou te tatouer quelque chose quand tout sera cicatrisé. Une branche de cerisier. Une constellation. Un serpent... J'ai même une méduse qui rend super bien sur les épaules.Le blessé éclate de rire.
-
T'es complètement tarée.Kaz lui adresse un clin d'œil.
-
Oui.Elle referme doucement sa sacoche. Son sourire se fait plus doux.
-
Mais t'es vivant.Et dans son quartier… C'est tout ce qui compte.
✦ I - Les profondeurs
“
Certaines villes vous apprennent à rêver. La sienne lui apprend d'abord à survivre.”
On raconte que la ville touche les nuages. Kaz n'en a jamais la preuve. Elle naît bien trop bas pour les voir.
Là où les ascenseurs publics s'arrêtent, il faut encore descendre. Toujours plus loin. Toujours plus profondément. Jusqu'à atteindre ces niveaux que les cartes officielles préfèrent oublier. Des kilomètres de passerelles métalliques s'entrecroisent entre des immeubles empilés sans logique, tandis que d'immenses conduites parcourent les plafonds comme les artères d'une créature d'acier dont personne ne connaît réellement la taille.
Le soleil n'est plus qu'un mot.
Une vieille histoire racontée par ceux qui prétendent avoir déjà foulé les quartiers supérieurs. Pour Kaz, la lumière a toujours la couleur des néons. Celle des enseignes publicitaires qui clignotent nuit et jour. Des hologrammes vantant des implants que personne, ici, ne pourra jamais s'offrir. Des gyrophares des ambulances corporatistes qui ne descendent jamais jusque dans les profondeurs.
Même la pluie semble artificielle. Chargée de poussières métalliques et de particules chimiques, elle laisse sur les vitres de longues traînées irisées que les enfants suivent du bout des doigts, comme si elles pouvaient raconter une histoire.
Là-haut vivent les riches.
Ici… Les autres apprennent simplement à ne pas mourir. Dans ces profondeurs, il n'existe ni héros, ni monstres. Seulement des femmes et des hommes qui composent avec ce que la vie leur abandonne encore. Les gangs règnent sur les rues, non par goût du pouvoir, mais parce qu'en l'absence de toute autre autorité, quelqu'un doit bien maintenir un semblant d'ordre. Ils protègent quelques pâtés de maisons, organisent les échanges, distribuent parfois des vivres ou des médicaments, puis règlent leurs différends avec une violence devenue si quotidienne qu'elle ne surprend plus personne.
C'est dans ce vacarme que Kaz grandit. Le grondement des moteurs. Les sirènes. Les éclats de voix. Les basses électroniques qui s'échappent des bars clandestins jusqu'au milieu de la nuit. À force, le silence lui paraît presque inquiétant.
Très tôt, elle apprend à reconnaître le claquement sec d'un tir avant même d'en entendre l'écho. À distinguer une simple bagarre d'une véritable exécution. À comprendre, en observant seulement la façon dont les gens courent, s'il vaut mieux les suivre... ou disparaître dans la direction opposée.
Et pourtant… Malgré cette rudesse permanente, son quartier possède une chaleur que les niveaux supérieurs ont depuis longtemps oubliée.
Tout le monde se connaît. Une vieille couturière reprend les vêtements des enfants contre quelques conserves. Un mécanicien répare les prothèses cybernétiques sans jamais poser de questions. Chaque vendredi soir, un ancien musicien transforme une arrière-cour en piste de danse grâce à des enceintes rafistolées qui font vibrer tout le pâté de maisons.
La misère est partout. La solidarité aussi. Et lorsqu'un habitant tombe malade… On frappe toujours à la même porte.
Le dispensaire ressemble davantage à un atelier qu'à une véritable clinique. Les murs disparaissent sous des étagères chargées de bocaux, de composants électroniques, de livres cornés, de vieux schémas anatomiques et de pièces cybernétiques soigneusement rangées dans des boîtes transparentes. Une odeur persistante d'alcool médical, de métal chauffé et de café oublié flotte en permanence dans l'air.
Au milieu de ce désordre parfaitement organisé travaille Marek. Tout le quartier l'appelle simplement Doc. Personne ne sait s'il possède réellement un diplôme. Et personne ne le lui demande. Parce qu'il sauve des vies. Et qu'au fond… Cela suffit largement.
Kaz pousse la porte du dispensaire pour la première fois alors qu'elle n'a qu'une dizaine d'années. Pas parce qu'elle rêve de devenir médecin. Parce qu'un garçon de son âge vient de recevoir un coup de lame au cours d'une rixe aussi absurde que les autres, et qu'elle l'a aidé à parcourir les dernières rues jusqu'ici. Elle s'attend à être chassée.
À la place, Marek lui lance un vieux torchon.
-
Essuie le sol pendant que je travaille. Le sang sèche vite. Après, c'est une vraie plaie à nettoyer.Sans protester, Kaz s'exécute. Le lendemain, elle revient. Puis le surlendemain. Les jours deviennent des semaines. Un matin, Marek lui demande simplement de tenir une lampe. Le lendemain, une pince. Quelques jours plus tard, il la laisse préparer les instruments avant une intervention. Puis vient le moment où il commence réellement à lui enseigner. Pas la chirurgie. Pas encore.
Il lui apprend d'abord à maîtriser ses propres mains.
-
Tu sais pourquoi une main tremble ?Kaz hausse les épaules.
-
Parce qu'elle a peur.Le vieil homme acquiesce doucement.
-
Exactement. Et un médecin n'a pas le droit de laisser la peur guider ses gestes. La peur, tu l'écoutes. Mais tu ne lui obéis jamais.Kaz médite longuement ces paroles. Les semaines passent. Les questions se multiplient. Pourquoi un cœur accélère-t-il lorsqu'on souffre ? Pourquoi certains poisons tuent-ils alors que d'autres deviennent des médicaments ? Pourquoi une personne gravement blessée peut-elle encore sourire ? Marek répond rarement immédiatement. Il préfère la pousser à observer. À réfléchir. À comprendre.
Un soir, alors qu'ils rangent ensemble le dispensaire, il rompt soudain le silence.
-
Tu sais pourquoi je t'apprends tout ça ?Kaz secoue lentement la tête.
Le vieil homme ajuste ses lunettes avant de lui adresser ce sourire fatigué qu'elle apprend déjà à reconnaître.
-
Parce qu'un jour, je ne serai plus là.Il marque une courte pause.
-
Et les gens continueront malgré tout à avoir besoin qu'on les soigne.Ces mots restent suspendus entre eux. Kaz ne répond rien. Elle ne sait pas encore que cette simple phrase guidera toute sa vie. À partir de ce jour, Marek n'est plus seulement le médecin du quartier. Il devient son maître. Son modèle. Et, sans qu'aucun des deux ne le formule à voix haute… La famille qu'elle choisira pour toujours.
✦ II - Les mains qui sauvent
“
Un médecin n'apprend jamais à tenir un scalpel. Il apprend d'abord pourquoi il le tient.”
Lorsque Kaz commence à fréquenter le dispensaire presque tous les jours, beaucoup sont persuadés qu'elle finira par se lasser. Ils ont l'habitude. Des enfants fascinés par les drones médicaux. Des adolescents convaincus qu'opérer revient à jouer les héros. Ils restent quelques jours. Une semaine, parfois.
Puis vient la première véritable urgence. Une jambe arrachée. Une hémorragie impossible à contenir. Un enfant que personne ne parvient à sauver. Et ils ne reviennent jamais.
Kaz, elle, reste. Pas parce qu'elle est plus courageuse que les autres. Parce qu'elle est incapable de détourner le regard tant qu'elle ne comprend pas.
Pourquoi un cœur accélère-t-il lorsqu'une personne a peur ? Pourquoi une balle traverse-t-elle parfois un corps sans tuer, alors qu'un simple éclat métallique suffit à provoquer une hémorragie fatale ? Pourquoi certains poisons foudroient-ils en quelques secondes quand d'autres mettent des jours à agir ?
Chaque réponse ouvre aussitôt une nouvelle série de questions.
Marek la regarde souvent travailler du coin de l'œil. Il la laisse démonter les appareils irréparables. Désosser les vieux drones médicaux jusqu'à leur dernière vis. Comparer des molécules pendant des heures simplement pour comprendre pourquoi l'une anesthésie tandis que l'autre paralyse.
Jamais il ne lui demande d'arrêter. Au contraire. Un léger sourire éclaire parfois son visage. Parce qu'un médecin qui cesse de poser des questions devient, tôt ou tard, un médecin dangereux.
Pendant les premières semaines, il lui interdit pourtant de toucher le moindre patient. Kaz proteste. Évidemment.
-
Tu crois vraiment que je vais casser quelque chose ?-
Non.-
Alors pourquoi ?Sans même interrompre la préparation de ses instruments, Marek répond d'une voix tranquille :
-
Parce que tu regardes encore les blessures. Pas les personnes.Kaz fronce les sourcils. Elle ne comprend pas. Le vieil homme dépose finalement son plateau et lui fait signe d'approcher. Tous deux observent la salle d'attente. Une mère berce un nourrisson dont le front brûle de fièvre. Un adolescent dissimule maladroitement une main brûlée derrière son dos. Un homme à la carrure impressionnante garde les bras croisés, mais ses jambes tremblent discrètement à l'idée d'une intervention pourtant bénigne.
-
Dis-moi ce que tu vois.Kaz répond presque aussitôt.
-
Une brûlure... une infection... probablement une fracture...Marek secoue doucement la tête.
-
Moi, je vois une mère qui redoute de perdre son enfant. Un garçon qui a peur de ne plus pouvoir travailler. Et un homme qui fait semblant d'être courageux parce qu'il croit que pleurer ferait de lui un faible.Le silence s'installe. Puis Marek ajoute presque dans un murmure :
-
Les blessures sont faciles à soigner, Kaz... les gens le sont beaucoup moins.Ces mots restent gravés en elle. Ce jour-là, elle comprend que la médecine ne consiste pas seulement à réparer un corps. Elle consiste aussi à porter, ne serait-ce qu'un instant, la peur de quelqu'un d'autre.
Les mois deviennent des années. Le dispensaire continue de vivre au rythme des urgences. Les repas refroidissent sur un coin de table. Les nuits sont trop courtes. Le café est toujours aussi imbuvable. Mais Kaz finit par ne plus compter les heures.
Elle grandit au milieu du bourdonnement des drones médicaux, du grésillement des vieux néons et des alarmes des moniteurs qui ponctuent ses journées comme un métronome. Marek lui transmet tout ce qu'il sait. Il lui apprend à reconnaître une septicémie à la simple odeur d'une plaie. À réduire une luxation les yeux presque fermés. À transformer une vieille table, deux lampes et une bâche stérile en véritable salle d'opération. À fabriquer des antibiotiques de fortune lorsqu'aucune pharmacie n'accepte de vendre aux habitants des profondeurs.
Mais, plus encore que la technique, il lui enseigne une discipline. Ne jamais laisser l'urgence décider à sa place.
Un soir, un membre du gang voisin est amené au dispensaire. Une balle s'est logée tout près de son cœur. Le sang s'écoule abondamment.
Sans réfléchir, Kaz attrape déjà le scalpel.
-
On perd du temps !La voix de Marek la stoppe immédiatement. Calme. Inébranlable.
-
Respire.Elle relève la tête, contrariée.
-
Il est en train de mourir !-
Justement.Le vieil homme s'approche d'elle sans la moindre précipitation. Il pose simplement deux doigts contre son poignet.
-
Si ton cœur bat plus vite que le sien... tu vas te tromper.Kaz ferme les yeux. Une inspiration. Puis une seconde. Son souffle ralentit. Ses épaules se détendent. Ses mains cessent de trembler.
Alors seulement, Marek acquiesce.
-
Maintenant... sauve-le.Cette nuit-là, Kaz comprend que le calme n'est pas un don. C'est une discipline que l'on choisit, encore et encore. Peu à peu, les habitants cessent de distinguer le maître de son apprentie.
On vient chercher Marek. On repart en remerciant Kaz. Les enfants lui offrent des dessins maladroits. Les anciens déposent parfois une assiette encore chaude, quelques légumes cultivés sous lampe ou une bouteille artisanale sur le comptoir. Elle accepte toujours. Non parce qu'elle a besoin de ces présents. Mais parce qu'elle sait que les refuser reviendrait à priver ces gens de la seule richesse qu'ils possèdent encore : leur reconnaissance.
Un après-midi, une adolescente pousse timidement la porte du dispensaire. Quelques semaines plus tôt, Kaz lui a sauvé la vie après l'effondrement d'une passerelle métallique. Sans un mot, la jeune fille remonte sa manche. Une longue cicatrice traverse encore son avant-bras.
Elle la fixe un long moment avant de murmurer :
-
Je déteste la regarder.Kaz ne répond pas immédiatement. Elle ouvre simplement un carnet épais dont les pages débordent de croquis. Des fleurs. Des oiseaux. Des dragons. Des constellations. Des circuits imprimés transformés en arabesques. Des plantes grimpantes.
Elle fait glisser le carnet devant la jeune fille.
-
Choisis.L'adolescente relève des yeux surpris.
-
Pourquoi ?Le sourire de Kaz apparaît aussitôt. Celui qui laisse toujours croire qu'elle prépare une idée un peu folle.
-
Parce que les cicatrices racontent toujours une histoire.Elle pousse doucement le carnet vers elle.
-
Et je préfère que ce soit toi qui décides laquelle.Ce jour-là, Kaz réalise son premier tatouage. Puis un deuxième. Puis un troisième. Très vite, la rumeur se répand dans tout le quartier. On dit qu'il est impossible de confondre les patients de Kaz avec ceux d'un autre médecin. Non seulement parce que leurs cicatrices sont presque invisibles… Mais parce qu'elles deviennent, sous son aiguille, le début d'une nouvelle histoire.
Au fond, Kaz ne tatoue jamais pour cacher une blessure. Elle tatoue pour rappeler à ceux qui survivent que leur corps ne porte pas seulement la trace de ce qu'ils ont enduré. Il porte aussi la preuve silencieuse qu'ils ont refusé de céder.
✦ III - L'acier sous la peau
“
Certaines cicatrices restent visibles. D'autres battent silencieusement sous la peau.”
Le quartier connaît les guerres. Pas celles dont parlent les chaînes d'informations des corporations. Les siennes. Celles qui éclatent pour une cargaison détournée. Pour un territoire. Pour une dette oubliée. Ou simplement parce que quelqu'un a oublié qu'une parole donnée vaut parfois davantage qu'une arme. Chaque fois que les premiers coups de feu résonnent, le dispensaire cesse d'être un refuge. Il devient un champ de bataille. Les blessés affluent sans interruption. Des civils. Des membres de gangs. Des enfants. Des inconnus. Parfois même des hommes qui, quelques heures plus tôt, tentaient encore de s'entre-tuer.
Marek ne pose jamais de questions. Kaz non plus. À partir du moment où quelqu'un franchit cette porte, il cesse d'être un ennemi. Il devient un patient. Et un patient ne se juge pas. Il se sauve.
Cette nuit-là…
La ville semble vouloir mourir. Les sirènes ne cessent jamais. Les explosions font vibrer les murs jusque dans leurs fondations. Toutes les quelques minutes, l'électricité disparaît avant de revenir dans un grésillement inquiétant. Le dispensaire déborde. Kaz finit par perdre toute notion du temps. Ses mains passent d'un thorax ouvert à une fracture complexe, d'une perfusion improvisée à une amputation d'urgence. Les drones médicaux bourdonnent sans relâche autour d'elle. Même la musique, d'ordinaire omniprésente, finit par s'éteindre. Il ne reste plus que les respirations. Les ordres calmes de Marek. Le bip régulier des moniteurs.
Puis…
Une déflagration. Beaucoup plus proche que les précédentes. Le bâtiment tout entier tressaille. Les néons explosent dans une pluie d'étincelles. Le plafond gémit. Kaz relève instinctivement la tête. Elle n'a pas le temps de comprendre. Une poutrelle métallique, arrachée par le souffle, traverse le dispensaire dans un vacarme assourdissant.
Ensuite… Le noir.
Lorsqu'elle reprend connaissance, l'odeur de poussière a remplacé celle des désinfectants. Sa bouche a le goût du sang. Chaque respiration lui brûle la poitrine. Elle essaie de se redresser. Son bras droit refuse de lui répondre. Elle fronce les sourcils. Réessaie. Rien. Ses jambes obéissent avec un temps de retard. Dans son oreille gauche, un sifflement continu couvre encore tous les autres sons. Elle cherche Marek du regard. Sa voix s'étrangle lorsqu'elle tente de l'appeler.
Quelques mètres plus loin, le vieil homme dégage déjà les gravats qui l'emprisonnent. Le sang coule le long de son front. Ses gestes sont lents. Douloureux. Et pourtant...
Il sourit. Comme toujours.
-
Tu vois...Il grimace en soulevant une poutre.
-
Je t'avais pourtant dit que les plafonds étaient de mauvaise qualité...Kaz voudrait rire. Elle n'y parvient pas. Les examens sont rapides. Brutaux. La colonne vertébrale est touchée. Plusieurs nerfs ont été gravement endommagés. Les médecins sont formels. Son bras droit ne retrouvera probablement jamais sa précision. Les micros-tremblements seront permanents. Même tenir une tasse deviendra difficile.
Marek ne cherche pas à lui mentir. Il dépose simplement les résultats devant elle. Puis il s'assoit à ses côtés. Le silence s'étire. Longtemps. Très longtemps.
Finalement, il murmure :
-
Tu pourras vivre normalement.Kaz garde les yeux fixés sur les images médicales.
-
...Mais ?Le vieil homme baisse lentement le regard.
-
Tu n'opéreras plus.Ces trois mots frappent Kaz avec une violence que l'explosion elle-même n'a pas eue. Elle ne crie pas. Ne pleure pas. Elle reste simplement immobile. Les mains posées sur ses genoux. Comme si son esprit refusait d'accepter ce verdict. *
Tu n'opéreras plus.*
**
Comment vivre… lorsque ce qui donne un sens à chaque journée vous est soudain arraché ?**
Les jours qui suivent sont les plus longs de son existence. Elle réapprend à écrire. À boutonner une veste. À tenir une pince. Ses doigts tremblent sans cesse. À chaque objet qui lui échappe, elle recommence. Encore. Encore. Encore. Jusqu'à sentir ses paumes s'ouvrir sous l'effort.
Marek observe. Toujours en silence. Il sait qu'aucune parole ne pourrait alléger ce combat.
Puis, un matin...
Kaz découvre le dispensaire vide. Marek a disparu. Il ne revient que trois jours plus tard. Épuisé, le visage noirci par la poussière. Les vêtements imprégnés d'huile. Derrière lui flotte un vieux conteneur métallique cabossé. Il le dépose au milieu de la pièce. L'ouvre lentement. À l'intérieur reposent des interfaces neuronales de contrebande. Des stabilisateurs chirurgicaux militaires. Des fibres synthétiques. Des microprocesseurs. Des connecteurs encore tachés de graisse. Du matériel interdit. Volé. Rafistolé.
Tout ce qu'un médecin respectable devrait refuser de toucher. Marek contemple longuement son contenu.
Puis murmure presque pour lui-même :
-
J'espérais ne jamais avoir à utiliser tout ça.Kaz comprend aussitôt. Elle secoue doucement la tête.
-
Fais-le.Le vieil homme relève les yeux.
-
Tu ignores ce que cela implique.-
Non.Pour la première fois depuis des semaines, un sourire apparaît sur son visage. Fatigué. Fragile. Mais sincère.
-
Je sais seulement ce que cela implique si on ne le fait pas.Le silence retombe. Marek soupire.
-
Tu pourrais vivre autrement.Kaz baisse les yeux vers ses mains. Toujours tremblantes. Elle referme lentement les doigts.
-
Peut-être...Sa voix n'est guère plus qu'un souffle.
-
...mais ce ne serait plus vraiment moi.L'opération dure seize heures. Seize heures durant lesquelles leurs rôles s'inversent. Cette fois… C'est Marek qui tient le scalpel. Et Kaz qui remet sa vie entre les mains de celui qui lui a tout appris. Lorsqu'elle ouvre les yeux, les néons lui paraissent presque aveuglants. Son bras est lourd. Sa nuque douloureuse. Une chaleur étrange remonte lentement le long de sa colonne vertébrale. Elle inspire profondément. Puis lève prudemment la main. Ses doigts répondent. Un par un. Sans le moindre tremblement. Comme si son corps se souvenait enfin de ce qu'il avait oublié.
Marek est assis à côté d'elle. Visiblement épuisé. Mais son sourire est celui d'un artisan qui vient de réparer ce que tout le monde croyait irrémédiablement perdu. Il attend qu'elle referme doucement la main.
Puis pose un doigt contre son front.
-
N'oublie jamais une chose.Kaz tourne lentement la tête vers lui. Le vieil homme tapote ensuite les plaques métalliques dissimulées sous sa peau.
-
Ce ne sont pas ces implants qui feront de toi un médecin.Son regard ne quitte jamais le sien.
-
Ils rendront peut-être tes mains plus stables...Un léger sourire éclaire son visage.
-
...mais les meilleures opérations que tu réaliseras ne commenceront jamais ici.Il retire son doigt de son bras. Le pose contre sa tempe. Puis, enfin… Sur son cœur.
-
Elles commenceront toujours là...Un silence.
-
...et là.À partir de ce jour, Kaz ne considère jamais ses augmentations comme une force. Seulement comme des outils. Des outils qu'il faut entretenir. Respecter. Et auxquels il ne faut jamais abandonner son libre arbitre. Car sous l'acier. Sous les connecteurs. Sous les interfaces neuronales.
Bat toujours le cœur de cette enfant qui, des années plus tôt, pousse timidement la porte d'un dispensaire improvisé. Une enfant que Marek accueille avec un vieux torchon lancé à travers la pièce et une phrase prononcée sans la moindre cérémonie :
-
Essuie le sol. Le sang sèche vite. Après, c'est une vraie plaie à nettoyer.
Peut-être est-ce cela, finalement, le véritable miracle. Ce n'est pas que la technologie lui rende ses mains. C'est qu'elle ne change jamais la personne qui les guide.
✦ IV - Les mains qui blessent
“
Une seringue peut sauver une vie. Elle peut aussi en arrêter une. Ce n'est jamais l'instrument qui décide.”
Marek lui apprend la médecine. La rue lui enseigne tout le reste. Dans les profondeurs de la mégalopole, un médecin ne survit jamais longtemps s'il ne compte que sur son savoir-faire. Les médicaments ont de la valeur. Les implants davantage encore. Quant aux médecins… Les médecins sont une monnaie d'échange. On enlève ceux qui savent opérer. On les menace. On les force à soigner les mauvaises personnes. Ou à laisser mourir les bonnes.
Très tôt, Kaz comprend qu'un scalpel ne suffit pas toujours à rentrer chez soi. Alors elle apprend. À observer. À anticiper. À ne jamais emprunter deux fois le même itinéraire. À reconnaître le déclic d'une sécurité que l'on retire. À estimer, d'un simple regard sur une paire de chaussures dépassant d'une ruelle, combien de personnes l'attendent dans l'ombre. Ce n'est pas de la paranoïa. C'est de l'expérience.
Son premier poison… n'est pas conçu pour tuer. Il s'agit d'un simple sédatif. Un mélange improvisé capable d'endormir un homme de près de cent kilos en moins de dix secondes. Avant de l'administrer à qui que ce soit, Kaz le teste sur elle-même. Deux fois.
Parce que Marek lui répète depuis toujours qu'un médecin ne fait jamais courir à quelqu'un un risque qu'il n'accepterait pas pour lui-même. L'expérience est concluante. Elle dort près de vingt heures. À son réveil, elle consigne méticuleusement chaque effet secondaire dans un carnet déjà couvert de formules chimiques. Puis elle recommence. Encore. Et encore. Les pages se remplissent au fil des années. Le carnet devient une véritable encyclopédie clandestine. Antidotes. Neurotoxines. Coagulants. Hallucinogènes. Stimulants. Anesthésiants. Chaque substance trouve sa place. Chaque poison possède son antidote. A chaque molécule ses contre-indications. Parce qu'à ses yeux, comprendre un poison revient déjà à savoir le vaincre.
Avec le temps, une histoire circule dans tout le quartier. Personne ne sait si elle est vraie. Ou si elle s'est embellie à force d'être racontée. On dit qu'un soir, trois hommes tentent de braquer le dispensaire. Ils veulent les médicaments. Les implants. Les drones. Kaz leur ouvre simplement la porte avec son éternel sourire.
Puis leur demande, avec un calme presque désarmant :
-
Vous êtes blessés ?Les trois hommes éclatent de rire. L'un d'eux la bouscule. La suite devient floue. Certains jurent qu'elle utilise un gaz anesthésiant. D'autres parlent d'un poison injecté grâce à une simple bague. Quelques-uns assurent qu'elle les désarme à mains nues. Les versions divergent. Une seule chose fait l'unanimité.
Quelques minutes plus tard...
Les trois braqueurs sont allongés côte à côte. Vivants. Ligotés. Sous perfusion. Parce que l'un d'eux souffre d'une hémorragie interne que Kaz remarque avant même qu'il ne pointe son arme sur elle. Lorsqu'on l'interroge plus tard, elle se contente de hausser les épaules.
-
Ils voulaient mes médicaments. Ç'aurait été dommage qu'ils meurent avant de comprendre à quoi ils servent.Il existe pourtant une règle que tout le quartier connaît. On peut insulter Kaz. La provoquer. La défier. Elle répond presque toujours par une plaisanterie. Ou par un sourire. Parfois par les deux.
Mais il ne faut jamais… Jamais… *
Mépriser la médecine.*
Un soir, un homme ivre ricane au fond d'un bar.
-
Les médecins sont des charlatans. Ils vivent du malheur des autres.Le rire qui suit ne dure pas. Un souffle. Un mouvement presque invisible. Puis l'acier. Le fil d'un scalpel repose déjà contre sa carotide. Kaz se tient si près de lui qu'il perçoit son parfum mêlé à l'odeur persistante de l'antiseptique. Son regard n'a plus rien d'espiègle. Plus rien d'insolent. Il est devenu celui d'une chirurgienne. Froid, précis, parfaitement maître de lui-même.
Sa voix tombe, basse, presque douce.
-
Tu sens ça ?La lame effleure à peine la peau.
-
Trois millimètres de plus...Elle incline légèrement la tête.
-
...et ton cerveau manquera d'oxygène avant même que tu comprennes ce qui t'arrive.Le silence envahit le bar. Personne n'ose intervenir. Kaz poursuit sans jamais hausser le ton.
-
Tu peux dire ce que tu veux des gangs. Des corporations. De moi.Un battement.
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Mais ne te moque jamais de ceux qui passent leur vie à empêcher les autres de mourir.Sa respiration demeure parfaitement calme. Comme si elle expliquait simplement un diagnostic.
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Sans les médecins...Elle retire lentement la lame.
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...le monde serait déjà en train de s'effondrer.Le scalpel disparaît dans sa manche. Quelques secondes s'écoulent. Puis son sourire revient. Comme si rien ne venait de se produire.
Elle pousse un léger soupir.
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Bon...Elle se gratte l'arrière de la nuque.
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J'ai peut-être un peu exagéré...Avant de commander une nouvelle tournée. Les habitués échangent un regard entendu. Ils connaissent cette expression. Chaque fois que Kaz cesse de sourire de cette manière… C'est qu'une vieille blessure vient de se rouvrir. Et personne n'a besoin de prononcer le nom de Marek pour comprendre laquelle.
Kaz n'est pas une combattante. Pas au sens où certains l'entendent. Elle n'aime ni les duels, ni les démonstrations de force. Elle ne recherche ni la gloire, ni la confrontation.
Si elle en vient à se battre… C'est que quelque chose s'est déjà terriblement mal passé. Ses gestes ne sont jamais spectaculaires. Ils sont précis. Calculés. Une articulation déplacée. Un tendon momentanément neutralisé. Une injection parfaitement dosée. Ou un regard suffisamment exercé pour repérer la faiblesse d'un implant cybernétique.
Elle ne cherche jamais à dominer. Seulement à mettre fin au danger, le plus rapidement possible.
Parce qu'au fond...
Chaque seconde passée à combattre est une seconde pendant laquelle, quelque part, quelqu'un attend peut-être encore un médecin.
✦ V - Les néons dansent jusqu'à l'aube
“
Certaines personnes fuient le bruit. Kaz, elle, s'y sent chez elle.”
On dit souvent qu'il est impossible de passer à côté de Kaz sans s'en rendre compte. C'est faux. On sait qu'elle arrive bien avant de la voir. Parce que la musique la précède toujours. Les basses d'un morceau électronique font vibrer les cloisons du dispensaire. Une mélodie s'échappe d'une fenêtre entrouverte.
Quelqu'un éclate de rire. Très fort.
Puis une voix résonne dans la rue.
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Je t'entends râler d'ici, vieille branche !Quelques secondes plus tard...
Kaz pousse la porte avec un immense sourire, une boisson à la main et les cheveux d'une couleur différente de la semaine précédente. Pour beaucoup, cette énergie semble incompréhensible. Comment une femme capable de rester seize heures debout au-dessus d'une table d'opération trouve-t-elle encore la force de transformer une arrière-cour en piste de danse ?
Kaz, elle, ne se pose jamais la question. Elle vit. Simplement. Avec une intensité qui déconcerte autant qu'elle attire. Son lieu de vie ressemble moins à un logement qu'à une photographie de son esprit.
Au premier regard...
C'est un joyeux désordre. Une veste abandonnée sur une chaise. Des vêtements colorés suspendus à une conduite d'aération. Des chaussures dispersées près de la porte. Trois tasses de café oubliées entre des composants électroniques. Un casque audio accroché à un bras de drone.
Puis, lorsque l'on prend le temps d'observer…
Tout révèle une logique presque obsessionnelle. Chaque instrument chirurgical retrouve exactement la même place. Les produits sont rangés par familles chimiques. Les antidotes sont séparés des toxines. Les implants, classés selon leur compatibilité. Ses drones retournent seuls à leurs stations de recharge. Même les câbles suivent un chemin parfaitement organisé. Kaz retrouve le moindre bistouri en quelques secondes.
En revanche… Retrouver sa veste relève souvent de l'exploit.
La nuit est son véritable territoire. Elle adore les marchés clandestins qui ne s'animent qu'après minuit. Les concerts improvisés sur les toits. Les bars où les néons remplacent les lustres. Les mécaniciens capables de transformer une carcasse de moteur en œuvre d'art. Les tatoueurs qui travaillent jusqu'au lever du soleil. Les cuisiniers qui servent des bols de nouilles fumantes à quatre heures du matin comme si cela allait de soi. Elle connaît chacun d'eux. Et chacun la connaît. Elle ne traverse jamais deux rues sans saluer quelqu'un. Un marchand glisse un fruit dans sa main. Un ancien patient lui paie un verre.
Une vieille femme dépose discrètement quelques pâtisseries dans sa sacoche.
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Pour les longues gardes.Kaz proteste toujours. Puis elle finit toujours par accepter. Parce que refuser serait plus impoli que d'accepter avec gratitude. Elle aime les couleurs. Presque autant qu'elle aime les gens. Ses cheveux changent au gré de ses envies. Bleu électrique. Rose fuchsia. Blanc. Violet… Parfois plusieurs teintes cohabitent sans que cela paraisse étrange.
Lorsqu'on lui demande pourquoi, elle répond invariablement avec un sourire :
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Parce que ça me fait rire.La vérité est un peu différente. Dans un monde où le béton, le métal et le gris semblent avoir gagné depuis longtemps, Kaz refuse que cette grisaille s'invite jusque dans son reflet. Alors elle collectionne les couleurs. Comme d'autres collectionnent les souvenirs.
Les lumières aussi occupent une place particulière dans sa vie. Des guirlandes lumineuses serpentent entre les étagères. Des hologrammes décorent les murs. D'anciennes enseignes réparées diffusent une lumière douce jusque tard dans la nuit. Même ses drones portent parfois de minuscules diodes colorées.
Un patient lui demande un jour pourquoi son dispensaire ressemble davantage à une salle de concert qu'à une clinique. Kaz hausse simplement les épaules.
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Parce qu'on guérit toujours un peu mieux dans un endroit qui donne envie de sourire.Puis elle reprend tranquillement sa suture. Comme si cette réponse expliquait tout. Peut-être parce qu'au fond… C'est le cas.
L'amour… En revanche… Est un territoire où elle avance avec beaucoup moins d'assurance. Kaz tombe facilement sous le charme. D'un sourire. D'une conversation qui dure jusqu'au lever du jour. D'une personne passionnée par ce qu'elle fait. Ou simplement de quelqu'un qui sait écouter sans chercher à réparer. Elle ne voit rien de choquant à aimer plusieurs personnes au cours d'une vie. Ni même à ce que plusieurs histoires existent en même temps, tant qu'elles reposent sur l'honnêteté, le respect et le consentement.
À ses yeux, les sentiments ne sont pas une ressource que l'on partage en parts égales. Ils ressemblent davantage à une lumière. En allumer une nouvelle ne diminue jamais celles qui brillent déjà. Pourtant… Derrière cette liberté assumée se cache une vérité qu'elle n'avoue presque jamais.
Elle connaît le corps humain dans ses moindres détails. Elle sait remplacer un organe. Reconnecter des nerfs. Empêcher un cœur de s'arrêter. Mais lorsqu'il s'agit du sien… Elle avance complètement à l'instinct avec une spontanéité désarmante et une maladresse presque attendrissante. Il lui arrive d'embrasser quelqu'un sur un coup de tête… Puis de passer les trois jours suivants à se demander si elle n'a pas tout détruit.
Ses émotions suivent toujours le même langage. Lorsqu'elle est heureuse… Tout le quartier finit par le devenir un peu avec elle.
Lorsqu'elle est en colère… Elle démonte un moteur jusqu'à la dernière vis.
Lorsqu'elle est triste… Elle pousse le volume de la musique jusqu'à faire vibrer les vitres.
Et lorsqu'elle a peur… Elle plaisante. Toujours.
Parce qu'au fond… Le silence demeure son seul véritable ennemi.
Il existe pourtant un moment où même Kaz finit par éteindre la musique. Très tard. Lorsque le dernier patient est rentré chez lui. Que les drones se rechargent dans un léger bourdonnement. Et que les néons continuent seuls à peindre le dispensaire de leurs couleurs mouvantes. Elle grimpe alors sur le toit. S'assied au bord du vide. Une bouteille entre les mains. Ses jambes se balancent lentement au-dessus des rues. Face à elle s'étend un océan infini de lumières artificielles.
Elle ignore à quoi ressemble un véritable ciel étoilé. Elle ne sait pas non plus si elle le découvrira un jour. Alors elle contemple celui qu'elle connaît. Celui que les êtres humains ont construit à force de survivre. Des milliers de néons. Des enseignes. Des hologrammes. Comme autant d'étoiles fabriquées de leurs propres mains pour repousser l'obscurité.
Pendant longtemps… Elle est persuadée que cela lui suffit. Puis son regard se perd au-delà des derniers immeubles. Là où les lumières cessent. Là où la ville semble enfin avoir une fin. Et, pour la première fois depuis très longtemps… Une question s'invite dans son esprit. *Et s'il existait autre chose ?* Elle ne se l'avoue pas encore. Elle se contente de sourire. De finir sa bouteille. Puis de redescendre soigner le premier inconnu qui frappera à sa porte.
Parce que demain ressemblera sûrement à aujourd'hui. Du moins… C'est encore ce qu'elle croit.
Autre :Compétences
Kaz est probablement bien plus compétente qu'elle ne le laisse croire.
Elle maîtrise notamment : chirurgie traumatologique, chirurgie d'urgence, pharmacologie avancée, toxicologie, antidotes complexes, cybernétique médicale, réparation d'implants, médecine de terrain, anatomie humaine extrêmement poussée.
Elle possède également :
plusieurs microdrones chirurgicaux autonomes, des sondes intelligentes, une IA médicale embarquée, une imprimante biologique portative capable de fabriquer certains tissus simples.
Capacités d'augmentationSes implants sont discrets mais très sophistiqués.
Interface neuronaleElle peut connecter directement son cerveau à ses appareils.
Elle n'utilise quasiment jamais ses mains lorsqu'il s'agit de commander ses drones.
Analyse biométriqueEn regardant quelqu'un quelques secondes, elle peut obtenir une estimation de : température, rythme cardiaque, oxygénation, tension artérielle, activité musculaire. Ce n'est pas de la magie. Seulement une multitude de capteurs miniaturisés.
Mains stabiliséesDe minuscules gyroscopes sous-cutanés compensent automatiquement les tremblements. Même après quarante heures sans dormir… elle peut encore recoudre une artère.
CombatContrairement aux apparences, Kaz sait se battre. Pas comme une militaire. Comme quelqu'un qui refuse qu'on l'empêche d'atteindre son patient. Son style est rapide. Sale. Pragmatique. Elle cherche toujours à neutraliser. Briser un genou. Aveugler. Injecter un paralysant. Utiliser son environnement.
Si elle tue… C'est uniquement parce qu'il ne restait plus aucune autre solution. Ou parce que la personne menaçait directement ceux qu'elle considère comme les siens.
Comment avez-vous connu le forum ? Mes drônes m'ont guidée vers vous
Avez-vous des doublettes ? Maybe or not.