Le Grand Jeu - Forum RPG Hentai

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I run to you...

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Réo

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I run to you...

jeudi 21 mai 2026, 21:51:14

Certains appellent ça une épiphanie, d’autres un signe du destin…Personnellement je ne sais mettre de mot sur ce que je vis, tandis que je contemple la ville depuis le sommet de la tour qui héberge l’Eden, l’horizon de la ville qui semble briller de mille feux et que je vois différemment depuis mon retour de l’herboristerie de Lyadril…Ma Lyadril…j’ai encore du mal à m’y faire alors que je finis la dernière gorgée de mon verre de bourbon…

La soirée bat son plein, la rumeur de mon retour a créé l’effervescence pour le bonheur de mon comptable. Un autre était heureux de mon retour, Louis qui s’est empressé de m’interroger sur les évènements ayant suivi sa course pour m’apporter les affaires. Sachant qu’il est trop fier lorsque son instinct a raison et qu’il va m’en parler longtemps, je passe sur certains détails, prétextant devoir préparer le service.

Je sens son regard sur moi, il sait que je n’ai pas tout dit, mais en bon bras droit se concentre sur mon seconder. Je sais bien qu’il reviendra à la charge, mais pour l’heure je suis dans ma bulle, mon pouce faisant le tour du verre en cristal ouvragé, je suis tellement concentré sur le film des évènements récents que mon esprit fait abstraction du bruit ambiant…l’attaque, ma rencontre avec cette tornade dans ma vie, ses cours et connaissances sur les arcanes, puis l’arrivée de Virgil, de Diamant…et encore l’image de la peau d’albâtre, ses yeux turquoise…la douceur de sa peau…

Je ne réalise à quel point mon rythme cardiaque s’emballe que lorsque mon flot de pensées est interrompu par un habitué qui tenait à me saluer.

-   Réo, mon cher, c’est un tel plaisir de vous revoir, votre absence en a laissé plus d’un perplexe.
-   Vos mots me touche, mais vous me connaissez, je ne laisse jamais ce qui m’est précieux bien longtemps…J’ai du régler quelques affaires, mais profitez donc de la fête !

Comme revenu à la raison, je prends un micro et commence à chanter sur un air jazzy, ce qui a un don pour réchauffer l’ambiance chez certains dont les idées de luxure remontent à la surface…preuve s’il en est des lèvres mordus par ci par là, ou des traces de transpirations…pour ne pas parler des mains baladeuses…

C’est à ce moment que j’aperçois quelqu’un à l’entrée, cherchant à se fondre dans l’ombre…encapuchonné, je reconnais…non…mon cœur reconnais cette présence…rendant mon chant plus…captivant…au fur et à mesure que je le deviens moi-même…elle est là…sans doute pour la protection de l’Eden…mais je ne peux m’empêcher de la désirer ce qui rends mes effluves difficile à contrôler…je m’arrête juste à temps alors que je sentais que la soirée risquait de finir en orgie si je ne m’arrêtais pas…

-   Hmm…je suis désolé, d’interrompre cette soirée Ô combien prometteuse, mais j’ai une affaire urgente à régler. Pour la peine, demain soir une consommation offerte à tout le monde…

Certains ont beau avoir envie de se scandaliser, ils savent que ma parole est loi entre ces murs, donc la salle se vide en silence, et bien vite il ne reste que nous et Louis.

-   Ca te concerne aussi Louis, on se parle plus tard…

La porte claque silencieusement nous laissant dans un silence à la fois pesant…et si parlant…Un pas après l’autre…je me rapproche, lui tendant la main…

-   Bienvenue à l’Eden…
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Lyadril Ilfirin

Créature

I run to you... [PV : Lyadril Ilfirin]

Réponse 1 vendredi 22 mai 2026, 01:30:04

Sept nuits depuis le sang versé dans le cercle. Une semaine s’est écoulée depuis cette frontière franchie de justesse entre la l’appel à un spécialiste des Arcanes… et la catastrophe frôlée de peu. Un acte qui s’il avait été mené à bout, lui aurait été impardonnable, insupportable à vivre au point de se jeter à corps perdu dans un duel contre son père.

La clochette de “Dae & Calad” tinte une dernière fois pour quelques jours lorsqu’un patient quitte finalement l’herboristerie avec ses remèdes serrés contre lui. L’odeur familière des plantes séchées flotte toujours entre les poutres anciennes ; camomille suspendue, sauge, menthe poivrée, racines d’aunée abandonnées près du foyer encore tiède.

Puis le silence revient. Un silence que Lyadril connaît. Qu’elle maîtrise. Contrairement au trouble qui habite sa poitrine depuis que Réo a quitté l’herboristerie au début de journée.

Ses doigts effleurent distraitement le cuir de la besace ouverte sur le comptoir central.

À l’intérieur reposent plusieurs fagots d’herbes soigneusement liés par des fils écarlates ; sauge blanche séchée, armoise, romarin infernal réduit en fragments presque noirs, fines branches d’if destinées aux sceaux protecteurs. Plus loin, enveloppés dans un tissu sombre, quelques pétales de datura noir attendent encore sans libérer leur parfum lourd.

Les bougies ont été rangées avec une minutie presque cérémonielle. Ivoire pour purifier. Rouge sombre pour le lien du sang. Violettes pour les Arcanes. Noires pour contenir ce qui ne devrait pas déborder.
Puis il y a la dague. Pas celle du premier sang. Pas le karambit de Réo ayant ouvert le premier passage entre eux. Non.

Cette lame-là porte encore le souvenir du second versement. Celui accompli pour appeler Diamant. Lorsque l’elfe la récupère, l’acier reflète faiblement les dernières lumières de l’herboristerie avant de disparaître dans la besace. Comme si elle craignait encore de réveiller les échos du rituel. Ou les émotions qui y étaient liées.

Quelques étoffes soigneusement pliées reposent également contre les herbes et les bougies. Le rouge profond d’une longue nuisette. Le blanc plus innocent d’une autre, courte et légère. Le noir délicat commandé à une tisseuse.

La robe couleur d’alternanthera “Purple Knight” que Réo a déjà vue parer son corps lors de l’invocation de Diamant.
Ainsi qu’une autre encore. Plus sombre. Noire comme une braise mourante aux reflets pourpres, dont les tissus épousent sa taille avec souplesse avant de glisser le long de ses hanches dans une élégance presque infernale. Le décolleté demeure mesuré, mais assumé, laissant apparaître la naissance de sa poitrine ainsi que la ligne délicate de ses épaules nues.
Une tenue qui n’appartient ni totalement à l’elfe… Ni totalement à la fille du Général des Légions Infernales.

Lorsque “Dae & Calad” ferme finalement ses portes, Lyadril demeure quelques secondes immobile devant le bois ancien, la paume posée contre celui-ci comme pour retenir encore un fragment de ce refuge qu’elle connaît depuis toujours.

Car cette fois… Elle ne quitte pas son herboristerie pour un patient. Mais pour Lui. Pour un rituel visant à protéger son bébé qu’est l’Eden, pour reprendre ses termes.

Alors Seikusu lui paraît soudainement immense. Vivante. Bruyante. Les conversations éclatent dans les rues, les lanternes colorées se reflètent contre les pavés humides, et quelques regards s’attardent parfois sur cette silhouette encapuchonnée avançant seule dans la nuit.

L’elfe garde instinctivement les yeux baissés sous l’ombre profonde de sa capuche. Discrète. Presque fuyante. Elle connaît les démons de l’Enfer. Les généraux. Les guérisseurs. Les anciens elfes de son clan. Mais les foules humaines demeurent encore un territoire étranger.

Ce n’est qu’après avoir reconnu l’un de ses patients près d’une rue commerçante qu’elle ose finalement lui demander avec douceur s’il connaît l’Eden. Une légère gêne traverse sa voix lorsqu’elle admet ne plus réellement se souvenir du chemin. L’homme lui indique alors la direction avec empressement, visiblement honoré de pouvoir lui rendre ce service, et Lyadril incline légèrement la tête avant de reprendre sa route.

Puis son cœur change de rythme. Avant même que le bâtiment où se trouve l’établissement n’apparaisse réellement. Quelque chose sous sa peau le reconnaît déjà. Le sceau invisible marqué sur sa main gauche pulse faiblement. Une fois. Puis deux. Comme une réponse silencieuse à une présence qu’elle ressent désormais jusque dans son souffle.

Et lorsqu’elle franchit finalement les portes de l’Eden…

La chaleur du lieu l’enveloppe aussitôt. Les lumières tamisées. L’alcool. Les peaux échauffées. Les éclats de rire. Les désirs flottant dans l’air avec une densité presque palpable. Puis il y a lui. Sa voix. La fille d’Az’Kharel n’en revient pas. Pas immédiatement en tout cas. Elle ignorait que Réo avait cette capacité.

Le chant de Réo traverse la salle entière comme une caresse lente glissant contre son échine.
Alors ses propres effluves lui échappent à leur tour. Faiblement. Instinctivement. Bien moins maîtrisés qu’elle ne voudrait l’admettre.

Le regard turquoise de l’elfe se relève malgré elle vers la scène… et pendant un instant, le reste du monde devient flou. Les lèvres. Les yeux violets. Cette manière qu’il a d’attirer les regards comme un brasier dans l’obscurité.

Les pensées qui traversent alors son esprit lui brûlent les joues avec une chaleur silencieuse qu’elle ne connaît pas encore totalement. Et elle résiste moins. Aux siennes. À lui.

Un homme à la carrure massive la heurte soudainement en passant près d’elle, comme pressé de quitter les lieux avant de succomber à quelque pulsion honteusement inavouable. Le choc arrache Lyadril à cette étrange torpeur.

Puis la voix de Réo résonne de nouveau dans l’Eden. Une affaire urgente à régler. Son souffle se suspend. Elle est arrivée trop tôt.

Alors elle se tait. Immobile dans l’ombre. Jusqu’à ce que l’Eden se vide peu à peu. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus que trois présences. Louis. Réo. Et elle qui se fait bousculer une nouvelle fois.

Le regard du Bras Doit croise finalement le sien. Lorsqu’il reconnaît l’elfe sous la pénombre de sa capuche, il incline respectueusement la tête.

Lentement, Lyadril retire alors le tissu couvrant ses traits. L’argent pâle de ses cheveux capte aussitôt les lumières tamisées de l’établissement. Puis elle s’incline à son tour avec cette grâce discrète propre aux siens.
- Bonsoir Louis. C’est un plaisir de vous revoir… Je suis sincèrement désolée d’interrompre vos retrouvailles.

Quelques secondes plus tard, Louis quitte finalement l’Eden. Et lorsque la porte se referme derrière lui dans un claquement feutré…

Le silence qui suit paraît presque irréel. Seulement habité par leurs respirations. Et leurs cœurs qui, déjà, se reconnaissent. Un pas. Puis un autre. Toujours trop lents. Pas assez.

Le cœur de Lyadril cogne désormais si fort contre sa poitrine qu’elle craint presque qu’il puisse l’entendre tandis que sa main vient chercher celle que Réo lui tend. Et lorsque leurs doigts se frôlent enfin, un frisson remonte immédiatement le long de son bras.

Ses yeux rappelant les étoiles visibles entre les feuillages d’une forêt nocturne plongent dans le violet clair des siens.
- Mae govannen, melamin mîr vi dû. Hannon le na i annon… (Bonsoir, ma lumière dans les ténèbres. Merci pour l’accueil.)
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Réo

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Re : I run to you...

Réponse 2 samedi 29 août 2026, 23:05:58

 Une étincelle, un courant…je ne sais décrire ce qui traverse mon corps, partant de mes doigts jusqu’à tout mon être...en une fraction de seconde lorsque nos doigts se rencontrent…l’image de notre baiser me revient, et l’incube a le sentiment d’être charmé…

"Mae govannen, melamin mîr vi dû. Hannon le na i annon… (Bonsoir, ma lumière dans les ténèbres. Merci pour l’accueil.)

Obligé de me mordre la joue dans le silence de l’Eden pour garder contenance et ne pas plonger sur ses lèvres, je me concentre sur la raison de sa présence, le reste viendra le moment venu.

- Aduial vae — gil-amrûn nín, gellon i-chened le vi mar nín. (Bonsoir mon étoile du matin, je suis enchanté de te voir en ma demeure)

Me contentant d’un simple baise-main, mes doigts ne peuvent s’empêcher de caresser la sienne comme si elle était faite de porcelaine…alors que mon cœur de démon tambourine de plus en plus fort…Sans lui lâcher la main, avec les lumières tamisées au maximum, je lui fait faire le tour…lui faisant profiter de la vue à 360° sur tout Seikusu, comme si nous dominions ce monde de mortels.
Je m’y arrête en voyant au loin la lune, me plaçant délicatement dans son dos…

- Si tu me permets…

Mes mains se posent sur ses hanches pour autour de son ventre, ma joue contre la sienne, je contemple à la fois la ville, et le reflet poétique de nos deux corps enlacés…me découvrirais-je un romantisme insoupçonné ? Je l’ignore, quoi qu’il en soit, mon corps lui est en feu…je me demande si elle le sent dans son dos.
Je finis par nous détacher pour nous diriger vers une salle servant de réserve.

- Je…hem…propose que nous commencions ici, puis de faire tout le tour de la vite et la porte, tant que la protection demeure invisible.

Sortant une dague, je m’entaille la paume, commençant à écrire la moitié de la protection de la pièce, tandis que mon invitée du soir fait l’autre moitié, ainsi le sceau dessiné par nos deux sangs liés prendra toute sa puissance, c’est du moins ce que m’a appris Lya’ et ce que j’en ai déduit de mes nombreuses lectures ayant occupés mon absence. Entre ça et les leçons sur les arcanes, je n’ai pas chômé.

Lorsque le dernier caractère est tracé par nos deux êtres, un flash lumineux nous aveugle presque et tout ce que nous avons tracés disparait petit à petit…

- Ça a l’air d’être actif…

J’en souris en la regardant. Croisant ses yeux couleurs émeraude si envoutants, mon esprit déconnecte. Lorsque je reviens à moi, nos lèvres sont scellées, nos langues s’enlacent, dansent et flirtent ensemble…tandis que ma demi-elfe se trouve entre la porte et moi…C’est délicieux, envirant…je m’en vais presque retiré cette cape qui couvre le corps que je désire…lorsque sans une parole échangé, nous nous détachons en même temps l’un de l’autre…comme un rappel du devoir sonnant en nous.

- Nous…finirons cela plus tard…ce baiser…

Ma langue passe sur ma lèvre lorsque je me dépêche de partir pour ne pas succomber une fois de plus.
Nous séparant de part et d’autre de l’Eden pour éviter de nous déconcentrer, je grave la moitié des glyphes, tout autour de la salle, à un espace de 5 mètres entre chaque, inutile de dire que cela prend du temps, la calligraphie de glyphes aussi puissant est un art à la fois délicat et dangereux en cas d’imprécision. Tant et si bien que ma compagne ne se gêne pas pour me faire savoir lorsqu’elle aperçoit des ratés, même minime. Réo le roi de l’Eden se faisant ramasser par une herboriste. Le spectacle serait amusant à voir pour un néophyte, mon point de vue est tout autre, j’apprécie que l’on me tienne tête, ou si je suis honnête, si c’est elle. N’allez pas imaginer que je suis aussi doux avec quelqu’un d’autre.
La soirée avance, et au bout d’un moment, les flashs aveuglant s’enchainent.

- Et beh, si on n’a pas réveillé toute la ville avec ça. Je t’offre un verre, nous l’avons mérité.

Passant derrière le bar, je fais découvrir à ma compagne la magie que je maitrise, les cocktails. Connaissant sa personnalité, je commence à jongler en préparant un breuvage à base de plante, vodka pour relever le tout, et un pointe de piment pour le coté démoniaque, avant de m’installer près d’elle.

- A notre collaboration…et à…nous ?

Je ne tiens plus, je veux goûter de nouveau ses lèvres…ma main posée sur sa cuisse, je retrouve la saveur sucrée qui me fait tant d’effet…la débarrassant cette fois de sa cape, pour dévoiler sa robe à la fois osée et gracieuse…
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Lyadril Ilfirin

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I run to you...

Réponse 3 dimanche 30 août 2026, 19:19:47

Un frémissement remonte le long de sa main. Le simple contact des lèvres de Réo contre sa paume devrait n’être qu’un geste courtois. Une marque d’attention presque désuète. Pourtant, le corps de Lyadril en décide autrement.

La caresse de ses doigts contre les siens fait courir une onde chaude jusque sous sa peau, si fine qu’elle pourrait presque la confondre avec le frisson provoqué quelques instants plus tôt par leurs effluves mêlés. Son souffle se suspend brièvement. Ses doigts demeurent docilement dans les siens, mais quelque chose, au fond d’elle, se réveille avec une satisfaction qu’elle n’aurait jamais imaginée ressentir.

La fille d’Az’Kharel, elle, rit intérieurement. Alors c’est ainsi que tu comptes me recevoir… Une pensée qui n’a rien de la réserve prudente de l’herboriste. Elle lui ressemble davantage. À cette part d’elle-même qu’elle tient habituellement loin de la lumière.

L’elfe laisse pourtant son hôte l’entraîner à travers l’Eden, découvrant peu à peu ce qu’elle n’avait aperçu jusque-là qu’au travers des silhouettes et des lumières de la salle principale. Et lorsqu’elle comprend ce qu’il lui montre… Elle s’arrête presque.

Seikusu s’étend sous leurs yeux. Toute entière.

Les lumières de la ville dessinent des constellations artificielles jusque dans les quartiers les plus éloignés. Les rues deviennent de fines veines lumineuses, les immeubles des masses sombres découpées par des centaines de fenêtres, et plus loin encore, les contours de la ville semblent se perdre dans la nuit.

C’est magnifique et vertigineux. Tellement hyperbolique que son premier réflexe n’est même pas de reculer. Mais de regarder vers le vide. Un peu trop longtemps. Une lueur presque amusée traverse ses yeux émeraudes. Elle pourrait sauter. Sans hésiter. Enfin… Pas exactement sans hésiter. La démone en elle, elle, n’hésiterait absolument pas.

Elle s’imagine déjà franchir le rebord, laisser le vent arracher sa cape à ses épaules et tomber droit vers les lumières de Seikusu, la chute avalant progressivement toute prudence avant que, dans les derniers mètres, ses ailes ne se déploient brutalement.

Une pensée folle. Magnifique. Dangereuse. Typiquement démoniaque.

Elle réprime un sourire avant que celui-ci ne puisse réellement naître.

Puis son regard rencontre la lune. Et quelque chose change. La légèreté disparaît. Le disque pâle suspendu dans le ciel lui rappelle un autre endroit. Un autre ciel. Un souvenir qui n’a pas besoin d’être convoqué pour revenir.

Ses parents. Son père. Sa mère. Tous deux dans cette barque, glissant silencieusement sur une eau sombre d’un recoin secret de l’Enfer qu’elle n’a jamais oublié. Un endroit à eux. L’image est presque douce. Presque irréelle.

Lyadril reste quelques secondes prisonnière de cette réminiscence avant de sentir la présence de Réo derrière elle.
- Si tu me permets…

Son cœur s’arrête. Littéralement. Ou du moins, c’est l’impression qu’elle en a. Ses doigts se crispent imperceptiblement lorsqu’elle sent ses mains venir se poser autour de son ventre. Sa joue contre la sienne. Le monde entier paraît soudain beaucoup plus silencieux. La ville demeure là. La lune aussi. Mais elles deviennent presque secondaires. La chaleur contre son dos, le souffle tout proche, la proximité de leurs deux corps… tout cela efface momentanément jusqu’au souvenir de la hauteur.

Lyadril baisse légèrement les yeux vers le reflet que leur offrent les vitres. Deux silhouettes enlacées. Sa forme elfique. La forme humaine de son partenaire. Et quelque chose entre eux qui n’a encore besoin d’aucun nom. Un sourire minuscule menace cette fois de se former au coin de ses lèvres. De même qu’une pensée fugace se demandant ce que cela donnerait sous leur forme démoniaque à tous les deux. Mais elle n’a pas le temps de s’y abandonner car ils ont une tâche à accomplir.

La pièce choisie pour commencer leur travail retrouve bientôt une atmosphère différente. Plus silencieuse. Plus concentrée.

L'invitée dépose sa besace avec précaution.

Les bougies apparaissent les premières. L’ivoire trouve sa place aux quatre points destinés à purifier l’espace. Les rouges sombres viennent ensuite, réservées au lien du sang. Les violettes entourent les emplacements prévus pour les Arcanes. Puis les noires, plus éloignées, prêtes à contenir les éventuelles décharges d’énergie.

Elle dispose ensuite les herbes. La sauge blanche. L’armoise. Le romarin infernal réduit en fragments presque noirs. Les fines branches d’if.

Et enfin, à distance des flammes, les pétales de datura noir enveloppés dans leur tissu.

Chaque élément trouve sa place avec une précision qui contraste presque avec la douceur de ses gestes.
Lorsqu’elle se redresse, quelque chose dans son regard a changé.

La femme qui contemplait Seikusu quelques minutes auparavant laisse place à l’herboriste. À celle qui a sauvé son hôte d’une mort certaine s’il n’avait été qu’humain. À celle qui sait que les Arcanes pardonnent rarement l’à-peu-près.

Sa propre dague apparaît entre ses doigts. La lame accroche la lumière violette d’une bougie.

Lyadril s’agenouille devant le premier emplacement, fermant son poing afin de laisser doucement le sang rejoindre la surface préparée. Puis elle commence.

Un trait. Une courbe. Une rune. Sa main ne tremble pas. Ses lèvres, elles, fredonnent à peine. Une mélodie ancienne, presque inaudible, dont les paroles se mêlent au crépitement des flammes.
- Elenath dîn naur aníra, cuio avel… (Que les étoiles veillent, que le feu protège, que la vie demeure…)

Sa voix reste basse. Presque une prière.

- Ça a l’air d’être actif…

Le soulagement n’a pas encore eu le temps de retomber. L'éclat arcanique danse encore quelque part derrière les paupières de Lyadril lorsqu’elle rouvre les yeux. Et elle croise les siens. Une seconde. Peut-être deux. C’est tout ce qu’il faut. Quelque chose se rompt. Ou peut-être quelque chose se libère. Leurs lèvres se rencontrent. Se retrouvent.

Le souffle de l’elfe se suspend aussitôt, surprise par la soudaineté du geste, avant que cette surprise ne fonde sous la chaleur de ce contact. Ses doigts se crispent légèrement contre le tissu de sa propre robe tandis que son corps, lui, semble avoir compris bien avant son esprit.

Elle répond. Sans réfléchir. Sans chercher à analyser ce qui se passe.

Un baiser aux allures de plat favori, doux et familier, où l’autre se glisse soudain comme une pincée de piment brut. Une caresse qui s'amorce dans la tendresse avant d’éclater en bouche engourdie, le souffle court de la soigneuse et une envie irrépressible d’y revenir malgré la chaleur qui consume tout.

Il y a dans la façon d’embrasser de Réo, la même ivresse cuisante qu’une épice tombée dans une recette trop douce. Le contact initial suave et réconfortant, se mue instantanément en une empreinte de feu sur la peau, une attaque vif-argent qui embrase le palais, pique la langue et laisse le corps groggy, envenimé d’un besoin cruel d’en reprendre une gorgée.

Le monde des Arcanes, les glyphes, les bougies et jusqu’au travail qu’ils viennent d’accomplir semblent disparaître derrière cette proximité devenue brusquement évidente.

Son cœur cogne contre ses côtes. Ses effluves se mêlent aux siens. Et quelque part, dans les profondeurs de son être, la fille d’Az’Kharel laisse échapper un rire silencieux. Enfin ! La pensée lui arrache presque un frisson.

Le baiser se prolonge juste assez pour que Lyadril perde à son tour la notion de ce qui devait venir ensuite. Ses mains remontent instinctivement, s'arrêtant pourtant avant de savoir où se poser, comme si une part encore lucide d'elle-même cherchait une limite qu'elle refuse de franchir sans l'accord du moment.

Puis cette même lucidité revient. Brutalement. Pas sous la forme d'une peur. Plutôt comme un rappel. Les Arcanes. La protection. L'Eden. Leur devoir.

Leurs lèvres se séparent presque au même instant. Le silence qui suit est plus éloquent que n'importe quelle explication.

Lyadril garde les yeux clos une fraction de seconde supplémentaire. Son souffle est court. Ses joues sont brûlantes et quelques mèches argentées se sont échappées autour de son visage.

Lorsqu'elle rouvre finalement les yeux, quelque chose de nouveau brille dans ses prunelles aux couleurs des forêts verdoyantes. Un mélange de trouble… Et d'amusement. Elle pourrait presque entendre sa part démoniaque se moquer doucement de sa propre retenue.

- Nous finirons cela plus tard.

La promesse résonne encore dans son esprit. Et, étrangement, elle ne lui déplaît pas du tout.

Lyadril inspire profondément avant de se détourner avec une lenteur calculée, reprenant possession de ses gestes.
- Oui…

Un murmure à peine audible. Son regard glisse brièvement vers les glyphes invisibles. Puis revient vers lui.
- Plus tard.

Deux mots seulement. Mais cette fois, son léger sourire ne cherche plus à dissimuler entièrement ce qu'elle ressent. Elle reprend alors sa dague. Le travail n'est pas terminé.

Chaque glyphe reçoit son sang avec une précision presque maniaque. Lorsqu’une erreur apparaît dans les tracés de Réo, elle ne peut s’empêcher de la signaler. Pas avec sévérité. Avec cette patience légèrement taquine qu’elle réserve déjà à celui qui accepte de réellement apprendre auprès d’elle.

Un angle trop fermé. Une rune légèrement désaxée. Une terminaison qui menace de modifier la circulation de l’énergie. Elle corrige. Explique. Lui fait recommencer.

Parce qu’ici, quelques millimètres peuvent faire la différence entre une protection fonctionnelle et une réaction arcanique imprévisible.

Le temps disparaît peu à peu. Les bougies diminuent. Les odeurs des herbes se mêlent à celle du sang. Et les flashs lumineux finissent par éclater les uns après les autres. À chaque activation, Lyadril ferme instinctivement les yeux quelques secondes avant de les rouvrir sur des glyphes redevenus invisibles.

Enfin… Le dernier caractère disparaît. Le silence qui suit semble presque assourdissant.

Elle expire lentement. Ses épaules se relâchent. La tension quitte progressivement ses doigts. Et pour la première fois depuis son arrivée, elle s’autorise à regarder autour d’elle autrement que comme une arcaniste. Ils l’ont fait. Ensemble.

Alors lorsque Réo lui propose finalement de boire quelque chose, Lyadril accepte d’un léger mouvement de tête. Elle le regarde préparer le cocktail avec cette curiosité tranquille qu’elle réserve aux choses qu’elle ne connaît pas encore. Les gestes précis. Les plantes. La vodka. Le piment. Cette pointe de démoniaque qu’il ajoute à la préparation.

Un amusement discret vient adoucir ses traits. Lorsqu’il lui tend finalement son verre, elle le prend entre ses doigts.
- A notre collaboration…

Son regard à la teinte d'une feuille de tilleul vient chercher le sien. Puis ses yeux descendent un bref instant vers le breuvage.
- …et à…nous ?

Les mots restent suspendus. Lyadril porte le verre à ses lèvres. Une première goutte touche sa bouche. Puis une seconde. La plante arrive d’abord. Le feu du piment ensuite. Et enfin l’alcool. Elle laisse le goût se déposer sur sa langue.

La première chose qu’elle ressent n’est pas le baiser. C’est sa main. La chaleur de sa paume contre sa cuisse lui arrache un frisson qui remonte jusqu’à sa nuque avant même que ses lèvres ne retrouvent les siennes. Lyadril n’a pas le temps de s’interroger. Elle reconnaît cette saveur. La sienne. Celle qu’elle avait déjà goûtée quelques instants auparavant et dont le souvenir semble soudain bien trop présent sur sa bouche.

Alors ses paupières se ferment. Cette fois, la surprise ne vient pas.

Il n’y a que cette chaleur familière qui se répand en elle, plus vive encore parce qu’elle sait désormais ce que signifie ce contact. Ses doigts se referment doucement autour de son verre, qu’elle éloigne instinctivement afin de ne pas le renverser, tandis qu’un souffle presque inaudible s’échappe entre deux baisers.

Et la fille d’Az’Kharel, elle, jubile. Ainsi donc, Monsieur le propriétaire de l’Eden n’a finalement pas tant de patience que cela… Une pointe d’amusement traverse son esprit.

Puis la cape glisse. Le tissu quitte progressivement ses épaules et dévoile ce qu’elle avait soigneusement choisi avant de quitter “Dae & Calad”. La robe d’alternanthera “Purple Knight” parcourue de reflets pourpres semblables à ceux d’une braise qui refuse de mourir. Le tissu épouse sa silhouette avec souplesse avant de laisser ses épaules nues sous les lumières tamisées de l’Eden. Le décolleté demeure mesuré, mais suffisamment assumé pour révéler qu’elle n’a pas choisi cette tenue uniquement pour sa praticité.

Lyadril sent la chaleur gagner ses joues. Pas de honte. Plutôt cette étrange sensation d’être soudainement regardée autrement. Elle avait préparé plusieurs vêtements. Mais celui-ci… Elle l’avait choisi pour lui. Et cette pensée, à elle seule, fait accélérer son cœur.

Ses yeux émeraude se lèvent vers les siens. Une lueur presque malicieuse y danse. La part démoniaque en elle voudrait évidemment profiter de cet instant pour pousser davantage. Pour provoquer. Pour voir jusqu’où elle pourrait faire vaciller celui qui, quelques minutes auparavant encore, prétendait vouloir attendre.

Mais l’herboriste garde une parcelle de raison. Une toute petite. Juste assez pour ne pas oublier qu’ils viennent de passer des heures à inscrire une protection arcanique autour de l’Eden.

Ses doigts quittent lentement le verre pour venir se poser contre lui, sans chercher à rompre leur proximité.
- Tu avais pourtant dit… plus tard.

Sa voix est basse. Un souffle presque amusé. Pas un reproche. Certainement pas. Ses lèvres conservent encore le souvenir du baiser lorsqu’un sourire discret vient finalement les effleurer.
- Je crois que tu viens de redéfinir ce que signifie plus tard.

La fille d’Az’Kharel rit intérieurement. Et cette fois, Lyadril ne cherche même pas vraiment à la faire taire.

Pourtant… Quelque chose ne va pas.

Ce n’est presque rien. Une sensation. Un infime décalage. Une impression qui ne devrait pas être là. Ses doigts se resserrent imperceptiblement autour du verre. Le sourire qui commençait à apparaître disparaît.

Son regard se détourne lentement de Réo. Les flammes des bougies. Les herbes. Les glyphes désormais invisibles. La pièce. Tout semble parfaitement normal.

Et pourtant, au fond d’elle, quelque chose vient de tirer sur une corde invisible. Un mauvais pressentiment. Faible. Presque imperceptible. Mais suffisamment présent pour faire frissonner la fille d’Az’Kharel derrière le calme de l’herboriste. Lyadril ne dit rien. Pas encore. Elle garde simplement le verre entre ses doigts. Et écoute ce que son instinct cherche désespérément à lui dire.

Quelques respirations plus tard, l’herboriste entrouvre les lèvres, les referme, puis ose enfin poser la question sans pour autant en avouer la raison :
- Réo… souhaites-tu un sceau… sur le plafond ?
« Modifié: dimanche 30 août 2026, 20:05:30 par Lyadril Ilfirin »
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