Bureau de la direction et infirmerie / On joue la survie des Terriens, rien que ça ! -- Franz & Séliane
« le: dimanche 09 août 2026, 20:00:20 »Que sont-elles ? Quel est leur danger ? Et comment s'en serait-il trouvée une ici ?
La professeure baisse lentement les yeux vers la fleur. Pendant quelques secondes, elle semble simplement l'observer. Mais son regard n'a plus la même profondeur qu'auparavant. Il n'y a plus seulement la douleur du souvenir. Il y a désormais autre chose. Une réflexion. Une inquiétude.
Et surtout… une question à laquelle même elle ne possède pas de réponse.
Lorsque Franz s'excuse, elle relève doucement les yeux. La froideur analytique de son interlocuteur s'est dissipée. Il ne cherche plus seulement à arracher des informations à l'inconnu. Il reconnaît sa propre limite.
“Comprendre est dans ma nature.”
Les traits de la jeune femme s'adoucissent imperceptiblement. Un léger sourire apparaît. Pas amusé. Pas moqueur. Simplement… compréhensif.
“Je le sais.”
Sa voix est basse, presque tranquille malgré ce qui repose encore au fond de son regard.
Elle se redresse lentement, quittant finalement la position accroupie pour se tenir à côté de la fleur. Le mouvement de sa robe fait glisser quelques reflets nocturnes sur le béton humide.
“Et je ne vous reproche pas vos questions, Professeur Franz.”
Une courte pause.
“Au contraire.”
Son regard se pose de nouveau sur la Fleur de Veille-Lune.
“Vous avez raison de les poser.”
Ses doigts se rapprochent de la plante sans toutefois la toucher.
“Une Fleur de Veille-Lune n'est pas dangereuse.”
La fée marque un temps.
“Pas par elle-même.”
Le papillon, installé près de la fleur, replie doucement ses ailes.
“Elle pousse dans les endroits où la nuit possède une influence particulière sur le vivant. Elle n'a pas besoin d'un sol riche. Ni d'un climat précis. Elle a besoin d'une… résonance.”
Le mot semble choisi avec précaution.
“Une harmonie entre un lieu, son énergie et ce qui l'entoure.”
Son regard se perd un instant dans la petite fleur.
“Dans mon monde, elle était particulièrement liée à certains jardins. Elle y était cultivée depuis des générations.”
Un silence. Puis, plus doucement :
“Mais elle ne poussait naturellement que dans un endroit très particulier.”
Elle n'ajoute rien concernant la Cour Nocturne. Pas encore. Une partie de la vérité reste derrière ses lèvres. Elle inspire lentement.
“Elle n'est pas toxique. Elle n'attaque rien. Elle ne corrompt pas ce qui l'entoure.”
Ses yeux se plissent légèrement.
“C'est précisément pour cela que sa présence ici est si inquiétante.”
Séliane désigne d'un mouvement presque imperceptible la fissure dans laquelle la fleur a pris racine.
“Une plante ne traverse pas simplement une frontière entre les mondes comme le ferait un être conscient.”
Elle s'interrompt. Puis son regard revient vers Franz.
“Du moins… pas celle-ci.”
Le silence qui suit est plus lourd. Le papillon quitte la fleur et vient flotter entre eux. Il décrit un cercle lent avant de revenir près de l'épaule de sa propriétaire. La princesse l'observe du coin de l'œil.
Puis elle reprend :
“C'est là que je dois être honnête avec vous.”
Cette fois, son regard ne retourne pas vers la fleur. Il demeure sur Franz. Directement. Mais sans dureté. Quelque chose de doux s'y installe, presque imperceptible. Une confiance encore fragile, mais réelle.
“Je sais ce qu'est cette fleur.”
Une respiration.
“Je sais d'où elle vient.”
Sa voix ralentit légèrement.
“Mais je ne sais pas comment elle est arrivée ici.”
Pour la première fois depuis le début de leur enquête, Séliane prononce ces mots sans chercher à les envelopper d'une énigme ou d'une demi-vérité. Elle ne sait pas. Et elle accepte de le lui montrer.
Son regard demeure plongé dans le sien quelques secondes encore. Il n'y a rien d'intime dans cette proximité silencieuse. Seulement une douceur grave. Une manière de lui dire qu'elle lui accorde suffisamment de confiance pour ne pas prétendre posséder toutes les réponses.
“Et cela…”
Elle laisse le mot flotter un instant.
“…me préoccupe davantage que je ne voudrais vous le montrer.”
Un souffle de vent traverse la ruelle. Les cheveux défaits de Séliane glissent légèrement devant son visage. Elle ne les repousse pas immédiatement, puis elle détourne enfin les yeux. Vers la fleur.
“Parce que si elle avait simplement été transportée à travers une faille…”
Elle s'interrompt. Ses sourcils se froncent légèrement.
“Nous aurions dû pouvoir en trouver la trace.”
Son regard revient vers l'appareil de Franz.
“Or vous n'avez rien détecté.”
La professeure ne semble pas lui poser la question. Elle constate. Et quelque chose dans cette constatation semble la déranger profondément. Séliane s'accroupit de nouveau, cette fois sans toucher la fleur. Elle observe la terre minuscule qui l'entoure, les fissures du béton, la manière dont les racines se sont insinuées dans un espace qui n'aurait jamais dû leur offrir la moindre possibilité de croissance.
“Peut-être qu'elle n'est pas passée par la faille.”
Ses yeux suivent lentement les racines.
“Peut-être que… pendant un instant…”
Elle hésite.
“…ce lieu n'était plus entièrement celui-ci.”
Le papillon s'immobilise. Séliane se redresse légèrement.
“Peut-être qu'une partie de mon monde a simplement… chevauché le vôtre.”
Cette fois, son regard se durcit. Non pas de peur. De compréhension.
“Et si c'est le cas…”
L’enquêtrice en herbe regarde la ruelle. Les murs. Le béton. Les néons. Puis la fleur.
“Alors nous ne cherchons plus seulement des portes.”
Une pause.
“Nous cherchons des endroits où deux réalités commencent à occuper le même espace.”
Le silence tombe. Et lorsqu'elle tourne finalement les yeux vers Franz, son expression est redevenue parfaitement calme. Mais quelque chose a changé.
Elle ne se tient plus à côté de lui comme une guide qui connaît le chemin. Elle est désormais là comme une chercheuse face à une énigme. Une énigme qui touche à son monde disparu.
“Vous vouliez une consœur.”
Un très léger sourire revient sur ses lèvres.
“Vous l'avez.”
Le papillon vient se poser sur son épaule.
“Et je crois que nous avons désormais une première question à laquelle nous ne pouvons répondre ni l'un ni l'autre.”
Son regard glisse vers la Fleur de Veille-Lune.
“Pourquoi celle-ci est-elle ici ?”
Puis, doucement :
“Votre théorie sur le brouillon était intéressante mais inachevée… Si vous avez une suggestion autre que deux réalités se chevauchant, je vous écoute.”








