Le temple Shinto / Féeries [pv Seliane Noctelume]
« le: vendredi 08 mai 2026, 19:01:43 »Le silence qui suit ses paroles n’est plus le même. Les papillons ralentissent. Leur lumière cesse de pulser avec agitation pour retrouver une clarté plus douce, plus stable. Même la tension diffuse du sanctuaire semble se rétracter légèrement, comme une vague qui cesse enfin de monter.
Autour d’eux, le festival respire de nouveau normalement. Le tambour reprend son rythme plein. Les voix redeviennent des voix. Puis soudain…
Un éclat de joie fend l’air.
- Je l’ai eu ! Maman, regarde !
La petite fille près du bassin aux poissons rouges lève son épuisette de papier avec un triomphe presque sacré malgré le papier détrempé menaçant de céder à tout instant. Un minuscule poisson argenté frétille dans la coupelle d’eau qu’on lui tend aussitôt, et son rire clair entraîne celui de sa mère dans son sillage.
Autour du stand, quelques inconnus sourient malgré eux. Même les lanternes paraissent plus chaudes.
L’air lui-même change. Les effluves lourds d’encens et de bois ancien s’allègent doucement, effleurés par une senteur plus délicate. Celle des pétales de cerisier humides au matin, après la rosée. Un parfum léger. Presque irréel. Comme si le sanctuaire expirait lentement après avoir retenu son souffle trop longtemps.
La jeune femme le regarde toujours. Mais cette fois, son observation a changé. Elle ne cherche plus seulement à comprendre ce qu’il est. Elle cherche pourquoi il refuse autant qu’on tente de le lire. Puis, lentement, un souffle presque imperceptible lui échappe. Pas un soupir. Quelque chose de plus discret encore.
Comme une pensée qui accepte enfin de quitter le silence.
“…Vous êtes fatigué.”
Ce n’est ni une moquerie, ni une accusation. Un constat calme. Ses yeux glissent brièvement vers la lanterne chauffée contre lui, puis reviennent à son visage.
“Et vous vous méfiez de tout ce qui cherche à vous approcher sans se nommer clairement.”
Un léger silence, et, pour la première fois depuis leur rencontre, elle cède. Pas entièrement. Mais sincèrement.
“Séliane. Séliane Noctelume. Enchantée.”
Le nom tombe simplement entre eux. Sans emphase. Sans titre. Et pourtant, quelque chose dans l’air semble l’accueillir aussitôt. La clochette suspendue tinte doucement au loin, portée par une brise invisible.
Ses doigts effleurent distraitement la manche ivoire de l’uchikake.
“Je viens d’un endroit très éloigné d’ici.”
Ses mots restent calmes, mais moins opaques qu’auparavant.
“Et j’observe ce monde pour comprendre s’il peut… accueillir autre chose que lui-même.”
Elle s’interrompt. Comme surprise d’avoir dit autant.
Ses papillons dérivent lentement autour d’elle, apaisés désormais, leurs lueurs se reflétant dans les fils d’argent brodés sur le tissu.
Puis ses yeux reviennent vers les omamori suspendus.
Le tintement léger des talismans accompagne quelques secondes de silence avant qu’elle ne reprenne, plus doucement encore :
“Vous cherchez des réponses immédiates.”
Son regard glisse vers lui. Pas froid. Pas sévère. Curieux.
“Mais certains lieux répondent mieux lorsque l’on cesse de leur résister.”
Une infime inclinaison de tête. Et, pour la première fois, quelque chose d’à peine perceptible traverse sa voix. Pas de l’amusement. Quelque chose de plus rare chez elle.
De la douceur.
“Choisissez-en un.”
Ses papillons gravitent lentement autour des omamori suspendus.
“Et je répondrai à vos questions.”
Une pause. Puis, presque malgré elle :
“Aussi honnêtement que vous semblez vouloir l’être.”
Et cette fois, ce n’est plus une épreuve. C’est une main tendue.
Mais au même instant, une silhouette vacillante traverse maladroitement le flot des visiteurs. Un homme déjà largement ivre. Son épaule heurte brutalement Séliane sans même qu’il ne réalise ce qu’il vient de faire. Le déséquilibre est bref. Mais suffisant.
La cheville encore fragilisée de la fée cède aussitôt sous l’impact, et son corps bascule involontairement vers Adel dans un froissement de soie et de lumière pâle. Ses doigts viennent instinctivement chercher un appui contre lui tandis que plusieurs papillons s’éparpillent dans une vive pulsation lumineuse.
L’homme ne murmure même pas d’excuse et hausse les épaules avant de disparaître dans la foule sans même se retourner. Et déjà Séliane se redresse. Trop vite.
Comme si le simple contact prolongé l’avait surprise davantage que la bousculade elle-même. Elle recule d’un pas mesuré malgré la tension dans sa cheville, baisse immédiatement la tête dans une inclinaison impeccable.
“Veuillez me pardonner.”
Sa voix reste calme. Mais pour la première fois depuis le début de leur rencontre, une infime perturbation trouble enfin sa maîtrise parfaite.









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