Pour être honnête, Adel ne trouve pas que le choix du charme en question soit si facile que cela. Chacun couvre différents domaines à bénir, et il n'a pas tellement envie de s'en procurer plusieurs. Sa main erre entre chacun d'eux, n'arrivant pas à se décider à quel saint, ou en l'occurrence, à quel esprit se vouer. Non, attends, il s'est déjà voué à l'un d'entre eux, si tant est qu'on puisse considérer le Phénix par ce terme, de la même façon qu'on désignerait un océan comme "une étendue d'eau".
Bref. Adel décide de faire du triage. La sagesse est a acquérir, personne ne peut le faire à sa place. La réussite dépend des opportunités à saisir, personne ne peut le faire à sa place. La force et la protection, il peut l'obtenir de lui même. En fait, la plupart d'entre eux couvre des choses qu'il peut obtenir par lui même, voire qu'il DOIT obtenir par lui même s'il veut apprendre quoi que ce soit. Les autres sont des choses dont il n'a pas besoin.
Par conséquent, son choix se porte sur la bénédiction des voyages. Son voyage, en l'occurence. Un long, compliqué et imprévisible voyage que le sien.
“Les humains ont une manière étrange de déposer leurs peurs dans des objets.” [...] “Ils savent qu’un morceau de tissu ne changera probablement pas leur destin… mais ils lui confient malgré tout ce qu’ils n’osent pas porter seuls.” [...] “Vous auriez pu choisir la protection.” [...] “La force. La réussite. Même la sagesse.” [...] “Mais vous avez choisi le voyage.”
Ah bien, évidemment, la commentatrice ne s'empêche pas de commenter. Adel se retourne, pour la voir non loin de lui, occupée à pondérer sur ses actions.
Ce n'est pas la première fois qu'Adel a eu affaire à des gens ou des entités qui narrent ses actions présentes ou passées, pour essayer de le comprendre, de le faire douter, ou de le faire simplement réfléchir. Il trouve plutôt bizarre, maintenant qu'il y pense, qu'il réagisse avec autant d'exaspération quand elle le fait alors qu'il a toujours traité ces épreuves avec respect auparavant. Peut être est-ce parce que la demoiselle refusait de ne donner, ne serait-ce qu'une seule once d'information sur ce qu'elle est ou ce qu'elle veut. Ou est-ce l'effet de sa cigarette, qui calme la frustration qui embrouille son esprit. Hmm...
Bref. Continuer à l'apostropher comme si elle n'était qu'une gamine casse-pieds est probablement une erreur. Mis à part chercher à rectifier ce genre d'erreur dans le futur, il devrais cesser de le faire maintenant, car cela lui fermera des portes, et il n'a pas le luxe de faire ceci aveuglément.
“Je pensais que vous étiez un homme poursuivant uniquement un but. Mais les gens qui choisissent celui-ci…sont souvent ceux qui n’ont pas totalement renoncé à découvrir ce qui existe entre leur départ… et leur arrivée.”
“Je crois… que c’est une bonne chose.”
Tiens, par exemple. Ce qui est une bonne chose pour lui, pense t-il, c'est qu'elle exprime des opinions sur lesquelles il peut pondérer. Entre le départ et l'arrivée, hein? Eh bien, c'est le voyage, et il vient tout juste de le débuter. Il ne peut pas commencer à en être juge maintenant, il a trop peu vu et compris. Et oui, pour lui aussi, c'est une bonne chose, trouve t-il. Il ne voudrait pas devenir tellement obnubilé par son but qu'il en oublie le chemin. Cela pourrait se réveler être un facteur d'échec cuisant et sournois, qu'il ne supporterait pas.
"En effet. Entre le départ et l'arrivée, il y a les actes faites au nom de passer de l'un à l'autre. Et ils sont largement plus révélateurs de notre personne que nos objectifs."
Il prend la dernière bouffée de sa cigarette, avant que l'objet ne devienne si court qu'elle lui en brûle les doigts, et l'éteint par la suite, laissant son vis à vis le regarder sans mot dire. Il a l'impression qu'elle va lui dire qu'elle l'a percé à jour. Normalement, cela devrait lui poser plus de problèmes qu'autre chose, mais dans cette foire aux curiosités qu'est cette ville, être le héraut d'une divinité dans le coma n'élève que peu de sourcils.
“Il y a… quelque chose en vous. Un feu. Les humains de ce monde se brisent pour moins que cela.”
“Et pourtant vous continuez d’avancer comme si porter cela seul vous paraissait normal. Je ne pense pas que ce soit de la simple volonté.”
Tiens, qu'est ce qu'il disait. Elle a raison sur presque toute la ligne. Le feu de l'entité à qui il a prêté serment, l'énormité de la source de pouvoir et de la tâche qui lui a été confié. Mais il a l'impression qu'elle parle de lui comme s'il était une espèce d'anomalie qui fait tâche sur l'ensemble de la création. Comme si elle accusait l'entité qu'il championne de le manipuler comme une marionnette. Encore une fois, il pourrait se fâcher pour ça, mais il s'est fait la réflexion d'arrêter de se fâcher pour des mots, il ne va pas briser cette promesse passé 15 secondes, n'est ce pas?
A la place, autant lui répondre.
"Vous ne pensez pas que quelqu'un puisse entreprendre un tel voyage au nom d'un serment, de sa propre volonté? Je trouve plutôt normal de vouloir tenir sa parole."
Il fait un geste pour reprendre une autre bouffée...non, attends, il n'a plus de cigarette. Et il ne va pas en reprendre, car ce n'est pas le moment d'être trop ramolli.
"Vous avez bien peu foi envers les mortels comme moi, je vois."