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Aux marques qui nous laissent amères [ Pv ~ Thanasia ]

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Sorcelienne

Légion

Des échos de voix lui parvenait. Ceux de quelques ruffians ayant malheureusement eu la chance de ne pas périr sous les assauts de son arme. Des commentaires peu acceptables, injurieux, grossiers, qui se glissaient au travers de l'air frais des steppes pour venir se glisser à son oreille, au travers des barreaux de sa cage. Sortant de l'inconscience, elle bougea lentement la tête, percevant un nouveau son qu'elle abhorrait, celui des chaînes métalliques qui crissaient dès qu'elle repositionnait une partie de son corps. Une honte, impardonnable et grotesque pour elle, qui lui rappelait les événements d'il y a maintenant plus de douze jours, alors qu'elle explorait ces confins doucereux à la recherche de nouveaux adversaires dignes de sa valeur. À la place, elle les avait rencontré eux, ces fils de chien sans honneur qui se permettaient désormais de reluquer sa chair, de se délecter de sa rage, de se moquer de sa nature non-humaine comme s'ils avaient été les véritables vainqueurs de leur affrontement. Décidément, les êtres humains sont une espèce bien orgueilleuse... Et bien lâche.

Lentement, elle se redressa dans la cage mobile qui lui servait de chambre. Ses vêtements, en grande partie arrachés, ne lui servaient plus qu'à dissimuler le strict minimum. Autant dire que la fraîcheur des lieux agressait son corps, faisant que les trois petites heures de sommeil qu'elle venait de glaner étaient presque un soulagement pour son être passablement meurtrie, elle dont les nuits étaient généralement synonymes d'insomnie à cause de la température ambiante. Enfin, la torpeur passée, elle s'assied dans un recoin de cette prison en perpétuel mouvement et observa les environs. Toujours les même plaines qu'elle avait parcourue le mois dernier. Point de surprise à l'horizon, mais visiblement la journée avait bien progressée, quelques reflets rougeâtres commençant à dominer le ciel. Un spectacle qui raviva une nouvelle fois ses souvenirs, celui d'un acte violent où elle pensait déjà en avoir fini avec les sales races qui s'étaient attaqués à elle, mais où malheureusement les cartes furent redistribuées au beau milieu de l'affrontement, menant à son état des deux dernières semaines.

- - - - -
Elle s'était préparée à bivouaquer après une belle journée de marche. Autour d'elle, les plaines étaient dénuées de couverture forestière, à part loin au Nord-Ouest, aussi n'avait-elle pas craint pour son immédiate sécurité. Pourtant, quelques fous plein d'audace avaient finit par apparaître au loin, se détachant du contour d'une colline pour alors s'arrêter, avec leur convoi, puis de l'observer de loin. Elle ne savait pas alors ce qu'ils étaient et pensaient, toutefois, il ne lui fallut pas de plus grande observation pour les remarquer commencer à tirer leurs armes, puis à se jeter sur elle à toute allure, en grand nombre. Elle n'eut pas besoin de plus pour tirer sa hache de l'herbe où elle l'avait posée, puis d'accueillir  ces crétins en de grands moulinets, fauchant les plus téméraires comme les blés, tandis que les plus prudent eurent rapidement la conscience de se positionner plus défensivement. Mais ils n'avaient pas fuit, un constat qui aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Abattant son arme ou l'utilisant du plat pour briser et projeter ses assaillants, elle avait juste entamée une lente remontée en direction du convoi de ces raclures opportunistes, se préparant non plus à défendre sa vie, mais surtout à transformer leurs pauvres chariots de bois et d'acier en restes disparates dispersés aux quatre coins de la colline.

Cet assaut frontal fut son erreur. Elle ne le comprit qu'au moment où elle commença à sentir ses forces la quitter. Puis son agilité, suivit de sa capacité à réfléchir clairement. Quelque part dans le convoi, bien protégé derrière les panneaux de bois, il y avait un de ces mages humains dont la couardise n'a d'égal que la faiblesse physique. Pourtant, à son plus grand malheur, sa propre charge effrontée l'avait amenée dans le rayon d'action de cet adversaire invisible, ce dernier semblant lui saper une par une ses forces, espérant peut-être ainsi la rendre capturable. Elle n'y comptait sûrement pas. Plus enragée que jamais, la terranide avait alors abandonnée son arme, devenue trop lourde malgré sa force encore titanesque, puis entamée un carnage sauvage en sautant d'un ennemi à l'autre, broyant les os, tordant les jointures, arrachant la chair de ses dents ou de ses griffes... Les blessés s'accumulaient rapidement, assez pour qu'elle puisse croire en sa victoire. Ce fut l'instant ou un ultime sort la toucha; celui-ci réveillant elle ne savait comment la marque du premier sorcier qu'elle avait éliminé. La malédiction éveillée ne mit qu'une fraction de seconde pour envahir son être, et alors en plein élan, la pauvre se retrouva à choir sur le sol, dénuée de toute force, haletante.

Sans le savoir, ils venaient de la priver de ses crocs, de sa capacité à combattre et lutter. Son acquisition fut brutale, plus d'un se permirent de lui rendre quelques bons coups pour se venger de l'humiliation première qu'elle leur avait fait connaître... Puis elle avait été jetée dans cette cage à roues, y perdant alors lentement tout honneur à mesure que les jours passaient.
- - - - -

" Alors chaton, on a décidé de se montrer gentille ? "

L'homme à cheval qui passait à côté de sa cage semblait prendre un malin plaisir à lui pomper l'air, notamment parce qu'il passait quasiment tout les jours pour en remettre une couche avec ses propos disgracieux. Bien sûr, elle avait beau éviter de lui répondre, non sans parler de le foudroyer du regard comme pour lui signifier que si on la tirait hors de cette cage elle se ferait une joie de lui arracher la cordes vocales une par une, il ne s'embêtait pas plus pour revenir à la charge de plus belle. Toutefois, ce crétin aux cheveux sombres et à l'air narquois semblait d'encore plus bonne humeur aujourd'hui, quelque chose qui ne manqua pas d'aigrir un peu plus Karm, celle-ci pouvant parier que ce qu'il allait lui dire aujourd'hui allait sûrement piquer encore un peu plus son coeur et son honneur. Cela ne manqua pas, l'homme constatant qu'elle se comportait de la même manière que les dernières fois, il alla tirer un petit anneau de fer de sa pochette avant de le montrer à la terranide, non sans s'exprimer d'un ton hautain et narquois.

" Tu sais ce que c'est ? J'imagine que les bêtes dans ton genre ne savent pas bien ce qu'est la magie, mais je te présente un anneau enchanté. Devines donc quel est cet enchantement !
 -  Va pourrir, humain.
 -  Moi qui voulais te prévenir, comme c'est vilain de parler ainsi. Cet anneau a été enchanté par notre mage. Après avoir étudié la formule qu'il a utilisé pour te dominer, il nous a conçu ces petits bijoux pour que tu sois bien docile avec nous ! N'est-ce-pas merveilleux, tu vas bientôt pouvoir sortir de ta cage ma minette ! "

Le regard salace qu'il posa sur elle ne manqua pas de lui faire comprendre le message implicite. L'envie de le trucider lui monta d'un coup au nez, son souffle s'échauffant pour préparer son corps à lui bondir dessus pour mieux lui déchirer le corps, lui dévorer la chair et lui arracher le coeur encore battant. Mais que ce soit les chaînes qui la maintenait bien ancrée au sol de sa prison, non sans parler des barreaux de sa cage parcourus de petites runes de protection, elle savait très bien qu'une tentative comme celle que son esprit lui hurlait d'accomplir ne résulterait qu'en un échec cuisant et douloureux. Alors elle s'éloigna de ce rat, trouva place dans le coin opposé de la cage, l'ignorant le plus difficilement du monde tandis que les chariots du convois continuaient leur route à rythme lent. La nuit tomba ainsi alors qu'elle  se mordait la lèvre inférieure pour ne pas enrager. Jamais elle ne permettrait ces rats de faire ce qu'il voulait d'elle. Il voulait la tirer de cette cage ? Qu'ils essayent, elle saura leur faire comprendre qu'elle est parfaitement capable de lutter face à leurs petits tours de charlatan.

Karm était tant dans ses pensées qu'elle ne remarqua d'ailleurs même pas que les chariots avaient visiblement cessés de progresser. Plus de remous pourtant, c'est ce qui aurait dû lui permettre de s'en rendre compte. Pourtant, bien loin de la tirer de la colère primale qui enveloppait son coeur, l'immobilisme du convoi ne fit rien de plus que l'aider à se laisser porter par sa rage, la femme en haillons se redressant péniblement pour faire quelques pas sur la surface de planche de bois épais. Le manque de nourriture, le manque d'eau, ainsi que son sommeil disparate commençaient vraiment à lui ôter bon nombre de ses forces. Sans parler du froid. Le froid des nuits, presque polaire. Cette nuit encore, elle le sentait déjà, comme s'il neigeait déjà sur ces terres, que la glace prenait forme et enveloppait les lieux d'une température si faible qu'encore ce soir elle allait...

Elle n'eut pas le temps de finir sa pensée qu'elle vit, au travers des barreaux de sa cage, un gigantesque pilier de glace aiguisée se planter dans le sol, arrachant l'herbe et la terre sous son impact dans une gerbe impressionnante. Enfin ses oreilles se mirent à nouveau à fonctionner, la vision de cet objet nivéen complètement invraisemblable l'ayant coupée nette dans la rage qu'elle accumulait dans son esprit. Elle laissa son ouïe faire le travail, entendit au loin, bien devant elle, les bruits d'un affrontement brutal. Hurlements et éclats de rire hautain se mêlait à la cohue de ces barbares idiots tandis qu'ils s'armaient et tiraient parfois de leurs armes à feu rudimentaires. Visiblement, le convoi avait rencontré quelque chose de suffisamment intéressant pour oser tenter de l'acquérir... à moins que quelques créatures monstrueuses se soient prit de l'idée de se repaître de quelques pourceaux à forme humanoïde. Instinctivement, Karm commença à prier les dieux tutélaires de son peuple. Pitié, faites que ce qui est en train de se passer lui donne la maigre chance de s'enfuir, de retrouver la liberté.
Magic is for the heretic, the whore, the desperate, and the lover... But the lover is just another bitch

Thanasia

Créature

Re : Aux marques qui nous laissent amères [ Pv ~ Thanasia ]

Réponse 1 dimanche 22 octobre 2023, 18:04:05

Les wagons branlants ne suivaient plus la morne enfilade caractéristique des convois des steppes.
Ils avançaient de front désormais, dans la nuit, tous, tels des chariots de guerre. Et les torches par douzaines montées sur les châssis surlignaient cette formation remarquable.

Pour la première fois, la lionne enchaînée peut compter l'étendue de la force esclavagiste par le nombre de ses véhicules. Le parti de ses ennemis avait-il seulement connu une telle ampleur ? Dans le carnage précédant sa capture, la guerrière les avait laissés exhangues et vulnérables. Pourtant ici, leur nombre semblait avoir doublé.
C'est une vue à en faire saigner le coeur ; Après de telles pertes, il aurait fallut quinze longues années à ceux de sa race pour se relever et voir grandir une nouvelle génération de guerriers, mais deux semaines suffisaient aux chasseurs d'esclaves pour regarnir leurs rangs. Car l'appât de l'or faisait comme surgir de terre des armées venues du bout du monde, avides de chasse et de cruauté.

Si loin de leurs contrées natales, ils arpentaient la frontière des immenses contrées terranides, comme des cafards le long d'une plinthe infinie, assurés tôt ou tard de croiser sur leur route des compères du même négoce.
Les véhicules monten une pente douce menant au col de ce qui ressemblait à une crête rocheuse
D'ordinaire, ce convoi de malheur faisait halte au coucher du Soleil... Quelle poursuite pouvait justifier une telle agitation nocturne ?

Progressivement, des lumières naissent au col, des auras magiques saturent l'atmosphère et colorent les nuages bas de reflets bleus, verts et violâtres. Dans le ciel, des silhouettes lévitantes transparaissent dans la nuit à égale distances.
Des tirs partent entre les conifères et touchent des boucliers magiques dans le ciel. Puis sur la crête, d'autres torches illuminent les hauteurs, d'autres chariots, d'autres cavaliers.
L'air se remplit de cris et de l'urgence du conflit. Mais la mélodie de combat qui parvient aux oreilles de Karm est très différente du jour de sa capture. Il y a dans leurs voix l'emportement d'une traque touchant enfin au but. Quelqu'un, quelque chose est en train d'être prise en tenailles mais se déchaine en toute liberté dans ce filet qui se referme.

Et le combat descend vers eux. Les torches des chariots couronnant la crête chargent dans la descente, poussé par une clameur guerrière et disparate. Les silhouettes volantes referment lentement le cercle invisible sur lequel s'écrasent les projectiles perdus. Combien sont-ils exactement dans l'obscurité ?

"Pilier de crystal !"

Sa voix fait écho, résonne et traverse l'espace. La tour de glace gigantesque transperce les cieux et fait trembler la terre. Les essieux grincent, les chevaux se cabrent en éjectant leurs cavaliers.


Au dessus de la cohue, une silhouette capée de noir apparait dans le ciel et atterit au sommet du projectile. Son monumental perchoir brille de la même froideur hivernale que ses yeux dans la nuit et que ses orbes blanches pulsant dans ses mains. La créature éclate d'un rire puissant, altier, qui remplit les ténèbres.

"Risibles mortels, chétifs et trébuchants ! Voilà donc réunis tous ceux qui me convoitent ? Je suis Thanasia de la Nuit, et je me rit de vos efforts ! A genoux devant moi !"

L'injonction frappe la lionne au coeur. Ses jambes tressaillent sous elle mais elle tient bon. Bien qu'affaiblie, son âme de guerrière sait reconnaître une aura d'intimidation. Celle ci est intense, naturelle comme celle d'un dragon, mais est loin de suffire à la faire plier.

La panique, en revanche, s'intensifie chez les bêtes. Des chasseurs venus des crêtes reculent d'effroi et peinent à reprendre courage malgré leur nombre. Ils sont plusieurs groupes, inconnus de Karm, divers dans leurs tenues et leur armement. Cela confirme son préssentiment, les esclavagistes s'étaient groupés pour cette traque.

Thanasia frappe le pilier du talon qui explose dans un bruit de catastrophe. La tornade de projectiles vient cribler les boucliers magiques dans le ciel, laissant transparaître leurs motifs arcaniques.

Sous une pluie de fragments scintillants, Thanasia chute au coeur de la troupe disparate, un grand sabre de glace se manifestant dans sa main, sa cape retombant autour d'elle comme la corole d'une fleur sombre.
 
"Lame boréale." 


Pour un connaisseur, prononcer un sort a voix haute tenait d'une pratique désuète même pour les mages les plus conservateurs. On voyait cela dans les contes, mais entendu chez une créature aux allures de jeune fille l'enveloppait d'une aura intemporelle.
Elle s'élance en avant ...et fait un carnage.
Les casques sautent, les plastrons craquent comme des feuilles d'alluminium, les corps s'envolent dans des cris paniqués.
Mais dans son sillage, pas une gerbe de sang, pas un râle d'agonie. Des cris, des membres, des têtes volent au passage du liseré blanc tracé par sa lame, mais les membres se recollent aux troncs, les têtes se revissent aux cous comme des aimants.
Fleurit une déflagration blanche et Karm voit distinctement un maraudeur s'envoler et se briser la nuque contre une tête d'attelage ...avant de détaler à quatre pattes.

Quelles sorceleries oeuvraient donc en cette nuit où la mort n'avait plus l'empire ? Aucun sorcier mortel ne pouvait prétendre à de telles prouesses.

Brusquement, portée par un cri de guerre, une silhouette massive surgit de la brume et brise le sabre de Thanasia contre sa hache.
C'est un guerrier à la moustache glorieuse, aussi haut et fort que Karm, taillé comme un boeuf. Il est vêtu d'un pagne de cuir, de sandales et de bracelets. Ses muscles couverts d'huile semblent sur le point d'exploser alors que la vampire danse et élude intimement ses tailles et ses fentes dévastatrices. Mais à chaque esquive, un nouveau pic de glace vient transpercer le thorax du barbare, dont les poumons et le coeur perforé ne semblent que ralentir les mouvements rageurs.
Une frappe en avant et Thanasia doit bondir hors d'atteinte alors qu'un épais cerle de chasseurs d'esclaves se forme autour d'eux, casques et armures manquants ou enfonçés.
Il y a de tout: Des canailles vérolées maniant chaînes et crochets, aux trappeurs éprouvés, les épaules lourdes de peaux de bêtes en passant par les brigands aux masques de fer. Tous guettent une ouverture.

Dans son esquive, un sceau se brise sous la botte noire de la vampire. Les traces de menottes étherées aparaissent sur ses poignets.

Soudain, Karm reconnait l'immonde mélopée gutturale qui avait causé sa perte deux semaines plus tôt, l'incantation qui l'avait mise à genoux et arrachée à sa dignité.
Au fond de la troupe, elle le voit: Une haute silhouette noire, rachitique et sombre, aux doigts fins et crochus commes des branchages, couverte d'une longue capuche au manteau déchiré. Il étend ses membres, en couard derrière la troupe, sapant lentement la force de la vampire.

Mais immédiatement, un trait de glace file à travers son visage et l'épingle sur le tronc d'un arbre derrière lui. Le bruit ridicule de ses gargouillements se mêle à la cohue, alors qu'il tente en vain d'extraire le projectile de son crâne, qui n'a épargné que sa machoire et sa langue.

"Epine d'opale !"

La vampire fait volte face et le barbare qui pensait exploiter cette ouverture se fait embrocher sur un mat de glace qui le soulève à trois mètres du sol. Sa cage thoracique glisse lentement le long du tronc alors que le guerrier tente en vain de se hisser hors de ce perchoir. Piégé de telle manière, le moustachu ne semble souffrir que de ses propres efforts.

Profitant de ce flottement, Thanasia regarde les silhouettes flottantes l'entourant dans le ciel puis examine ses poignets, toujours entravé de runes violettes. Karm reconnaît ce regard d'indifférence feinte. Celui d'une combattante dont les forces la quittent, dont les espoirs de l'emporter se dérobent peu à peu mais qui n'en montre rien.
 Elle observe la troupe anxieuse et rematérialise un sabre en souriant de toutes ses dents. Si Karm sent à nouveau cette aura dominatrice filer sous sa fourrure, difficile d'imaginer ce que ressentent ces mercenaires. Mais alors, un autre cri retentit:

"Vampire !"

Dépassant d'une mesure le barbare, plus grand encore que Karm, un saurien en armes fend la foule. C'est un terranide. Pourtant, mercenaires comme vermines s'écartent à son passage. Sur sa peau luisante et écailleuse, noire comme les flancs d'un volcan, les stigmates témoignent de son passé. Esclavagiste, il l'est autant que tous ses compères réunis ici. Plus encore, il en est le chef.
Il porte encore aux poignets ses épais bracelets d'esclave mais ils ne sont plus qu'un souvenir. Ses membres gonflés de muscles lui offrent une silhouette plus souple et athlétique que l'homme à la hache. De sa ceinture tombe un long pagne de fourrure. Un harnais très élaboré épouse son torse, orné de talismans.

Faisant tournoyer son hachoir long comme une épée, le saurien provoque Thanasia. Il a une voix de gorge, grave et profonde et un sourire denté aussi tordu que la vampire. Malgré tout, son regard recelle une intelligence profonde dont son éloquence laisse entrevoir les bribes.

"Putain millénaire, il est dit que les légendes sur tes largesses sont vraies ! Qu'entre tes cuisses réside un trésor que, par les dieux, je compte bien faire mien !"

Une rumeur avide parcoure l'assistance, prouvant que le reptile n'est pas le seul à partager ce sentiment. Le mépris dans le sourire de Thanasia est celui d'une duchesse Nexusienne pour un porcher. Pourtant sa posture s'allanguit, son majeur et son annulaire glissent au dessus de son nombril exposé. D'oralité, la vampire n'est pas en reste.

"Mes largesses choisissent ceux qui en goûtent le profit, cafard putride. Et dans mille ans, elles ne t'estimeraient pas digne d'un début de caresse."

Rien de plus faux. Seule la soif guidait le choix des mortels avec qui elle frayait. Et aussi basse soit elle, l'étreinte qui promettait le sang la rendait toujours légitime à ses yeux. La sasiété comptait avant l'honneur. Mais cette vérité était trop humiliante pour que la créature l'admette à haute voix.

"Hah ! Milles excuses, princesse de la nuit, mais les trésors ne me "choissisent" pas. Je prends, je pille, je force. Je ne demande pas. Mais n'ai crainte. Assez tôt, tu danseras enchaînée au bout de mon vit et tu en chanteras les louanges !"

Sa lame blanche signe dans les airs.

"Et c'est au bout du mien que tu pleureras les miennes."

Comprenant qu'il était directement concerné par cette allusion phallique, le barbare empalé derrière eux redouble d'efforts pour s'extraire de cette comparaison de taille.
La vampire s'élance et leurs armes s'entrechoquent dans une mélodie de cristal. Thanasia danse avec son sabre comme avec un partenaire, perturbant les coups du saurien qui peine à attraper son centre de gravité, et que même les balayages de sa longue queue souple ne parviennent à stopper.

Les échanges sont fulgurants, mais Karm saisit l'instant où le fil de glace passe sur la gorge du reptile, l'autre où sa lame lui tranche les jarrets. En vain, bien sûr.
Mais l'intensité s'égalise alors que les runes violettes brillent toujours plus fort aux poignets de la vampire. Le reptile semble infatigable, porté par les clameurs euphoriques de l'assemblée.

"Tu la sens ? Ta fin approcher ?"

Soudain, le saurien jette son hachoir dans la cape de la vampire pour la clouer au sol. Au même moment, le sabre blanc transperce son ventre et il pivote pour lui arracher des mains. Thanasia n'est pas dupe, lâche son arme et saute pour esquiver le coup de queue. Les mains prises à détacher sa cape, elle n'anticipe pas l'esclavagiste qui attrape sa cheville au vol, lui fait prendre un nouveau tour et la jette sur le moyeu d'une roue. Le véhicule branle sous le choc.

La vampire se rétablit vite et tend sa paume ouverte.

"Epine d'opale !"

Rien ne se passe, à sa grande stupéfaction.

Le saurien se rue sur elle, l'attrape à la gorge et la soulève de terre sous les vivats sauvages des chasseurs.
Au bout de son bras aussi ferme qu'une poutre d'acier, la vampire s'étrangle et se débat. Elle tend sa paume plusieurs fois pour transpercer son visage mais rien n'en sort à nouveau. A la cheville d'où il l'avait lancée, Karm en apperçoit la cause: Un bracelet d'argent, piège à magies de tous sortes.
Le saurien extrait le sabre de son ventre mais l'arme lui tombe des mains tant elle est glacée.

Alors, il dégaine un long poignard et commence à fileter Thanasia hors de ses vêtements. Il découpe ses hautes bottes dans le sens de la longueur, déloge sa brassière de quelques coups de lame, laisse glisser sa culotte de cuir le long de ses cuisses blanches et sanguinolentes.

Enfin d'un geste rapide, il lui crève les yeux et lui arrache un cri étouffé.

"Esclave !" s'exclame le terranide en brandissant son corps nu à la foule.

"Esclave !" rugit l'assemblée à l'unisson.

"Qu'il soit retenu en cette nuit que Transfuge le Chaîné pourchassa et soumit une vampire à sa volonté ! Gloire à la Chasse éternelle !"

"Gloire à la Chasse éternelle ! Gloire au Transfuge !" répondent ses hommes, fous de succès.

Il parade la vampire qui le griffe vainement de ses ongles de main et de pied, noirs et pointus. A chaque coup, la lionne voit le symbole de l'ange, celui de l'Ordre Immaculé, luir discrètement dans sa nuque. La raison de son impuissance ? Le saurien poursuit.

"Jamais plus ancienne créature n'avait été capturée et mise en chaînes. Voyez, confrères ! Même l'argent échoue à endormir complètement ses pouvoirs  !"

Les discussions s'animent alors que les bandits admirent les blessures du poignard se refermer très lentement sur ses formes blanches et nubiles, son épiderme réabsorber le sang coulant à sa surface.

"C'est qu'il en faut plus !" Le reptile jette Thanasia dans les airs et elle se fige en plein vol. Ses poignets, ses chevilles, son cou s'illuminent de runes qui se saisissent d'elle de leurs mains invisibles.
La mélopée guturale reprend. Le mage noir s'est libéré du tronc où il avait été cloué et sa voix porte les tons de la rétribution.
Il lui tord les membres de manière grotesque, d'autres bracelets d'argent surgissent de nulle part se ruent sur ses membres, verrouillent sa gorge, ses mains, ses pieds avant de les lier par des entraves métalliques. Thanasia gémit sous les torsions exercées par le magicien alors qu'elle tente d'y résister de toutes ses forces.
Mais ses menottes remontent dans son dos, tirées par une chaîne reliée à son collier. Dans sa nuque, la chaîne passe dans une boucle et redescend jusqu'à ses chevilles entravées, si bien que pour tendre les jambes, elle doit se tordre les bras et que pour déplier les bras, elle doit se mettre à genoux. Le collier est habilement conçu afin qu'aux deux extrêmes, la tension étrangle la captive.

Alors que le mage tord sa victime de façon toujours plus forte, le barbare s'empare de sa laisse et grogne:

"Assez."

Il est libre. En dépit du givre fleurissant sur son thorax, son corps est intact.
Il entraine la captive jusqu'au Transfuge, ordonnant déjà de monter le camp pour la nuit, et lui tend son esclave.
Les deux guerriers échangent un regard silencieux puis une franche accolade.

"Belle traque. Sans rancune ?" demande le saurien, jetant la vampire à ses pieds. L'aveugle tente sans relâche de s'échapper, au mépris de ses liens qui l'étranglent sous le joug de l'esclavagiste.

"C'est la loi de la Chasse, elle te revient de droit, mon frère. Il n'y avait que toi pour la soumettre, toi et l'autre Ombrageux. Cela dit, j'espère que tu me laisseras une part du butin. J'ai engagé tous mes hommes pour rabattre ton gibier. "

Un sourire de négotiation s'étend sous sa moustache. Le saurien baisse la voix en connivence.

"Tu n'ignores pas l'euphorie de sa morsure."

"C'est un secret mal gardé."

"Tu l'auras une fois dressée et impatiente d'accueillir ton huile de rein. Tu fais aussi route vers Ker Essor ?"

La vampire feule en dessous d'eux, furieuse: "Dans tes rêves les plus chers, jamais je ne plierais ! Libère moi, putride ! Tu n'oserais pas m'affronter sans artifices ! Couard dé..."

Le Transfuge la soulève par sa chaîne qui vient bloquer sa trachée, ramenant ses jambes sous elle.
A hauteurs égales, soixante centimètres la séparent du sol.

"Ecoute moi, chienne." Il crache un jet de bave noire au fond de sa gorge qui espérait de l'air ; Une tradition esclavagiste, actant la soumission d'un être envers son maître "Tu n'es qu'un objet, un insecte sous ma semelle, faite pour être usée et écrasée. La seule chose qui te reste est de vivre pour mes désirs ou souffrir de ta stupidité, éternellement. Fais ton choix."

Il la relâche au sol, sur les genoux dans la terre meuble, digérant cette humiliation intense.

Un aide de camp au sourire narquois s'approche. La lionne reconnait son tortionnaire, l'esclavagiste aux anneaux d'obéissance.

"Habille la." Dit le lézard. "Quand on voit tout, il n'y a plus rien a voir."

L'aide noue un bandeau de jute autour de sa poitrine et attache une ceinture tressée à ses hanches, soutenant deux pans de textile usés, devant comme derrière. La tenue des esclaves. Il empoigne la laisse de Thanasia et la traine vers la cage désignée par le saurien.
La plus proche, celle de Karm.

Les deux guerriers suivent de près, conversant amicalement. Approchant du chariot, trois gardes trapus apparaissent et l'un d'eux pointe sa lance à travers les barreaux pendant que le cadenas s'ouvre.
"Allez arrière, chaton ! Recule !" La porte s'ouvre et les deux autres entrent vivement dans la cage, faisant claquer leur fouets vers la lionne, abattant leurs longes près de ses cuisses et de ses épaules pour l'éloigner.
Resté à l'extérieur, le lancier attrape une de ses chaines et la maintient dans un coin.

Thanasia est jetée sur le plancher cloûté couvert de brins de paille et sa laisse est attachée au sol au même anneau que celui de Karm, assez court  pour qu'elle ne puisse pas se mettre entièrement debout.

Alors qu'ils officient, le Chaîné remarque la lionne de ses yeux reptilien. "Belle bête, vous l'avez prise pendant mon absence ?"

L'aide sournois lui répond: "Absolument. Il faut la présenter aux enchères publiques, les prix vont s'envoler ! Mais elle nous a donné du mal. De nombreux frère ont rendu gorge, entre autres membres, pour sa capture."

"Tragique, tragique, vraiment. Est-elle dressée ?"

"Ca ne saurait tarder." répond-il d'un air entendu.

"Tant mieux." répond le saurien en s'éloignant. "Voilà des mois que j'avais soif de muscle."

"Moi de même." renchérit le moustachu en lui emboitant le pas, attardant son regard sur la lionne.

"Tu n'as donc pas d'esclaves à toi ?" rétorque le saurien.

"Hahahah ! Des wagons pleins, en abondance ! Mais on convoite toujours ce qu'on ne possède pas !" s'esclaffe le moustachu.

"Tu dis vrai. D'ailleurs, montre moi ce que tu possède, camarade.  Le repos du guerrier m'appelle."

"Entendu ! Que dis-tu d'une fratrie de renards capturés dans une tribu du sud ? Ils ne parlent pas mais certains commencent à prendre le pli. Et leur paille vient d'être changée."

"Je t'emboîte le pas."


Dans sa cage verrouillée de nouveau, Thanasia tire sur sa laisse et les agonit d'injure. La blessure à son honneur est béante et sa gorge lourde d'humiliation.

"Revenez ! Ce n'est pas terminé, je peux encore me battre ! Relâchez moi, traîtres ! Déchets mortels ! Je vous conchie, vous et vôtre race d'insectes méprisables ! Je vous survivrais ! Je profanerais vos tombes et j'épandrais vos restes aux quatres vents ! Soyez maudits ! "

Elle halete dans son collier métallique, ses chaînes bruissant à chaque respiration.

Elle se met à genoux et mord les maillons à des endroits différents autour de l'anneau. Ses pupilles laiteuses sont encore aveugles mais Karm peut voir la couleur bleutée y revenir lentement.
Même enchaînée de la sorte, sa nature vampirique prévaut sur le pouvoir du métal argenté. Ses entailles sur le corps ne seront bientôt plus que des souvenirs.

Mordant ses liens, dévoilant ses crocs, elle ressemble à n'importe quelle terranide enfermée. La vampire a du remarquer la présence de la lionne dans la cage mais ne lui adresse pas encore la parole, trop occupée a chercher une faiblesse sur ses entraves.

Dehors, le campement s'est installé tout autour d'eux, étendu, épars. Il y a plusieurs vingtaines de wagons, chargés de captifs de victuailles et de marchandises. Comme chaque nuit, l'air nocturne se remplit de la terreur des esclaves et des rires de leurs geôliers. Mais cette fois, l'intensité de cette violence n'a d'égal que le nombre des participants.
Là bas, on en fouette jusque au sang pour  avoir contrarié leurs maîtres et d'autres attendent leur tour. Au loin, on arrache une fille à ses parents pour la jeter au coeur d'une orgie infernale. A l'exception de ses oreilles touffues sa ressemblance avec Thanasia est frappante...
Sur des broches à l'écart, des pièces de viande aux formes familières grillent sur un brasier.
 
Le campement est une débauche de violence à ciel ouvert ou les différents groupes esclavagistes se mêlent et se rencontrent comme à une fête. Malgré l'alcool et les différences culturelles, pas une bagarre n'éclate entre les soulards de différents groupes. Les vigies se relaient et surveillent la nuit avec l'assiduité de paladins de l'Ordre.  Les chasseurs semblent liés par un code fraternel et possèdent tous une conscience profonde que, seuls dans ces terres hostiles, si loins de leur patrie, leurs chances de survie étaient nulles.

Karm en était la preuve vivante.
« Modifié: dimanche 22 octobre 2023, 18:40:30 par Thanasia »


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