Plan de Terra > Territoire de Tekhos

Je puis tout par celui qui me fortifie. -- PV

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Soeur Mary:
Qu’il est dur de se contrôler, de contrer ces pulsions qui me dévorent tous les soirs, mes Soeurs m’aident comme elles peuvent m’attachant au lit, protégeant mon intimité. Je suis une boule de nerf, ne pouvant assouvir son désir le plus primaire, j’ai beau prier, implorer le Seigneur créature du Ciel et de la Terre rien n’y fait, de ma bouche sorte les pires atrocités. Je ne me contrôle plus, langue de vipère, je veux simplement qu’on me baise comme une chienne. Non ce n’est pas moi… Jamais, je ne pourrais dire ce genre de chose. Je suis pure. Je ne pense pas au sexe, comme je pourrais. Je suis morte de honte la journée devant mes Soeurs, je peux sentir leurs regards se poser sur moi, leurs murmures arrivent à mes oreilles…

Mais depuis quelque temps mon état s’améliore, et tout cela grâce à un petit rituel avant de m’endormir. Nous avons commencé des séances de lecture avant leur du coucher, chaque soir une nonne vient me lire un passage d’un livre. Et je ne sais pas quelle magie, mais j’arrive à trouver plus facilement le sommeil après. Mes pulsions sauvages sont moins violentes, j’arrive à me contrôler. Malheureusement, nous n’avons qu’un livre de ce fameux auteur Bando ! Nous ne savons même pas qui est cet homme, un pur inconnu. Mes Soeurs ont fait des nombreuses recherches dans des anciens bouquins sans jamais voir son nom, un étranger qui doit venir d’une autre contrée. C’est bien dommage… Je voudrais découvrir d’autres bouquins de sa plume, ou même le rencontrer, il pourrait peut-être m’aider. J’en ai parlé aux autres nonnes, elles sont du même avis que moi ! Tant que cela me fait du bien, il faut en profiter, pour le moment c’est la seule solution viable que nous avons trouvé.

Pour me faire plaisir, certaines de mes Soeurs sont allées dans des villages reculés pour avoir des réponses, elles ont mis le temps, mais elles ont réussi à trouver des informations. Des hommes que l’on nomme des voyageurs savent où le trouver ! J’ai un peu de mal à comprendre ce qu’ils font, mais apparemment ils voyagent entre les dimensions, car il existe une autre planète que la nôtre qui se nomme Terre. Ils peuvent y avoir accès en traversant des portails et ce célèbre écrivain serait là-bas sur cette terre inconnue. Le Créateur est vraiment un être puissant, capable de construire des planètes partout dans l’univers, d’y répandre la bonne parole quoi qu’il arrive. En apprenant la bonne nouvelle, j’ai passé ma journée à prier, genoux à terre, mon visage face à sa statue. Je le sentais me venir en aide, se déverser dans mes veines, parcourir mon corps de sa chaleur douce et réconfortante.

Et une semaine plus tard, la bonne nouvelle tomba à mon réveil. Soeur Dominique arriva dans ma chambre, je pouvais entendre sa voix mélodieuse, presque chanteuse. Je savais qu’elle allait me donner une excellente nouvelle. Détachant mes liens qui servent à me retenir la nuit, elle m’adressa la parole.

“Ma Soeur, notre Seigneur est avec nous ! Notre cher auteur arrivera ce soir, nous avons pris des dispositions avec les voyageurs ils peuvent nous l’envoyer. En échange, nous avons dû payer une forte somme d’argent, heureusement que le Grand Ordre nous aide. Nous allons tout préparer pour l’accueillir dans de bonnes conditions et te préparer !”

La journée fut très longue, toutes les Soeurs se mirent à préparer le couvent pour accueillir Bando ! Le premier homme à venir au couvent, elles lui préparèrent une chambre juste à côté de la mienne, avec des étagères pour qu’il puisse y déposer des livres, ainsi que des parchemins et de l’encre pour qu’il fasse courir son imagination. En bas, dans la cuisine, de bonnes odeurs envahissent le couvent. De la viande fraîchement achetée au marché, des légumes du jardin, du bon pain qui dorait dans le four, des fruits bien mûrs pour faire des déserts. Tout cela me mettait l’eau à la bouche, voilà bien longtemps qu'on n'avait pas fait un festin de la sorte.

D’autres nonnes s’occupaient de faire le ménage dans les moindres recoins, notre image était importante ! Et pour finir, Soeur Dominique s’occupait de moi, m’accompagnant dans ma toilette, dans mes prières, n’hésitant pas à me rappeler à l’ordre. Depuis, des jours je me comportais très bien, il ne fallait pas que cela change alors qu’un homme allait venir. Tout le monde me faisait confiance, je devais me montrer à la hauteur à présent.

La journée passa relativement vite entre les différentes préparations et la nuit tomba, la grande table était dressée, nous étions plusieurs Soeurs autour de celle-ci. L’ensemble de la pièce était très rustique, du bois foncé un peu partout. La lumière des bougies éclairait la pièce, laissant apparaître des croix sur les murs, des tableaux d’un autre temps jaunis. Au bout de la table je me tenais là, assise sur ma chaise, mes mains reposant sur mes cuisses. J’avais une belle tunique blanche, avec des broderies bleues sur les manches. Quand je n’avais pas ce bandeau, j’adorais me regarder avec celle-ci, mes longs cheveux blonds ondulant sur mes épaules et contre mon dos. Mon bandeau m’empêche de voir ce qu’il se passe, heureusement Soeur Dominique à ma droite m’explique tout ce qu’il se passe.

Un homme, un voyageur est également dans la pièce, vêtu d’une drôle de façon juste au bout de la table il fait de nombreux signes dans les airs. Il a expliqué juste avant que sur l’autre planète un autre voyageur est présent. Les deux vont ouvrir un portail en même temps. Sur Terre Bando se fera aspirer pour arriver ici, avec un bon repas pour l’accueillir. Très simple en apparence. Nous ne savons pas s’il est au courant de ce voyage entre les dimensions, si nous aurons la chance d’avoir un peu de lecture. Tout ce que je sais, c’est que j’entends mon coeur tambouriner dans ma poitrine, j’ai les mains un peu moites. Je stresse, j’espère qu’il sera content de venir ici et que je ne vais pas lui faire mauvaise impression… Nous allons passer beaucoup de temps ensemble, je suis sûr qu’il pourra me guérir de mon mal intérieur.

La voix grave du voyageur se met à résonner dans la pièce, une étrange sensation se fait ressentir, comme un souffle parcouru de courant électrique, je sens quelques mèches de cheveux se dresser sur ma tête. Mes doigts viennent se serrer sur ma tunique le relevant légèrement, la main de Soeur Dominique se pose sur mon épaule pour me rassurer.

Bando ne devrait pas tarder à arriver à présent…

Bando:
Sans doute devrions-nous parfois porter plus d’attention aux souhaits que nous faisons. Moi-même avais-je formulé maintes fois ma folle envie de vivre, de vivre vraiment, ailleurs et hors de ces murs surtout, d’élucider quelques mystères et de me nourrir de quelques aventures qui, au moins, auraient comme seul mérite de me rendre ma vie moins... morne et routinière. Moins humaine, en ce sens moderne et si banal, à mon sens, que nous avions défini comme suffisant à définir ce terme. J’avais eu envie de zeppelins flottants, de guerres spatiales, de visites impromptues et de discussions cordiales menées auprès de peuples dont je ne pouvais à peine imaginer l’existence...
Mais je restais pourtant bien loin d’envisager qu’un jour, l’appel en question viendrait résonner, ou plutôt frapper, à ma porte. Non, jamais n’avais-je pensé que ce jour arriverait. Pas ainsi du moins. J’avais bien sûr eu vent et connaissance de l’existence de ces « voyageurs » qui pullulaient ça et là à Seikusu, en cette même ville où j’avais jusque-là passé une existence terriblement ennuyeuse... Mais, si jusque là j’avais hésité à sauter le pas, j’étais au moins parti du principe que, ce pas en question, c’est moi qui le ferais en premier. La vérité, si je souhaitais ainsi vous la retranscrire, c’est qu’il n’en fut rien. Rien de ce voyage ni des évènements que je pourrais alors vous conter ne fit parti d’aucun de ces plans que j’avais tiré sur la comète.

La journée qui précédait tout cela avait été... banale. Simple et sans accroc. Des heures durant, je m’étais promené au bord du canal qui se trouvait non loin de chez moi. Je m’étais perdu en pensées en observant le cour de l’eau et avais marché sans prêter attention au temps qui s’écoulait, avant de finalement retrouver un calme plus grand encore, à moitié affalé sur mon bureau, perdu entre d’innombrables notes et esquisses de quoique ce soit. J’avais observé un temps quelques-uns de ces dessins qu’on avait fait pour moi et qui servaient désormais de couverture à certains de mes livres et avait flâné quelque peu, nostalgique que j’étais, à détailler du regard les courbes sensuelles de quelques esquisses plus érotiques les unes que les autres, qui devraient accompagner ma première publication illustrée du genre. Je m’étais laissé aller aux souvenirs multiples et m’étais même surpris à sourire en me remémorant quelques sensuelles valses. Le contact avec autrui me manquait sans doute, mais allez savoir pourquoi, ces derniers temps, j’éprouvais comme quelque difficulté à aller de moi-même me trouver un peu de compagnie. Je n’étais pas trop du genre à donner des nouvelles, ça n’avait jamais été mon fort. Alors non, j’étais juste resté comme cela des heures durant, à rêvasser simplement. Avant de m’endormir, la tête plaquée lourdement contre mon bureau.
Seul un bruit sourd dans la nuit vint me sortir de ma torpeur.

Combien de temps avais-je dormi ? Je ne le savais pas. Je m’étais juste réveillé en un sursaut, alors que dans la pièce d’à côté, j’avais la sensation étrange qu’on fouillait dans mes affaires, que tout mon appartement en était alors retourné, sans une once de délicatesse.
Je n’eus cependant pas le temps d’exprimer quelque surprise ou peur, non, puisque sans crier gare, un coup violent derrière le crâne venait à me replonger dans les limbes. Le noir total et... juste ce goût de métal amer, de sang, au coin de ma bouche.

Un nouveau bruit sourd, mais bien différent cette fois, venait encore me tirer de mes songes. Bien plus tard sans doute, puisque je sentais cette fois la chaleur embraser ma peau. Nous étions au printemps ? Peut-être en été ? Rien à voir avec le climat peu accueillant de ma ville natale en un plein mois de janvier, quoiqu’il en soit. Ce bruit, électrique, tout formé d’ondes étranges, ne cessait de résonner dans mon crâne qui, je l’admettais sûrement, était encore souffrant après le coup que j’avais reçu. Mes paupières peinaient à s’ouvrir alors qu’enfin, je prenais connaissance d’un tout nouvel et surprenant environnement. J’étais à terre, le corps enfoncé contre la pierre mal taillée qui semblait composer ce sol bien singulier. Je reconnus vite ma lourde sacoche de cuir qu’on balançait près de moi et enfin, enfin j’écarquillais les yeux en me retournant.
Un homme, un peu rustre du peu que je pouvais voir de lui, disparaissait dans le vrombissement incessant d’un portail bleuté qui s’effaçait instantanément après son passage, et celui d’un autre, me lançant seulement un :

« Allez, bonne chance l’ami. »

Cette phrase, aussi surprenante qu’elle me paraissait alors, contribua à me sortir toujours plus vite de mes rêveries. Je découvrais comme mon sac, à côté de moi, avait été rempli de bien de ces livres qu’étaient les miens, avant de lever la tête. Je me redressais, lourdement et ne parvenant à peine à mettre quelque mot que ce soit sur ce qui était en train de se passer, alors que je découvrais cette pièce dans laquelle je me trouvais désormais.
Un grand âtre de pierre, sans feu, de larges fenêtres, toutes faites de pierres elles-aussi, par lesquelles venaient encore se diffuser toute la chaleur d’un soleil couchant... puis des bougies. Des bougies partout, disposées ça et là comme si l’on cherchait à éclairer toute une pièce dépourvue d’électricité courante. À y regarder de plus près... je me rendais vite à l’évidence : aucun dispositif ou appareil que ce soit, aucune ampoule. Sous-entendu, pas d’électricité. Tout bonnement.
Le regard encore un peu flou, je parvins toutefois à ressentir ce frisson dans mon échine, celui que j’avais toujours lorsque mes yeux venaient à se poser sur un crucifix ou, tout simplement, sur quelque symbole religieux que ce soit. Non pas que j’aie quelque objection quant au fait de croire en quoique ce soit, seulement, le fanatisme qui naissait bien souvent de tels objets et fascinations faisait naître en moi quelque gène. Une certaine appréhension, peut-être.

Me relevant difficilement, mes yeux s’étaient enfin ouverts. Mes sens en alerte, mon regard vivotait d’un point à un autre pour détailler les masures de bois sombre, l’immense table qui se dressait d’un bout à l’autre de la pièce et de laquelle émanait le parfum d’un repas gargantuesque, quasi de fête. Je ne pouvais toutefois pas manquer toute cette foultitude d’iconographie religieuse qui me laissait à penser que j’avais été traîné au beau milieu d’une église, ou de quelque chose comme ça. Cela dit, si ce n’était pas par pur intérêt architectural, c’était sans doute le seul autre moyen connu qui expliquerait une visite de ma part en un tel lieu. Tout cela était à n’y rien comprendre et pourtant, allez savoir pourquoi, je ne paniquais pas alors que sous mes yeux se tenait toute une assemblée de nonnes, assises les unes près des autres. Leur habit m’avait bien vite mis sur la piste de leur nature et pourtant, quelque chose me semblait déjà bien différent de tout culte connu quant à leur tenue... Il y avait ce je ne sais quoi que je ne parvenais pas à expliquer et, cela allait sans dire, voilà qui attisait ma curiosité.

Déglutissant sèchement et ravalant ce sang que j’avais encore en bouche, je scrutais là encore tout autour de moi. J’observais chacune de ces femmes qui me dévisageaient et ramassais mon sac, lourd comme un âne mort.

« Hum. Hum hum... Bonjour. »

J’époussetais alors ma chemise, puis mon pantalon de coton noir, ne sachant déjà pas trop où me mettre en cette bien étrange réunion. À observer l’ossature lourde et chargée de mon environnement, j’avais déjà la sensation qu’un poids écrasant venait me tirer sur les épaules. D’un point de vue structurel, j’étais quelque peu ébahi par le travail fait sur une telle bâtisse. Cependant... outre le fait que j’avais été assommé et traîné ici de force, il y avait un je ne sais quoi, très persistant, qui me chiffonnait. Comme une force inexplicable qui venait détourner mon regard. Car, si mes yeux venaient à parcourir les sœurs une à une, découvrant déjà comme l’assemblée était en partie constituée de femmes d’âge mûr, plus ou moins bienveillantes du regard, je m’en trouvais étrangement plus attiré vers le fond de la pièce, quelques mètres plus loin. Là-bas trônait une marâtre, une mère supérieure ou allez savoir quoi, l’air surprise par mon entrée en scène (pas autant que moi), dont la main reposait avec lourdeur sur l’épaule d’une femme, beaucoup plus jeune et vêtue bien autrement. Peut-être avais-je trop lu, ou trop vu de films de science-fiction, d’horreur, plus macabres les uns que les autres... mais une chose était tout de fois sûre, en observant ce fond de pièce, mon corps tout entier fut parcouru d’un long et bien étrange frisson, face à ce tableau qui se dessinait sous mes yeux.

Je m’avançais d’un pas pour en découvrir davantage à la lumière, traînant lourdement ma sacoche pleine de bouquins bien différents les uns des autres, avant d’être frappé par un fait autrement plus étrange. L’un de mes livres, un de ces premiers que j’avais écrit, se trouvait là sur un coin de table. Je n’avais aucune idée de ce qu’un livre de contes pour enfant venait faire ici... quoiqu’après mûre réflexion, j’eus pensé qu’une version édulcorée de mes songes eût été le plus adapté pour une lecture en un pareil lieu.
Sans que je sache vraiment pourquoi, mes yeux décrochèrent relativement vite de cet élément, pour s’en retourner en direction des deux femmes, là au bout. Mes yeux firent alors du mieux de leur précision pour détailler la plus jeune des deux, dont les longues boucles blondes venaient onduler telles de la paille d’or sublimant un visage parfait, dont ils n’étaient là que le cadre.

Je m’avançais encore d’un pas, d’une curiosité qui je l’aurais juré, n’était pas la mienne, pour venir à en découvrir plus. Je fus bien sûr frappé par cet épais bandeau qui lui barrait les yeux, mais... c’était pourtant comme si je pouvais les apercevoir au travers de celui-ci, comme si quelque chose, encore là un je ne sais quoi, venait apposer quelque puissant magnétisme. Je me sentais déjà électrisé et j’en venais à retrouver l’éclat de sa longue chevelure, chatouillant ses épaules, tout près de sa gorge d’un blanc de nacre pur. Le col de sa tunique, bien que très différente de celles portées par ses consœurs, me sembla pourtant tout aussi strictement serré... et j’en compris vite la raison en apercevant comme le tissu se trouvait tiraillé en formant une prison pour ce corps, jeune et ferme, qu’il cachait avec peine. Cette femme était... étonnamment jeune, bien silencieuse et en retrait, fleur effacée dans ce jardin strictement taillé. À la voir, c’était comme si... on la gardait sous clé.
Mon regard glissait encore tandis que je me tenais encore bien loin. Mes yeux passaient sous la table et j’observais comme ses mains se crispaient nerveusement sur le tissu. Était-elle prisonnière ou... qu’en sais-je ?
Je sentais très vite les poids des regards qui se posaient sur moi et mes yeux remontèrent bien vite. J’avais peur de ne pas comprendre.

« J’ai... j’ai bien peur de ne pas comprendre la raison de ma présence ici. J’étais... chez moi. Endormi je crois... et... hum. »

Et là encore, si j’avais tenté de regarder ailleurs, par simple convenance, mes yeux virent se reposer sur la jeune femme, sans que je ne puisse y faire quoique ce soit. J’en finis même par plisser les yeux, par pure mesure d’esquive. Aussi futile soit-elle.

Soeur Mary:
Le portail du voyageur se mettait à s'activer de plus en plus fort, je poussais sentir un vent chaud frapper contre mon visage, des légers grondement parcouraient la pièce, je tournais la tête dans tous les sens quand d’un coup le silence le plus total. Même mes Soeurs ne faisaient plus de bruit, comme si tout le monde avait arrêté de respirer. Qu’est-ce qu’il se passait ? Je n’osais pas briser le silence ou dire une bêtise ? Je serais ma tunique de plus en plus forte, mes ongles raclant la peau de mes cuisses. Je veux savoir ce qu’il se passe, est ce que le voyageur a réussi ? Où est-ce que ce n’est qu’un échec ? Je n’en peux plus, c’est trop dur de se contenir dans cette situation. Si seulement j’avais encore l’usage de mes yeux, je pourrais être au courant et ne pas laisser le silence me ronger de l’intérieur. Et d’un coup, je peux entendre une voix inconnue.

Un simple bonjour.

Rien de plus, mais cela voulait bien dire que le rituel avait fonctionné non ? C’est bien lui ? Comment le savoir, nous n’avions pas de représentation de cet auteur. Les voyageurs auraient pu se tromper ! Non ce n’est pas possible c’est leur travail, ils doivent savoir ce qu’ils font. Je suis sur au fond de moi, que c’est lui ! Je n’imaginais pas sa voix comme ça, elle est beaucoup plus grave que dans ma tête. Plus lente également, même après ce voyage il ne semble pas plus paniqué que ça. Même s’il y a une petite touche d’hésitation. Je me demande bien à cause de quoi… Le lieu ce n’est pas propre ? Ou la tête de mes Soeurs normalement elles sont tirées à quatre épingles… Et moi alors ? J’espère qu’on m’a bien mis les vêtements que j’ai demandés et pas une tunique qui traînait dans le fond de mon armoire. Pour être sur je passe rapidement, mes doigts sur la manche opposée de ma tunique, détaillant les broderies. C’est bon, c’est bien ça ! Des fleurs des champs… Pendant, un instant j’ai eu peur.

Les langues de mes Soeurs commencent à se délier, des messes basses un peu partout dans la pièce. Je ne comprends rien à ce qu’il se passe vraiment… Arrêtez de toutes parler en même temps, je n’arrive pas à me concentrer.

- Il est jeune pour un écrivain…

- Je pense encore que c’est une mauvaise idée de l’avoir fait venir…

- Un homme dans un couvent on aura tout vu…

- Tu penses qu’il va vraiment réussir à la sauver ?...

- Il faut rester positive ma Soeur…

Impossible d’entendre une conversation entière et la main de Soeur Dominique sur mon épaule me serrait de plus en plus fort, comme s' il se passait quelque chose dans la pièce. S’il vous plaît ma Soeur, il faut me parler, je suis prête à vous écouter. Je meurs d’envie de savoir ce qu’il se passe dans cette pièce. Je peux sentir de nombreux regards dans ma direction, cette pression qui monte en moi, qui vient faire palpiter mon coeur. Ce n’est pas des plus agréables. Je n’ose pas bouger d’un centimètre, quand je peux entendre de nouveau sa voix ! Il est là ! Si proche de moi, machinalement, je tourne ma tête vers lui, je me retiens de sourire, mes lèvres se déforment légèrement.

Je veux lui parler, lui expliquer tout ce qu’il se passe, lui dire que son livre est vraiment magique au point de sauver mon âme. Me mettre à genoux devant lui pour prier le Seigneur, sauf que nous n’avions pas convenu à ce genre de chose avec Soeur Dominique et je ne dois pas la décevoir… Sous peine de voir revenir les chaînes qui m’entravaient, la ceinture qui bloquait mon intimité et tous les anciens rituels dont je me passe bien.

“Bonjour à vous Monsieur Bando ! Nous sommes heureuses de vous recevoir dans la maison que le Seigneur nous a offerte !”

- Bonjour !

Reprennent en coeur mes Soeurs alors que de mon côté…

“Bonjour…”

Ce simple mot qui glisse entre mes lèvres, me fait sourire finalement, je ne peux plus le cacher. Ma bouche pulpeuse s’étend, faisant remonter mes joues, dévoilant légèrement mes dents. Avant de former un petit coeur quand je sens la main de Soeur Dominique me serrer un peu plus fort, signe que je dois me contrôler.

“Nous sommes désolés de vous avoir dérangé dans votre sommeil, mais nous ne connaissons pas les heures sur votre planète ! Les voyageurs n’ont pas pris le temps de vous expliquer votre présence ici, quel dommage, cela aurait été beaucoup plus simple pour nous. Je vais essayer de le faire… Comme cela va être un peu long je peux vous proposer de vous asseoir juste ici, à côté de Soeur Mary ! Par contre, il est interdit de la toucher, je vous préviens d’avance.”

Soeur Dominique me lâche enfin pour venir tirer une chaise pour notre invité, à quelques pas de moi ! Je lève légèrement la tête pour l’écouter se déplacer, essayer de percevoir son parfum, le découvrir à travers mon bandeau. Je l’imaginais grand, légèrement musclé, avec des beaux vêtements comme on peut trouver dans le village voisin. Une cape sur les épaules, des souliers cirés, un chapeau aux couleurs de sa famille. Des mèches blondes retombant sur son front, cachant un peu ses yeux marron… Comme il est écrivain, ses mains ne doivent pas être abîmées par le travail des champs, elles doivent être douces comme le linge. Un portrait parfait de mon sauveur ! Bordé par la lumière de Dieu.

“Après votre voyage qui a dû être épuisant, vous pouvez manger et boire à votre envie ! Tout ce repas est fait pour ça, pour fêter votre venue chez nous ! Mes Soeurs profitez en aussi, ce soir, autorisons nous de parler à table, de profiter de ce moment de soulagement grâce à la venue de notre Sauveur !”

Il ne fallut pas bien longtemps, pour qu’on commence à entendre les bruits des couverts en bois claquer contre les plats ou la table. Certaines Soeurs ne disaient rien et attendaient la suite de la conversation avec Bando, alors que d’autres s’en moquaient profitant simplement de ce moment convivial si rare dans ce lieu.

“Je me présente, Soeur Dominique, c’est moi qui ai fait mon possible pour vous voir ! Pour venir en aide à notre enfant corrompu par un mal inconnu. Voilà des années que Soeur Mary est possédée par le malin, lui soufflant des obscénités à l’oreille… Essayant de la corrompre aux plaisirs de la chair. Nous avons essayé de nombreux traitements pour l’aider, pour la libérer de tout cela. Le supplice de l’eau, l’isolement, le fouet, la ceinture de chasteté, les prières tous les jours… Encore et encore des traitements. Et il se trouve que celui qui fonctionne le mieux jusqu’à aujourd’hui est la lecture d’un de vos ouvrages… Celui-ci ! Grâce à cela, Soeur Mary arrive à calmer ses pulsions le soir, malheureusement, nous arrivons bientôt à la fin de ce livre… C’est pour cela que je vous ai fait venir ! Dieu est dans votre coeur, vous écrivez des textes de lumières, saint ! Restez ici quelque temps à côté de Soeur Mary, compter lui vos œuvres pour la sortir totalement de ce fléau, je suis sûr que cela aura plus d’effet que nos paroles. Délivrez là du mal Monsieur Bando s’il vous plaît."

Une histoire bien étrange pour un homme venu d’une autre planète et pourtant si familière à mes oreilles, sauf qu’ici personne ne le savait. Nous ne savions rien du monde extérieur, restant au maximum dans notre couvent pour nous protéger. Faire entrer un inconnu, de plus, un homme était une exception à la règle. Restait, juste à savoir comment il allait réagir à cette montagne d’information, se retrouver en face d’une religion qui lui était peut-être inconnue, à des manières très rustiques…

“S’il vous plaît restez avec nous Monsieur…”

Un dernier sourire dans sa direction, alors que je tâtonnais mon pied devant moi sous la table tout doucement pour avoir un simple contact avec Bando. Je voulais m’assurer qu’il était bien présent à mes côtés, rien de plus.

Bando:
Il n’avait pas fallu tant de temps que cela pour que, face à mon incrédulité somme toute logique, l’une des nonnes ne vienne se présenter à moi, me faisant la promesse de m’expliquer les raisons de ma présence ici. Présence qui, je le rappelle, m’avait quand même valu d’être assommé au beau milieu de mon appartement.

Bien qu’ébahi, surpris et sans nul doute décontenancé par ce qui se jouait sous mes yeux, je décidais de me montrer coopératif, de jouer leur jeu, puisque je compris bien vite, vu l’accueil qui m’était jusque là réservé, que j’étais attendu par ces femmes comme leur messie. J’avais un peu de mal à me faire à cette idée, mais avais au moins la certitude qu’elles ne me voulaient aucun mal. Ce, même si j’entendais déjà ô combien certaines d’entre elles ne voyaient pas d’un très bon œil ma venue en ces lieux. Toutes me dévisageaient alors qu’elles m’adressaient en chœur leurs joyeuses salutations, auxquelles je répondais d’un simple hochement de tête.

Mon regard retrouva toutefois bien vite la dernière d’entre elles, qui finit par me saluer à son tour, d’une voix plus douce, presque effacée. Je remarquais là encore comme la sœur Dominique exerçait de pressions en pressions sur la jeune femme, la tenant comme on tiendrait un chien par sa laisse, alors que lui ne cherche qu’à bondir pour jouer, vivre.
La marâtre me fit alors tirer une chaise pour que je vienne m’asseoir à quelques centimètres seulement de la jeune femme, me mettant toutefois en garde : il m’était interdit de la toucher. Je ne compris pas de suite de quoi il pouvait bien s’agir, mais bien des scénarios venaient à défiler dans ma tête à cet instant. Je me demandais quelle pouvait bien être la nature de leur culte et, autant le dire, cela ne facilita pas ma mise à l’aise...

Ainsi m’avançais-je pour prendre place juste à côté d’elle. J’essayais de ne pas trop m’attarder à la regarder, alors que toutes les autres sœurs me fixaient, mais je pouvais le sentir, comme elle me suivait, m’écoutait, me sentait, à chaque pas qui me rapprochait d’elle. J’avais déjà l’impression qu’à travers l’étoffe qui couvrait son regard, ses yeux tentaient de me percer à jour. Je prenais place et me perdais alors à la regarder, mes yeux semblant ne pouvoir faire autrement, comme s’ils étaient guidés, par autre chose que ma seule volonté. Ses traits étaient fins, doux, sans imperfection aucune... Son teint était clair, s’accordant à merveille à la couleur de ses cheveux qui l’étaient tout autant. Je détaillais en une brève seconde ces somptueuses boucles et me laissais aller à apprécier comme elle était dessinée, comme son cou était gracieux, ses épaules fines, surplombant un buste qui... s’il était caché à toute vue, bien protégé sous le tissu brodé de cette tunique fleuri, ne laissait peu de place à l’imagination. Il me fallut fermer les yeux avant de regarder ailleurs, pour ne pas m’ébahir devant tant d’opulence, devant la nature plus que généreuse de ces deux seins lourds... Moi qui étais plus que friand de poitrines opulentes, je m’en sentais là comme électrisé.

Je chassais ces idées de mon esprit en me rappelant qu’il s’agissait là d’une sœur, vouant sa vie à celle du couvent et de sa communauté. Il fallait quand même se tenir.

Assis et bien silencieux, je restais concentré afin de ne pas me tourner davantage vers la jeune sœur Mary, me focalisant sur les paroles de sa supérieure. Puisque j’avais fait le vœu de jouer le jeu, je tentais ainsi de me contenir lorsqu’on vint enfin à m’expliquer la situation... J’eus, à ce titre, beaucoup de mal à le faire, quand la sœur Dominique énuméra les traitements qui avaient été réservés à la jeune blonde à côté de moi, alors qu’elle me paraissait seulement atteinte d’une forme de... nymphomanie ?
Que de sévices et de cruautés... Que pouvais-je donc faire maintenant que je me trouvais mis dans la confidence ? Il n’aurait pas été très « humain » que je demande simplement à partir, alors que la supérieur évoquait tous ces supplices que la belle et innocente jeune femme avait dû subir, cela dû, en apparence du moins, à des mœurs inconcevables en un temps, en un lieu, tel que celui-ci.

« Eh bien, je... »

Voilà qu’une charge bien lourde venait à poser sur mes épaules. Si je n’étais absolument pas sûr de la sauver à la simple lecture d’autres de mes ouvrages -érotiques pour certains-, il m’apparaissait toutefois comme clair que je ne pouvais rester sans rien faire. Mary se tourna vers moi, une fois encore, et j’en fis de même, quand sa voix mélodieuse parvint à mes oreilles.

“S’il vous plaît restez avec nous Monsieur…”

Je lui adressais alors un fin sourire compatissant, me retenant de poser une main sur la sienne, pour la rassurer et lui faire comprendre que je ferais mon possible pour qu’elle n’ait plus à subir aucune torture qui soit.

« Je vais rester, Mary. Soeur Mary... je... Je ne peux rien vous promettre, mais si un peu de lecture et de compagnie peut vous faire du bien, alors je n’y vois pas d’inconvénient. »

J’en venais alors à me demander à quoi ressemblaient ces séances de lecture. Allais-je me retrouver attaché, armé d’une ceinture de chasteté également ? Allais-je devoir la lui faire tout en restant derrière sa porte quand vient la nuit ? Ou bien lui ferais-je la lecture, comme on conte à un enfant, assis au bord de son lit ? Je me contenta de sourire brièvement, bien qu’un peu inquiet, avant de m’en retourner à soeur Dominique, de peur qu’on me foudroie pour oser me laisser corrompre à la vue si plaisante de la belle soeur Mary.

« Je vais rester. Au moins pour essayer. Après tout le mal que vous vous êtes donné... »

Grimaçant un énième sourire quelque peu empli de gêne, je baissais les yeux pour les poser sur la généreuse assiette qui m’avait été servie, mais que je restais incapable de toucher, tandis qu’autour de nous, la plupart des sœurs, elles, ne se faisaient pas prier pour s’empiffrer comme elles ne devaient en avoir que rarement l’occasion.

Puis, je sentis son pied chercher le mien, tâtonnant longuement, pour venir effleurer ma cheville. Mon regard fureta brièvement vers elle et je m’efforçais alors de ne pas me laisser captiver par ses petites lèvres pulpeuses... Mes yeux se baissaient à nouveau et je fis mine de rien. Mes pieds glissaient alors vers l’avant, jambes écartées, et l’un d’entre eux vint, tout en douceur, au contact du sien, la peau de ma cheville au contact de la sienne, toute douce.

Pris d’un frisson soudain, j’eus la sensation d’une chaleur intense qui venait à me parcourir, du bas de mon corps, jusqu’à mon bas-ventre. Une chaleur vive, mais douce, réconfortante... Je me sentais alors... détendu. À l’aise et en confiance. Je lâchais un très léger soupir de bien-être que je dissimulais au mieux. Mon coeur se mit à battre plus vite, inexplicablement. Je la trouvais très... vraiment très attirante, ça bien sûr, mais il s’agissait pourtant d’autre chose, une chose sur laquelle je ne parvenais pas à mettre de mot. Ce magnétisme puissant. Je me rappelais des mots de soeur Dominique, qui se tenait encore si près de moi. Outre le vœu de chasteté formulé par une nonne et tout ce que cela impliquait... y avait-il d’autres raisons pour lesquelles il m’était interdit de faire glisser ma peau contre celle de Mary ? Le malin était-il vraiment à l’œuvre ici ? Ou bien était-ce autre chose ?

« Qu’attendez-vous de moi, exactement ? Vous... vous pouvez me montrer ? »

Soeur Mary:
Mon cœur se réchauffa brusquement quand je pue entendre Bando m'affirmer qu'il allait rester ici avec nous, avec moi ! Je me retenais de sourire aux anges, je sais que Soeur Dominique n'allait pas apprécier que je sois aussi heureuse qu'un homme soit ici. Les effusions de joie ne sont pas très bien vues ici, dans ce lieu Saint, dans n'importe qu'elle circonstances, nous devons être maître de nos émotions. Et je dois bien avouer que c'était très dur à ce moment.

"Merci Monsieur Bando !"

Je pousse un longue soupire, la bouche en coeur, avant d'entendre une Soeur s'approcher de moi pour remplir mon assiette. À l'odeur, je dirais que c'est des légumes avec des épices venues de derrière la mer. Un petit commerçant en vendait au marché, quand j'avais encore l'usage de la vue j'adorais m'installer devant son échoppe pour admirer toutes les couleurs. J'aimais aussi discuter un peu avec lui en cachette pour savoir comment était le monde ailleurs, il avait de la chance de pouvoir découvrir des nouvelles terres quand il en avait envie. J'aimerais pouvoir un jour partir moi aussi, visiter notre Sanctuaire, voir comment sont les nonnes dans les autres couvents. Mais avant, je dois guérir du mal qui me ronge.

"Je suis sûr que vous allez réussir à me soigner, j'ai confiance en vous et à la foi que vous mettez dans vos ouvrages !"

Encore un semblant de sourire, quand je peux entendre ma Supérieure racler gravement sa gorge... Directement, je me focalise sur ma nourriture, cherchant ma cuillère pour venir prendre une bouchée. Je ne suis pas hésitante dans mes gestes tout est posé devant moi au millimètre près depuis des années. Une habitude que tout le monde avait prise pour me faciliter la vie.

Je mangeais tout en cherchant toujours du pied Bando, jusqu'au moment ou je réussi. La de mon soulier blanc normalement, je viens à l'effleurer. J'espère qu'il ne va pas fuir à mon contact, que Soeur Dominique ne lui à pas trop fait peur à propos de moi… Je peux comprendre que faire face à une pécheresse n'est pas facile et affronter un démon encore moins, au plus profond de mon être, jusqu'à mes tripes, je le supplie de rester là. De ne pas prendre peur.

Je le sens bouger, je me contracte un instant, une boule au ventre me prend d'un coup, ma main tenant la cuillère tremble pour tout faire retomber mes légumes dans mon assiette. Ce que je craignais venait d'arri… Non ! Non ! Je me trompe ! Il tend simplement ses jambes pour rester vers moi, me facilitant la tâche. J'allonge un peu mon pied, pour venir coller ma cheville contre la sienne. Hop ! Ce premier contact… J'en suis toute chose. La boule que j'avais au ventre explose en une douce chaleur, un cocon de bonheur ! J'en oublierais presque la froideur de ce lieu, je fais tout mon possible pour ne rien laisser paraître. Me délectant de ce moment, personne ne nous voit à part le Seigneur, mais il devrait comprendre que je veux juste faire connaissance. Je crois… Il me semble… Hmmmm oui…

La voix de Bando me sortit de mon petit nuage de douceur et de bonheur, demandant de voir comment il allait me venir en aide. Il allait rentrer dans l'intimité du couvent, découvrir toutes les facettes de nos religions et passer de longues journées avec moi et mes Soeurs. Est ce que le changement avec son monde n'allait pas être trop brutal ? Il est possible qu'il y ait quelques différences qui puissent lui manquer ici… Ce serait dommage, enfin je ferais tout mon possible pour lui faire oublier.

"Ce que nous attendons de vous, que vous teniez compagnie à Soeur Mary, la journée le démon se montre rarement, c'est le soir qu'il est le plus puissant ! Avant d'aller se coucher, il faudrait passer du temps avec elle, lui lire vos histoires pour apaiser son esprit… Et la contrôler s'il elle fait une crise la nuit. Mais oui, je pense que le plus simple est de vous faire découvrir un peu les lieux ! Finissons notre repas offert par notre Seigneur et nous irons vous montrer vos quartiers."

Je prends mon temps pour finir mon assiette, juste pour garder ce contact avec Bando, sans jamais aller plus loin que cette cheville contre cheville. Et quand le moment fut venu, Soeur Dominique se leva de table pour venir me chercher, sans attendre je remis mon pied sous ma chaise baissant la tête.

"En route !"

Nous sortons de la pièce, ma Supérieure du prendre le soin d'allumer une lampe à pétrole vu l'odeur qui se dégageait. Je pouvais marcher seule, mais bizarrement ce soir elle m’attrapa le bras pendant notre marche. Une protection de plus, elle ne faisait pas confiance en Bando ? Ou à moi ? Un homme ici la mettait mal à l'aise ? Ou elle faisait la bonne Nonne montrant qu'elle voulait m'aider alors que d'habitude je devais me débrouiller seule... Impossible de savoir réellement ce qu'elle pensait à ce moment. Soeur Dominique restait une femme très mystérieuse à mes yeux avec de nombreux secrets.

"Au premier nous avons la cuisine, une salle de prière, un débarras, deux dortoirs pour nos Soeurs, la salle de repas où on se trouvait et une salle d'eau juste à votre gauche ! Nous faisons toute notre toilette le matin pour nous purifier, vous pouvez y avoir accès tout le reste de la journée."

On se lavait exclusivement à l'eau froide ici, c'est important pour la purification du corps et de l'esprit. Pendant, une longue période j'avais peur de me rendre là-bas… Quand le prêtre d'une contrée lointaine avait suggéré de me soigner avec des rituels en rapport avec l'eau… Des mois à appréhender ce lieu. Rien n'a fonctionné bien sûr… Enfin, nous montons l'escalier qui craque sous notre poids pour arriver rapidement à l'étage.

"Ici nous gardons les objets sacrés de l'église pour éviter certains vols ! C'est malheureux de dire ce genre de chose de nos jours… Votre chambre est juste ici à côté de celle de Soeur Mary ! Nous l'avons mis à l'écart du groupe pour éviter que le démon ne puisse prendre possession d'autres Soeurs. Si elle rentre en crise, vous pourrez intervenir rapidement !"

Je ne savais même pas que Bando allait dormir juste dans la pièce à côté qui était anciennement un bureau pour l'ancien curé qui venait de temps en temps écrire quelques manuscrits. Elles ont dû laisser le bureau, avec des feuilles et une plume si l'envie lui venait d'écrire et juste rajouter un couchage au fond.

"Je vous laisse découvrir votre chambre après, nous allons directement voir celle de Soeur Mary !"

Directement, nous allons rentrer dans mon univers, la porte s'ouvre dans un long grincement. Les murs de la pièce sont couverts de croix, de portraits du Seigneur, au centre de la pièce se trouve mon lit avec un siège juste à côté. Une armoire au fond regroupe mes affaires, des vêtements principalement ainsi que des instruments pour me contenir nous allons dire.

"Voilà ! Soeur Mary dort ici ! Le soir, nous avons pris l'habitude de lire plusieurs chapitres de votre ouvrage proche de son lit. Elle a le droit d'être libre de ces mouvements à ce moment, car nous sommes encore là pour la surveiller et ensuite une fois qu'on la laisse seule pour dormir…"

Sœur Dominique se dirige vers le lit pour en tirer le drap.

"Nous devons l'attacher, les chaînes-là sont pour ses jambes et celle-là ses bras ! Ainsi, elle ne peut pas bouger et ne peut rien se faire de malsain…"

Je peux entendre les chaînes s'entrechoquer entre les doigts de ma Supérieure.

"Je vais bien sûr vous laissez les clés ! Et pour finir, dans l'armoire au fond, vous pouvez trouver de quoi la calmer si elle ne va pas bien où se montre trop… Volatile nous allons dire ! Vous avez des questions Monsieur ? Bien sûr si vous êtes trop fatigué ce soir, je prendrai le relais pour le coucher."

Ca devait faire beaucoup à avaler d'un coup, il venait d'arriver et on lui mettait presque le couteau sous la gorge. On n'était pas dans un asile, mais bien dans un couvent malgré certaines apparences trompeuses. J'étais mal à l'aise pour lui… Me tenant droite toujours vers la porte d'entrée de la pièce, mes mains venaient se joindre devant mes cuisses en signe de prière. Alors que mes bras écrasaient ma poitrine au passage tendant encore un peu plus le tissu de ma tunique et la rendait encore plus volumineuse. La tête légèrement penchée en avant, mes cheveux d'or tombaient délicatement sur mon visage gêné de cette vérité.

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