Ville de Seikusu, Kyoto, Japon, Terre > Refectoire
Un jour au lycée... mouvementé... [PV Jane]
Jane Watson:
Outre sa curiosité personnelle, parler permettait à Jane de supporter un peu mieux le repas qu’elle mangeait. En pure Américaine du Sud, Jane ne jurait que par la viande rouge, les nuggets, les frites, et Burger King. Dieu bénisse l’Amérique ! Parler avec cette Russe, qui était effectivement aussi plate que les longues routes américaines serpentant dans le désert, c’était une bonne manière de se familiariser avec le riz et la sauce. De plus, les Russes et les Américains avaient une histoire en commun. C’était un peu comme les Français et les Anglais : les meilleurs ennemis... Ou presque.
*Non, sérieusement, elle n’avait aucune chance en Angleterre Mi-Française, mi-russe, on ne pouvait pas envisager une combinaison plus terrible...*
La petite Oksa, qui ressemblait à une sorte de collégienne avec des grosses joues joufflues, hésita un peu, semblant visiblement réfléchir, avant de lui répondre :
« Pour commencer, je suis née en France et j'y ai vécu 12 ans, avant de déménager en catastrophe à Londres. Et j'y suis restée à peine un semestre, avant de me retrouver dans ce pays psychotique... Ça doit faire environ 3 ans que je vis dans cette ville... Quant à la raison... Ma mère souhaitait ouvrir un restaurant français au Japon, et ça fait 2 ans qu'il est ouvert, à deux rues du centre commercial. Il a beaucoup de succès. »
Jane hocha la tête. La bouffe française se vendait plutôt bien au Japon. Les boulangers et les pâtissiers français se vendaient plutôt bien, car les Japonais étaient attirés par ce genre de mets exotiques. De fait, Jane devait bien admettre que le pain était assez bon, et qu’elle s’était laissée aller à plusieurs occasions à ce succulent sandwich français : le pain-beurre-jambon. Néanmoins, Jane se demandait pourquoi la famille avait fait un détour « en catastrophe » en Angleterre. Avaient-ils rencontré des problèmes ? Et pourquoi partir aussi rapidement d’Angleterre ? Jane se mit à imaginer une histoire de liquidation judiciaire en France, un déplacement précipité à Londres, avant de finir par s’implanter au Japon. Ce n’était pas un parcours très banal.
Voilà des gens qui avaient la bougeotte.
« Parfois, les parents ont des lubies qui dépassent leurs enfants... Et toi ? Comment une californienne c'est retrouvée à devoir portée un Serafuku ? »
Jane se mit à sourire. Elle ne devait pas oublier qu’Oksa était encore assez jeune. Ses parents n’avaient pas du lui expliquer les éventuels problèmes qu’ils avaient pu rencontrer, de peur de l’effrayer. À cet âge-là, on regardait des conneries insipides comme Pokemon, ou on participait au phénomène kawai.
« Rassure-toi, darling, je portais un uniforme scolaire en Californie... Collège privé, rempli de snobinards, de futurs banquiers, avocats... Ou de futurs dépressifs qui finissent à sniffer des joints en rail dans les quartiers craignos de Los Angeles. Anyway. J’ai toujours trouvé con de faire porter aux filles des cravates, mais, de toute manière, il faut être con, pour nous imposer un uniforme scolaire. »
La Californienne haussa les épaules. En comparaison, il n’y avait pas d’uniformes à Ashnard. Vu que les gens se déplaçaient généralement en étant à moitié à poil, un uniforme était inutile. Cependant, Ruby lui avait compris que, selon les régions et les écoles, l’uniforme était requis Les futurs officiers impériaux portaient tous un uniforme en allant en cours dans l’académie.
« Pour te raconter ma petite histoire, sweetheart, ma mère ne m’ a jamais allaité. Je crois que ma sœur et moi avons été conçues uniquement pour que les partenaires commerciaux de mes parents ne se posent pas de questions sur eux, et qu’ils puissent fièrement rejoindre le parti républicain en affirmant défendre les valeurs de l’Amérique. Ma sœur et moi avons décidé de venir à Seikusu parce qu’on en avait plein le cul des pervers voulant nous détrousser à chaque coin de rue, et parce qu’on avait entendu des choses intéressantes sur Seikusu. »
Jane n’en disait pas plus, afin d’aiguiser la curiosité de la petite Oksa, de voir si la jeune femme mordrait à l’hameçon.
Oksa Pollock:
- Rassure-toi, darling, je portais un uniforme scolaire en Californie... Collège privé, rempli de snobinards, de futurs banquiers, avocats... Ou de futurs dépressifs qui finissent à sniffer des joints en rail dans les quartiers craignos de Los Angeles. Anyway. J’ai toujours trouvé con de faire porter aux filles des cravates, mais, de toute manière, il faut être con, pour nous imposer un uniforme scolaire.
Oksa hocha la tête, comprenant parfaitement. Elle-même avait eu beaucoup de mal à s'habituée à la cravate et à la jupe plissée, surtout lorsqu'on venait d'une école primaire française. Au final, la jeune fille avait conservée le port de la cravate au quotidien – mais desserrée et nettement plus stylée – mais détestait toujours autant les jupes. Par contre, fallait avouer que l'uniforme japonais était digne des plus grands pervers de ce monde. La jupe était très (trop) courte et le haut très fin, si bien qu'on voyait très bien à travers en cas d'averse. Bref, la jeune Gracieuse était très mal à l'aise dans ce vêtement.
- Pour te raconter ma petite histoire, sweetheart, ma mère ne m’ a jamais allaité. Je crois que ma sœur et moi avons été conçues uniquement pour que les partenaires commerciaux de mes parents ne se posent pas de questions sur eux, et qu’ils puissent fièrement rejoindre le parti républicain en affirmant défendre les valeurs de l’Amérique.
Aie, c'était moche ça. Oksa avait de la peine pour elle. Sa lui faisait aussi penser, indirectement, à un ex membre de la CIA, qu'elle connaissait bien et qui était devenu ce qu'il était aujourd'hui, parce que celui-ci avait autant de considération pour son fils que pour une crotte de chien sur le trottoir. Le pire était sans doute qu'Orthon reproduisait la même chose sur sa femme et son fils cadet, mais d'avantage par sadisme que par mépris.
- Ma sœur et moi avons décidé de venir à Seikusu parce qu’on en avait plein le cul des pervers voulant nous détrousser à chaque coin de rue, et parce qu’on avait entendu des choses intéressantes sur Seikusu.
- Ah ?
Pour les pervers à chaque coin de rue, c'était un peu loupé pour le coup, si on en croyait les nombreuses disparitions ses dernières années et l'état dans lequel se trouvait ce lycée. Mais pour le reste, fallait avouer que ça piquait sa curiosité. Fallait avouer que, rien que dans ce lycée, on trouvait des mythes qui n'existaient pas dans le reste du Japon. Et toutes ces disparitions inexpliquées avaient leur lot de mystères... Pour leur part, les Pollock avaient choisis Seikusu plus qu'une autre ville parce qu'il s'agissait d'une petite ville côtière sans être campagnarde pour autant, très loin des mégapoles surpeuplées comme Tôkyô ou Osaka. La jeune fille termina son bol de riz et attaqua son dessert, soit une sorte de brioche de riz fourrée au haricot rouge... Vivement qu'elle rentre à la maison pour manger un des fondants de sa mère...
- Tu veux dire que, à part les mystérieuses disparitions et la libido dégoulinante de ce lycée, il y a d'autres choses bizarres dans cette ville ? Et moi qui pensait qu'on aurait juste la mer sans être dans une grosse ville comme Tôkyô...
Les deux filles l'ignoraient, mais l'un des personnel du lycée était un agent infiltré d'une secte très influente sur Terra, travaillant ici comme technicien de surface. Et celui-ci venait juste d'entrer dans le réfectoire pour nettoyer les tables et le sol, faisant mine de rien pour glaner quelques informations sur le lycée et ses occupants. Et il allait forcément entendre la suite de la conversation entre les deux élèves. Et, dans le même temps, Orthon lui-même était déjà en route pour mettre la main sur elle...
Jane Watson:
Daisuke Hishiro faisait partie du personnel de la cantine du lycée. À ce titre, c’était lui qui, avec d’autres personnes, s’occupait du nettoyage des plats. L’organisation de la cantine du lycée, du fait du nombre d’élèves, suivait une organisation similaire au restaurant universitaire de n’importe quelle fac’. Quand les élèves avaient fini, ils apportaient le plateau du côté de la cuisine, mettant les couverts et les plats dans les endroits appropriés, le personnel se chargeant ensuite de nettoyer l’ensemble. Le personnel comptait donc sur le civisme des élèves japonais, mais, sur ce point, il n’y avait pas trop à se plaindre. Le Japon était un pays de manières et de cordialité, où ce genre d’incivilités étaient rares, et très mal vus. Daisuke, cependant, n’était pas un lycéen. Il étudiait à l’université de Seikusu, une université de seconde zone, rattachée au lycée Mishima, et travaillait ici pour arrondir ses fins de mois, afin de payer son loyer. Un scénario classique, mais qui venait à se complexifier quand on apprenait que Daisuke avait des problèmes financiers. Il ne s’agissait pas de dettes de jeu, loin de là, et ses problèmes étaient bien plus classiques.
Pour obtenir un logement à Seikusu, il avait réussi à solliciter, auprès d’un établissement bancaire, un prêt de consommation, prêt qui lui avait permis d’acheter une voiture, et de payer les premières mensualités du loyer. Malheureusement, il avait été récemment viré d’un petit boulot où il récupérait de l’argent, pour insuffisance professionnelle. En somme, non content de devoir payer le loyer, Daisuke devait maintenant payer aussi les mensualités de son prêt. Économiste, il avait rapidement calculé qu’il allait se retrouver sur la paille, et avait donc cherché un moyen d’obtenir de l’argent.
Il n’était pas venu récurer les assiettes pour son propre plaisir, mais parce que c’était ici que son contact voulait qu’il soit. Daisuke avait pris grand soin d’éviter de se rapprocher des Yakuzas, car il savait qu’une alliance avec la mafia était un cadeau empoisonné, un piège dont il ne se déferait jamais. Les Yakuzas le suceraient jusqu’à la moelle. À défaut, il avait donc contacté d’autres personnes... Personnes qui étaient en réalité venues à lui pour lui soumettre une proposition à laquelle il n’avait su refuser. Sans qu’il ne sache trop comment, ils avaient eu courant de ses difficultés financières, et lui avaient proposé une rente viagère généreuse, sur le compte de son choix, en échange de sa candidature à un petit boulot dans la cafétéria du lycée Mishima. La simple idée de travailler dans ce lycée infamant, où les rumeurs les plus folles circulaient, faisait horreur à Daisuke. Il considérait que Mishima était une honte pour le Japon, portant atteinte à l’honorabilité insulaire de l’archipel. Daisuke n’avait cependant pas su refuser. Il se rappelait encore de ces deux individus venus lui parler, et, surtout, de cette femme. Une créature terriblement sensuelle, une Occidentale. Il avait eu une érection tandis qu’elle parlait, ses doigts recouverts d’un cuir rouge inspectant chaque recoin de son studio. Son érection n’avait pas débandé après son départ.
Sa candidature avait été acceptée sans difficulté, et, le jour même, il avait reçu, sur sa boîte mail étudiante, un étrange courriel, l’informant que ses commanditaires lui envoyaient un virement de 20 000 yens, à titre d’acompte, et qu’ils voulaient obtenir des informations sur une gaijin qui venait de s’inscrire au lycée Mishima. Lui n’y comprenait rien, et, dans certains moments, pensait avoir repeint une sorte de conspiration gouvernementale, digne de l’un de ces films insipides hollywoodiens, une sorte de variante moderne de l’histoire raciste de Fu Manchu.
Il avait vu Pollock se faire embêter par deux idiots, avant qu’une autre gaijin ne débarque. Tout en se rapprochant, et en posant leur plateau-repas sur la table d’à côté, il avait pu discerner son accent américain, tout en les entendant parler entre elles.
« Tu veux dire que, à part les mystérieuses disparitions et la libido dégoulinante de ce lycée, il y a d'autres choses bizarres dans cette ville ? Et moi qui pensait qu'on aurait juste la mer sans être dans une grosse ville comme Tôkyô... » lâcha la jeune lycéenne.
Il recevait une certaine somme d’argent à chaque fois qu’il retransmettait des informations concernant Oksa, soit par courriel, soit par SMS, en l’envoyant à un mystérieux numéro, un numéro qui, comme l’adresse mail de son commanditaire, n’était enregistré nulle part. Il avait affaire à de véritables pros, ce qui confirmait la thèse de la conspiration gouvernement. Daisuke ne se sentait guère excité à l’idée de se retrouver embrigadé dans une histoire d’espionnage, mais la nécessite de l’argent faisait loi. Pour parfaire sa couverture, l’homme avait sorti sur la table un manuel d’économie, et feintait de le lire, tout en ayant sur les oreilles des écouteurs, comme s’il écoutait de la musique. En réalité, son iPod était éteint, mais, ça, personne n’était censé le voir.
Daisuke venait à la pêche aux informations.
Jane Watson, de son côté, ignorait tout des agissements de l’homme assis derrière elle, et n’y prêtait d’ailleurs guère attention. Elle se pencha juste vers Oksa, un sourire sur les lèvres. Elle savait que les filles, surtout les jeunes Anglaises, baignaient dans le héroïc fantasy. Tolkien, Martin, Rowling, Harry Potter et toutes ces conneries new age sur les sorciers en cape et en chapeaux pointus. La réalité était bien plus complexe. Poudlard existait, mais sur un autre monde, et il y avait aussi des démons cornus se baladant partiellement à poil.
« Ne me dis pas que tu n’as fait aucune recherche sur Internet... Il suffit de googler ‘‘seikusu’’ pour avoir droit à un florilège d’articles de blogs, de posts, et de photos sur toutes les bizarreries qui se passent dans cette ville. »
Certains articles parlaient de la « Nouvelle Roswell ». D’ailleurs, quand on tapait « seikusu » dans la barre de recherches, les suggestions de mots associés étaient éloquents : « nouvelle roswell », « sentinel prime », « conspiration », « mutants », « supergirl »... Il n’y avait jamais de fumée sans feu. Jane esquissa un sourire, tout en s’attaquant, également, à son dessert. Elle reprit ses explications, destinée à aider l’ancienne Européenne. On pouvait y voir une sorte de solidarité occidentale... De plus, en son contact, Jane ressentait de curieux frissons. Il y avait un truc, chez cette femme, un truc qu’elle sentait, mais qu’elle avait encore du mal à expérimenter. Elle aurait sans doute pu en parler à Sayaka, mais ce n’était pas dans le genre de Jane. Elle voulait trouver par elle-même. Il était possible qu’Oksa soit une sorcière qui s’ignore, mais... Comment dire ? Cette sensation que Jane ressentait n’était pas exactement similaire à celle qu’elle éprouvait face à une sorcière.
Il y avait quelque chose de différent, et il fallait qu’elle mette le doigt dessus, qu’elle comprenne l’origine de son trouble, afin de pouvoir mieux l’appréhender.
« Et il se passe pas mal de trucs zarbi dans ce lycée. Tu peux croire que je dis ça pour te flipper, mais, quand tu verras une fille à moitié à poil en train de voler dans le ciel, tu comprendras que cette ville regorge de tarés en tout genre. »
Jane n’avait jamais réellement cru au phénomène des supers-héros. Pour elle, il s’agissait plus d’une espèce de grosse arnaque gouvernementale. Cependant, ça n’empêchait pas qu’elle avait déjà pu les voir voler dans le ciel, et que, trucage ou pas, ça restait quand même très crédible.
Oksa Pollock:
Après ce que venait de lui dire Jane, Oksa était très curieuse d'entendre la réponse. Et en même temps, elle craignait aussi que les bizarreries mentionnées soient en rapport avec d'autres ex-Edéfiens, ayant atterris au Japon lors du transfert et usant de leurs dons en ville. Quant à savoir si c'était pour venir en aide aux autres, comme le ferrait le peuple encore fidèle aux Gracieuses, ou pour semer le chaos comme tout félons qui se respecteraient, c'était autre chose. L'Américaine se pencha alors vers l'avant, tout sourire.
- Ne me dis pas que tu n’as fait aucune recherche sur Internet... Il suffit de googler ‘‘seikusu’’ pour avoir droit à un florilège d’articles de blogs, de posts, et de photos sur toutes les bizarreries qui se passent dans cette ville. Et il se passe pas mal de trucs zarbi dans ce lycée.
Oui, ça elle avait remarqué, et tout ou presque tournait autour d'un seul thème : le sexe. Que ce soit les club, les profs, la direction, les élèves ou le bâtiment en lui-même, tout semblait renvoyer exclusivement aux plaisirs de la chair. C'était à croire que le lycée n'était qu'une couverture pour cacher un gigantesque harem libre d'accès, sans tomber dans la paranoïa.
- Tu peux croire que je dis ça pour te flipper, mais, quand tu verras une fille à moitié à poil en train de voler dans le ciel, tu comprendras que cette ville regorge de tarés en tout genre.
La jeune fille marqua un léger temps d'arrêt devant cette annonce, avant de répéter plus lentement, incertaine...
- Une fille à moitié à poil en train de voler dans le ciel ?
C'était pas tant la tenue qui surprenait, mais le fait qu'elle volent dans le ciel, sans support. Oksa traduisait donc dans sa tête le terme "voler" par "volticaliser". Car si les êtres volants étaient plutôt rares sur Terre, c'était quelque chose de très commun à Edéfia, dans la mesure ou une personne sur cent ne disposait pas du Voltical, selon ce que lui avait racontée sa grand-mère. La question était donc : Pourquoi des Edéfiens volticalisaient en tenue plus que légères au dessus de la ville ?
Puis, quelque chose d'autre l'interpela et l'énerva. En quoi le fait de voler était une preuve en soi que l'on était taré ? Si du point de vu de cette fille, Oksa était tarée du fait de pouvoir volée, Orthon à coté, devait être un méga-psychopathe en puissance mille...
Sauf que c'était justement le cas... Flûte.
- J'avoue que c'est un peu difficile à croire dit comme ça... Par contre, en quoi voler signifie que l'on est taré ? Moi, j'aimerais bien pouvoir le faire, ça m'éviterai de devoir attendre le bus tout les soirs et me retrouver coincée dans les embouteillages pendant des heures.
En fait, Oksa pouvait bel et bien voler, mais elle, se retenait de le faire devant tant de témoins potentiels. Sinon, à quoi cela pouvait bien servir de prendre autant de précautions pour se cacher, si c'était pour révéler sa nature juste après ? C'est en se faisant cette réflexion que Oksa commença à arranger son plateau, dans l'idée de débarrasser et faciliter le travail des employer. Enfin, c'était ce qu'elle avait prévue de faire... Parce que la porte s'ouvrit juste à ce moment là, non pas pour laisser passer un élève ou un membre du personnel, mais plutôt un être que la jeune Gracieuse ne pensait jamais revoir de son vivant. Pas après que la dite personne ne se fasse réduire en cendre, au sens propre du terme, dans une cave à Londres...
Une personne dont le visage était tordu dans un ignoble sourire de victoire, fixé droit sur la fille qu'il traquait depuis plus d'un an maintenant, et dont les doigts crépitaient d'étincelles. Jane ne pouvait voir Orthon, qui était dans son dos. En revanche, elle pouvait voir sa jeune camarade passer d'un léger amusement à une franche terreur en l'espace d'un millième de secondes.
Dans un pur réflexe de survie, Oksa se cacha sous la table – attirant alors tout les regards – au moment exacte ou une salve d'éclairs fondit sur elle. La jeune fille sentit une odeur de bruler, pensant qu'il s'agissait de ses cheveux, mais se rendit compte, avec horreur, qu'il s'agissait d'un élève derrière elle, calciné sur le coup.
Il y eu un flottement de quelques secondes, avant que la panique ne s'empare du reste du réfectoire, alors qu'Oksa tentait de s'échapper en passant sous les tables, jusqu'à la sortie la plus proche.
Jane Watson:
« Une fille à moitié à poil en train de voler dans le ciel ? »
Jane hocha la tête de haut en bas. Sur ce point, elle était ca-té-go-ri-que. Quand elle disait que c’était une ville de cinglés, ce n’était pas une métaphore exagérée. Il y avait vraiment un joli troupeau de dingues dans cette ville. Pour elle, les super-héros n’étaient rien de plus que des individus loufoques se faisant passer pour des justiciers, en quête de gloire .S’ils voulaient vraiment contribuer à aider la communauté, pourquoi ne rejoignaient-ils pas la police ? Elle ne croyait pas à ces rumeurs, comme quoi la police travaillait étroitement avec eux, ou qu’il y aurait un bunker militaire dans la base militaire américaine, abritant des mutants, des monstres, et des pervers sexuels. Pour elle, ça, c’était une légende urbaine, comme les crocodiles dans les égouts de New York.
Oksa semblait y réfléchir, avant de lui lâcher une question un peu surprenante :
« J'avoue que c'est un peu difficile à croire dit comme ça... Par contre, en quoi voler signifie qu'on est taré ? Moi, j'aimerais bien pouvoir le faire, ça m'éviterait de devoir attendre le bus tout les soirs et me retrouver coincée dans les embouteillages pendant des heures. »
Jane sourit, et répondit assez rapidement :
« Nan, ça, c’est plutôt cool, ouaip. Mais, tu vois, j’aimerais pas montrer mon cul à tout une bande de gens quand je vais les sauver. Je préfère montrer ça en privé, à mes copines... »
Une petite pique sexuelle qui fit sourire Jane en coin. Cette Oksa avait l’air d’une espèce d’innocente sainte, vu sa manière de se scandaliser par le sexe, et il était donc particulièrement amusant de voir comment elle réagirait, si on lui faisait, non pas des propositions sexuelles, mais de simples blagues. Sur ce point, elle avait toujours trouvé les mecs idiots : il était tellement plus facile de convaincre une femme en faisant des blagues sur le sexe, plutôt qu’en en parlant de manière cru.
Elle vit alors le visage d’Oksa se déformer en observant un point au-dessus de son épaule. Surprise, Jane se demanda ce qui lui arrivait, et tourna également la tête. Ce geste lui sauva probablement la vie, car, juste devant elle, elle vit une myriade d’éclairs éblouissants. Tandis qu’Oksa filait sous la table, les éclairs heurtèrent ladite table, ainsi que l’homme derrière, carbonisant sur place le pauvre Daisuke, qui venait d’envoyer son dernier SMS. Son corps s’enflamma en quelques secondes et il s’écrasa sur le sol.
L’odeur de brûlé déclencha rapidement l’alarme-incendie. Sous l’impulsion électrique, Jane s’étala sur le sol, et les élèves se mirent à hurler.
*’The fuck ?* songea Jane.
Elle tourna la tête vers Oksa. La jeune fille semblait terrorisée.
« Pollock ! La course est finie ! » rugit une voix.
Jane sentait des mèches de ses cheveux être noircies. La table sur laquelle elle avait mangé avec Oksa s’envola alors, et s’écrasa contre un pilier. Les élèves s’enfuyaient, sans que le mystérieux agresseur ne cherche à les repousser. Il se concentrait sur Oksa, qui rampait sous les tables. L’une après l’une, toutes les tables étaient en train de s’envoler, tandis que l’homme s’avançait. En tournant la tête, Jane vit un homme en costume, avec de belles chaussures cirées, et comprit qu’il s’agissait probablement d’un magicien. L’eau tombait dans le réfectoire.
*Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel ?!*
Jane avait été à ça d’être transformée en cadavre sur pattes. Elle vit l’homme passer devant elle. Il avait une main tendue devant lui s’en servant pour repousser le stables, les envoyant voler dans tous les coins. Son autre main était le long de son corps, et des éclairs intenses en crépitaient. Ce ne pouvait être qu’un magicien. Malheureusement, Jane n’avait pas vraiment les moyens de s’opposer à lui. Brièvement, elle songea à invoquer Sha. À l’académie ashnardienne, on lui avait dit qu’elle était une sorcière, ce qui faisait que sa divinité naturelle protectrice était la Déesse des Sorcières, Sha. Cependant, Jane n’y avait pas trop cru, et on lui avait assuré que c’était une question de foi pour que les divinités entendent leurs croyants.
Jane était athée.
Elle se releva rapidement, tandis que les tables continuaient à faire un ballet endiablé.
« Je t’ai traqué trop longtemps, petite souris, pour que tu penses pouvoir m’échapper en rampant sous les tables. Il est temps, ma Gracieuse, d’accomplir ton destin, et pour moi d’accomplir le mien. »
Jane se releva lentement, à moitié agenouillée. Ce gars n’avait absolument rien à fiche d’elle, et elle chercha une arme quelconque. Elle regarda autour d’elle. Il y avait les couteaux de cuisine, mais ils étaient un peu trop petits pour menacer un magicien. Jane continuait à regarder autour d’elle, tandis que, de son côté, Orthon envoya des tables contre la porte de secours, probablement celle par laquelle Oksa essayait de s’échapper. Il enleva à nouveau une table, et aperçut la jeune femme.
« Ah, enfin ! Et bien, Oksa, tu n’es pas content de me revoir ? Croyais-tu pouvoir te débarrasser de moi si facilement ? »
L’homme n’avait pas oublié sa déconfiture à Londres, mais, maintenant que cette pute était là, devant lui, il en jubilait, presque sur le point d’avoir une érection. Oksa serait la clef lui permettant d’accéder au Cœur des Mondes. Il se rapprocha d’elle, lorsqu’il entendit des bruits de pas derrière lui. Surpris, Orthon se retourna rapidement... Pour se recevoir un jet de crème en pleine figure. Il poussa un hurlement de surprise et de douleur en sentant ses yeux s’irriter.
La super-héroïne Jane Watson venait à la rescousse, à l’aide d’un extincteur ! Elle balançait de la poudre sur la tête d’Orthon, l’aveuglant, et réagit rapidement. Tandis qu’il pliait les genoux, en essayant de nettoyer ses yeux, elle arma son bras, et envoya l’extincteur le frapper en pleine tête. Il y eut un choc sourd. Le cœur de Jane battait la chamade, et elle fit signe à Oksa de venir.
« Remue-toi le cul ! »
Le malade gisait au sol, les yeux embués, mais la stratégie de Jane ne le retiendrait pas longtemps. Aveugle, Orthon tendait sa main, et envoyait voler tous les objets qu’il ressentait dans tous les sens, espérant pouvoir heurter l’une des deux femmes. La cantine se transforma ainsi en un curieux ballet d’objets dangereux et lourds voltigeant dans tous les sens, les chaises se brisant contre les murs, le temps qu’Orthon puisse retrouver l’usage de ses yeux.
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