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Le Parc d'attraction / Re : Lequel des deux est le gros lot ? (Pv JAKE GRIMWOOD)
« Dernier message par Jake Grimwood le vendredi 23 octobre 2026, 12:05:44 »
J'la regarde sortir de sa cachette avec ses oreilles qui gigotent dans tous les sens, une main coincée sous sa poitrine et l'autre occupée à malmener l'une de ces longues appendices blanches. Elle a l'air aussi nerveuse qu'un voleur qui vient de découvrir qu'il a piqué le portefeuille d'un flic. Ses yeux font la navette entre ma gueule et les deux connards étalés par terre. Au moins, elle a l'air entière.
C'est déjà ça.
« Ici !
- Ouais, j'avais remarqué. »
J'essuie mes mains sur mon pantalon en jetant un dernier coup d'œil aux deux types. Le premier se tient toujours l'arcade, l'autre respire comme un soufflet percé. Ils sont vivants, ils peuvent encore parler, et pour l'instant, ça me suffit.
La petite se met à me remercier. Elle bafouille, s'excuse, parle d'argent, de churros et de la soirée qu'elle aurait gâchée. Puis elle commence à fouiller dans son décolleté pour en sortir un billet.
J'baisse les yeux sur le papier, puis sur elle.
« Range ça. »
J'ai pas besoin de son fric. Encore moins de celui qu'elle a probablement réussi à sauver en se tirant d'un endroit où elle n'aurait jamais dû se trouver.
« J't'ai pas sorti de là pour te piquer ton pognon, hein. »
Elle insiste, propose de m'accompagner au stand pour m'en acheter. J'la laisse finir, les sourcils légèrement froncés. C'est presque touchant, cette manière de vouloir rembourser une dette qui n'existe pas. Comme si quelques churros pouvaient suffire à solder une paire de types en costard et une carabine volée.
« Garde tes churros. On verra ça plus tard. »
Puis elle se met à parler de cet homme. Un noble, apparemment. Un connard qui l'a kidnappée pour son bon plaisir et qui n'a aucun droit sur elle. Le mot tombe, et le reste de ma gueule se ferme.
Kidnappée.
J'regarde ses oreilles, ses mains, sa façon de rester près de moi tout en ayant l'air prête à détaler au moindre geste de travers. Ça commence à donner un sens à sa panique, à ces deux gorilles et à la façon dont ils la désignaient comme leur propriété.
Un grondement sourd remue dans ma poitrine. Celui-là, j'le ravale avant qu'il remonte jusqu'à ma gueule.
« Un noble, hein... »
J'ai connu des types qui pensaient que leur fric leur achetait le droit de pisser sur le monde. Des types qui confondaient le pouvoir avec une permission permanente d'être des ordures. Le titre change, les fringues aussi. Le fond du problème reste le même.
J'ai pas le temps d'en demander davantage. Un mouvement attire mon attention sur le côté : la sécurité du parc vient de débarquer. Deux agents s'occupent des gorilles pendant qu'un troisième s'approche de moi, le regard partagé entre les types à terre et ma carrure. Il me demande ce qui s'est passé. J'lui résume la version courte. Deux hommes qui poursuivaient une fille, une arme, des coups, puis une bagarre.
Il regarde les blessés, puis moi.
« Vous allez devoir quitter les lieux. Si ça continue, on appelle la police. »
J'le fixe un instant. J'veux pas retourner en taule.
« Ouais. C'est probablement une bonne idée. »
J'ai pas envie de passer le reste de la soirée à expliquer pourquoi deux armoires à glace ont fini sur le carrelage d'un parc d'attractions. Encore moins avec ma mère qui m'attend quelque part et une inconnue qui vient de m'annoncer qu'un noble la traque.
J'me tourne vers la petite.
« Bouge pas. J'reviens. »
J'fais quelques pas dans la foule, en gardant un œil sur les agents qui extraient les deux types. Ma mère est toujours à l'écart, là où j'lui ai demandé de se mettre. Quand j'arrive à sa hauteur, j'vois tout de suite qu'elle a compris que la journée avait pris un tournant auquel aucun de nous ne s'attendait.
« Bon. La sortie est annulée. »
J'sors mes clés de voiture et les lui tends.
« Tiens. Tu rentres à la maison. J'te rejoindrai plus tard. »
J'attends qu'elle prenne les clés avant d'ajouter, plus doucement :
« Tout va bien, m'man. J'te raconterai. »
J'lui laisse le temps de me regarder, de vérifier par elle-même que j'ai pas une oreille en moins ou un couteau planté dans le dos. Puis j'l'embrasse sur le front, j'lui demande de m'envoyer un message quand elle arrive et j'la regarde s'éloigner.
Ça me fait chier de la laisser rentrer seule après cette journée qu'on devait passer ensemble. Mais j'peux pas non plus faire comme si j'avais rien entendu. La petite est en cavale, deux types viennent d'essayer de la récupérer de force et leur patron a suffisamment de moyens pour les envoyer la chercher.
J'retourne vers elle. Elle est toujours là, avec ses grandes oreilles, son billet et sa proposition de churros. J'secoue la tête, dépité.
« Bon. Viens. »
J'lui désigne la sortie d'un mouvement du menton.
« On va se poser quelque part. T'as besoin de souffler, et j'ai besoin de comprendre ce bordel. »
J'prends la direction de la rue sans chercher à lui attraper le bras ni à la pousser devant moi. Elle me suit si elle le veut. J'vais pas lui imposer ma présence après ce qu'elle vient de traverser. Un peu plus loin, on tombe sur un petit diner encore ouvert. Pas le genre d'établissement qui cherche à impressionner qui que ce soit : des banquettes en skaï, des tables propres, une lumière chaude et une machine à café qui fait un boucan de tracteur. Parfait.
J'lui tiens la porte, puis j'lui laisse choisir sa place avant de m'installer en face d'elle. J'appelle la serveuse, commande un chocolat chaud pour elle et un café pour moi. J'finis par remarquer un détail que l'urgence de la situation m'avait généreusement épargné.
Putain.
Le haut, d'abord. Difficile de passer à côté. Puis le bas, ou plutôt le manque flagrant de bas. Un string, sérieusement. La petite se balade avec un string pour seul rempart contre le monde, et elle vient de traverser un parc d'attractions avec une carabine dans les pattes.
J'détourne les yeux en me raclant la gorge. Du calme, champion. Elle vient de se faire enlever, pas de participer à un concours de beauté. J'ai beau avoir passé des années à apprendre à encaisser les coups, personne m'a jamais appris à encaisser une situation pareille sans avoir l'air d'un con.
J'dénoue mon sweat autour de la taille et le lui tends.
« Tiens. Enfile ça si t'as froid. En ville, c’est pas tellement l’ambiance de se balader les miches à l’air. »
J'la regarde un instant. Sa tenue, ses oreilles, sa manière de se tenir. J'ai pas besoin de lui faire un dessin pour comprendre qu'elle est pas exactement habillée pour passer une soirée tranquille en famille. Elle a froid, elle est en cavale et j'ai un vêtement en trop. Le calcul est pas compliqué.
Le problème, c'est que son odeur me revient par vagues. Quelque chose de doux, de chaud, qui vient gratter un coin de mon instinct que j'aurais préféré laisser tranquille. Mes mâchoires se contractent. J'attrape ma tasse pour m'occuper les mains. Super. Maintenant, même le chocolat chaud va finir par prendre une raclée.
Quand les boissons arrivent, j'attends que la serveuse reparte avant de reprendre.
« Bon. Maintenant, tu vas m'expliquer. »
J'enroule mes doigts autour de ma tasse, sans la porter tout de suite à mes lèvres.
« Pourquoi toi ? Qu'est-ce qu'il te veut, ce noble ? Et qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu préfères te balader avec une carabine volée plutôt que de retourner chez lui ? »
Ma voix reste basse, posée. J'essaie pas de la brusquer. Mais j'ai besoin de savoir à quoi j'ai affaire si j'veux éviter qu'elle se retrouve à nouveau dans les pattes de ces deux connards.
« Et son nom, il a assez de fric ou de relations pour nous attirer des emmerdes si on lui met des bâtons dans les roues ? »
J'bois une gorgée de café. Il est brûlant, amer, et franchement dégueulasse. J'le repose sans commentaire.
« J’suis pas flic. J'veux juste savoir si j'ai affaire à un gros porc qui se croit tout permis ou à un type suffisamment puissant pour faire disparaître les problèmes avec ceux qui les posent. »
J'm'adosse à la banquette. Mes yeux restent sur elle, attentifs à ses réactions, sans chercher à lui arracher une réponse avant qu'elle soit prête à la donner.
Puis j'pose la dernière question, plus simplement.
« T'as un endroit où dormir, ce soir ? »
Parce qu’elle a l’air d’être totalement la définition pure de l’oisillon égaré.









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