Le Grand Jeu - Forum RPG Hentai

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Messages - Weyrith

Pages: [1] 2
1
Thyia semblait faire de l’étonnement sa mission. Après avoir été retrouvée presque morte et être ressuscitée avec fracas, après avoir failli l’occire et avoir éliminé comme rien un maître assassin, après avoir vécu l’intrusion de Mogdarr Côtes-de-Fer comme celle d’une brise d’été et avoir reçu en silence sa question, sa réponse passa totalement à côté. En fait, elle ne répondit pas, ignorant la préséance de la parole et des interrogations d’un monarque guerrier pour se tourner vers ses propres observations. L’Elfe pouffa en constatant à quel point cette créature, élémentaire et sauvage, semblait se foutre éperdument de tout code social.

« Tu sors d’où, toi ? »

Sans doute de l’eau. Il s’attendait à ce genre de réponse et leva la main pour montrer que la réponse importait peu. Elle l’amusait et il était prêt à l’amuser aussi. Après tout, un être si puissant pouvait bien prétendre à sa propre importance.

« Et tu es bien étrange, toi aussi, observa-t-il juste, finalement. »

Au sourire de l’empereur répondit celui de la belle et mystérieuse élémentaire, et Weyrith leva un sourcil curieux en la voyant véritablement sourire pour la première fois depuis leur rencontre. L’être libidineux qu’il était se demandait déjà ce que ce sourire pouvait bien signifier et s’il avait éveillé un intérêt sérieux chez elle. Il se demandait si elle avait vraiment un con, ou si ce n’était qu’une vague imitation esthétique qui faisait mascarade entre ses jambes depuis tout à l’heure. Quelle sensation est-ce que ça ferait ?

Ses paroles le confortèrent dans son biais et son préjugé et il ne réagit pas en constatant que des filets d’eau coulaient vers lui. Son sourire s’élargit plutôt, légèrement prétentieux et essentiellement joueur, et il leva fièrement le menton en laissant ce curieux rideau d’eau se dresser devant lui. Il restait entouré par les Vents, par réflexe et par prudence, et toujours prêt à dévier à tout instant. En vérité, il ne s’attendait absolument pas à ce qui s’apprêtait à le toucher.

Mais, derrière l’arrogante confiance, un picotement inquiet commença à le gêner à l’arrière de la tête. C’était comme si une alarme se réveillait à une menace insoupçonnable et encore non identifiable. Une manifestation de cette nature qu’il ne connaissait pas et qui réagissait au pouvoir menaçant des abysses primaires desquels Thyia s’était extraite pour arriver jusqu’ici. Un rictus incertain troubla son sourire et sa posture changea. Ses bras croisés se desserrèrent et son menton retomba, ses yeux glissant sur les ténèbres s’épaississant devant lui.

« Qu’est-ce que c’est ? »

Sa voix ne manifestait pas de peur, mais une appréhension instinctive. Une part inconsciente de lui savait ce qui allait se passait et voulait lui crier de se mettre à l’abri, mais aucun son ne perçait le silence embrumé de son esprit déjà saisi. Il était déjà perdu, mais il ne le savait pas encore. Seule la voix de Thyia lui parvint, comme un lugubre écho caverneux lui parvenant de toute part.

« Ce qui… »

Il marmonna, chercha ses mots, mais ne trouva rien. Il ne trouva qu’un seul mot pour exprimer son désarroi et cette curieuse dissolution de ses pensées contre laquelle il ne pouvait rien.

« Quoi ? »

Et ce fut le noir.

Le noir total.



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« Weyrith ? »

Il ne voulait pas se lever. Les draps étaient trop doux.

« Weyrith… »

Non !

« Debout, petite carotte ! »

Des grattements effleurèrent les plantes de ses pieds qui pointaient hors des draps. Il s’agita, grogna, jura, puis se mit à rire. A rire aux éclats. Une main se posa sur sa bouche pour le faire taire, et il ouvrit les yeux. Sa mère se tenait au-dessus de lui, souriante, et lui fit signe d’un doigt sur les lèvres de ne pas faire trop de bruit. Weyrith sourit malicieusement.

« J’entends encore l’outre à vin ronfler. »

« Et tu le réveillerais ? »

Elle lui fit une grimace. Il ricana, et elle sourit, se pencha pour l’embrasser sur les joues, puis le front, et il râla en la repoussant.

« Maman ! Je suis grand, maintenant ! »

Mirwen pouffa en se relevant, ses longs cheveux blonds et raides la suivant en reflétant la lueur du matin.

« Oh oui ! Tellement grand ! Ouh la la ! D’ailleurs, Monsieur le grand dadais, allez donc me chercher de l’eau au puits avant que votre père se réveille ! »

Weyrith souffla, grogna et se laissa aller sur le lit, bras en croix, avant de taper des pieds d’énervement et de sauter au sol. Il se hissa sur les échasses qui lui faisaient office de jambes et glissa ses pieds dans ses bottes crottées avant de lever la tête vers sa douce maman.

« Est-ce que c’est vraiment mon père ? »

Comme toujours, Mirwen esquiva en se détournant et en agitant une main entre eux.

« Quelles questions tu as ! Et toujours celle-là ! Tu n’as pas honte ?! »

« Pourquoi est-ce qu’il ne peut ni me voir, ni même m’entendre, alors ? »

« Que de curiosité, soupira la Haute-Elfe ! Tu veux vraiment en faire ton père ?! »

Weyrith la fixa d’un air entendu. Il ne savait rien, mais il savait. Au fond de lui, il savait que c’était impossible. Le baron n’était pas son père. Et il ne jugeait pas sa mère. Il l’aimait et elle lui suffirait en ce monde, si seulement elle pouvait être sincère avec lui. Finalement, elle soupira encore et se frotta le front en se retournant vers lui, embarrassée, inquiète.

« Quand tu seras adulte, je te dirai tout. Tout ! D’accord ? »

Le jeune Elfe fit la grimace, mais il ramassa les deux seaux sans rien dire avant de s’engager hors de la chambre, descendant les marches quatre à quatre pour descendre jusqu’au cellier souterrain où un large trou humide faisait office de puits. Il accrocha un seau après l’autre pour le faire descendre, puis le remonter à la force de ses bras. C’était devenu facile. Il avait déjà demandé de plus grands seaux, songeant à se faire de meilleurs bras et de plus gros bains. Bercé d’ennui, il se décida à le chasser en fredonnant, mais bientôt il poussa la chansonnette de plus en plus fort à mesure qu’il s’enjaillait. En ramenant le second seau, il marqua une pause, et regarda derrière lui, vers l’escalier sombre, où il avait cru entendre un bruit. Mais il n’y avait rien. Alors, il finit sa chanson à voix basse et prit ses seaux remplis pour les remonter.

La remontée était quand même plus difficile. Bien chargé, il mettait du temps à atteindre le sommet de la tour où l’attendait sa mère. Et en approchant, il entendit de plus en plus nettement de forts éclats de voix. Une dispute faisait rage, là-haut. Qui ? Comment ? Weyrith hésita. C’était le baron. Il n’avait pas rendu visite à sa mère depuis longtemps, mais cela arrivait. Il l’incendiait, l’insultait. Il en avait connu d’autres, caché dans un coffre ou une armoire, à se boucher les oreilles en retenu ses reniflements apeurés. Mais ça, c’était avant qu’il devienne un grand garçon. Presque un homme !

Il en avait assez ! Il comptait bien exister, et pour cela défendre sa mère, et sa propre peau s’il le fallait. Le vieil humain ne pouvait rien contre lui. Et comme il entendit un claquement sonore et une plainte, il lâcha les seaux, les laissant tomber et rouler dans les escaliers en se mettant à courir. Il arriva à la porte de la chambre, l’ouvrit grand, prêt à rugir et à sauter à la gorge de l’homme. Mais il se figea, bouche bée, les yeux écarquillés en voyant les longues mèches blondes de sa mère se balancer en l’air, puis retomber, disparaissant derrière la silhouette du baron et le cadre de la fenêtre.

Il y eut un moment de silence. Weyrith ne pouvait plus bouger. Il ne comprenait rien. Il ne voulait pas comprendre. Et le baron, lui, ne bougeait pas non plus. Haletant, il contemplait ses actes avec une colère brûlante qui, peu à peu, se refroidit et se transforma en fiel. Quand il se retourna enfin, il tomba nez à nez avec le garçon aux cheveux noirs, au teint pâle et aux oreilles pointues. Surpris, il ne l’attaqua pas. Weyrith se ressaisit et en profita pour se jeter sur lui, mais il avait très mal jugé des aptitudes de l’Humain, qui l’attrapa au vol et le fit tourner en l’air pour le jeter contre le mur de pierres. Le rugissement du garçon s’éteignit dans un hoquet douloureux et il se roula en boule par terre en se plaignant, avant de récolter plusieurs coups de pieds fulgurants. La douleur était horrible et il se recroquevilla.

Il s’attendait à mourir, mais l’homme l’attrapa par le col malgré ses protestations et ses tentatives de lui échapper, et le souleva en l’air. Le barbu gris et trapu le tint en respect au-dessus du sol d’un seul bras et le détailla avec son regard jaune d’alcoolique. Un rictus mauvais se faufila sur ses traits, mauvais présage, tandis qu’il reniflait de son nez rougi par les veines éclatées.

« Alors c’était ce fils de chienne d’oreilles pointues… »

En l’observant, il semblait avoir reconnu l’homme qui l’avait déshonoré et lui avait fait pousser des cornes. Le baron cocufié rit avec un dépit cruel et raffermit sa prise sur Weyrith, semblant peser ses options en silence avant de lui parler de manière très claire et bien intelligible :

« Je ne vais pas te tuer, petit. Mais tu vas rêver que je le fasse. »

Weyrith trembla, mouilla son pantalon, et son regard se détourna. Tout se troubla comme une silhouette étrange d’air vicié semblait tourbillonner à la fenêtre. Elle regarda en bas, puis elle le regarda, lui. Et elle sourit.



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« Nooooon !!! »

Weyrith s’attacha au pouvoir cauchemardesque de Thyia et, l’espace de quelques secondes, reprit presque contact avec la réalité. Il lui jeta un regard dévasté et furieux à la fois, rempli de larmes, en l’invectivant les dents serrées.

« Qu’est-ce que tu me f… »



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Sa piètre lance de chasseur trouva la faille dans l’armure de plates rutilante du chevalier errant. L’homme l’avait pris pour un vagabond. Ces terres étaient devenues si sauvages, abandonnées, qu’il était facile de présumer que plus personne n’aurait de pouvoir sur elles. Après avoir enterré le vieux garde qui l’avait aidé à survivre aux traitements et exigences du baron, le matin même, l’Elfe, jeune adulte robuste et vaillant, était, avec son maître, le dernier habitant du château qui, autrefois fier, tombait en ruines sous le poids de son propre âge.

Le manche de bois s’enfonça profondément entre les plaques, transperçant le cœur du guerrier prétentieux dont le cheval continua la course. Il bascula, renversant Weyrith. Le pied de lance se planta dans le sol et catapulta son corps tandis qu’un éclair de lucidité semblait naître chez lui. Après avoir été absolument inébranlable dans ses capacités et sa conviction, il se voyait soudain mourir des mains d’un coureur des bois et semblait se demander pourquoi. Il alla s’écraser sur le sol plus loin tandis que l’Elfe grommelait en frottant ses contusions. Il observa le cadavre, immobile, silencieux, en considérant ses options. Derrière les arbres, le vent souffla, et un ricanement malveillant sembla accompagner la scène lugubre d’un sinistre présage.

Plus tard, il arriva dans la cour du château sur le cheval du défunt et il alla dans la salle d’audiences y étaler son butin : l’armure, les armes et les biens du chevalier errant. Sous le coup du vacarme, le baron enivré était venu, toujours robuste malgré les années et les excès, et il examina la situation en silence.

« Nous devons renvoyer les affaires à sa famille. »

Weyrith comptait suivre les usages et espérait que les armoiries parleraient à l’autre Humain, qui ne répondait cependant pas. Il fallait bien dire que son esprit tendait à… ralentir… dernièrement.

« J’ai agi en légitime défense. »

« En légitime défense ? »

La réponse directe et mauvaise du baron ne l’étonna pas, mais il tourna vers lui un regard grimaçant plus inquiétant que d’habitude.

« Tu crois que je vais avaler ça ? Que quiconque croira qu’un jeune Elfe en guenilles armé d’un arc et d’une lance de jet a tué un chevalier en armure en combat loyal ?! »

Weyrith frissonna, se prépara à répondre, mais s’arrêta, les yeux ronds, reculant d’un pas comme il sentait que quelque chose allait se produire. Il ignorait ce qui lui donna la puce à l’oreille, mais le baron devint fou furieux et se jeta sur lui. Grâce à son instinct, l’Elfe le frappa derrière la tête en l’esquivant et il laissa le vieil homme à terre, sonné.

« Je m’en vais. »

Il avait bien aspiré à une figure paternelle à suivre. Il n’en avait pas eu, sinon celle du vieux garde dont il faisait encore le deuil. Rien ne le retenait plus ici. Il avait bien espéré en faire un jour son domicile, mais il n’avait été ici qu’un étranger. Il était temps de partir. Il rejoignit la chambre de sa mère, qui était un peu devenue la sienne et où son fantôme rassurant semblait encore flotter, le réconfortant dans les pires journées. Il prépara un sac, nerveux, mais déterminé. Et il n’entendit pas l’homme se glisser derrière lui.

Le combat suivant ne fut pas à son avantage. Surpris, il fut dominé, tentant de fuir mais progressivement acculé, par-delà la chambre, au sommet des marches de la tour, sur le poste de vigie glissant au toit absent, ouvert sur le ciel. Les vents se rassemblèrent autour de la scène en sifflant tandis que le baron battait Weyrith, le mettait à terre, le poussait au sol et finissait par le soulever. Il lui fallut les deux bras, et il ne pouvait plus le soulever hors de terre, mais il pouvait encore le traîner en déséquilibre. Le jeter du sommet de la plus haute tour de son château. Enfin être débarrassé de cette malédiction.

Une rafale de vent soudaine le déséquilibra et le fit trébucher. Il dût lâcher Weyrith pour ne pas basculer par-dessus bord et le jeune Elfe se réceptionna avec succès tandis que l’Humain perdait pied et glissa dans le vide, se retenant par une vieille et solide plante grimpante ayant trouvé son chemin jusque dans la vieille pierre émoussée à ce point si éminent. Le jeune homme se releva et contempla la situation. Les vents soufflaient, sifflaient autour de lui, mais il ne voyait rien. Il contemplait à son tour son choix et ne remarqua pas la forme sombre glissant dans les courants aériens, et qui souriait avec exultation.

« Tue… »

Les mots se glissèrent comme un murmure à ses oreilles, puis se répéta. Weyrith ne voulait pas tuer. Il en avait assez de côtoyer la mort. Il en avait assez d’être seul. Il serra le poing et des larmes coulèrent sur son visage. Mais le mot continua de se répéter, et de s’amplifier, devenant un mantra simple, incontestable et hypnotique.

« Tue ! Tue ! Tue ! Tue ! Tue ! Tue! TUE ! »

Il avait saisi l’épée avec laquelle le baron avait voulu le tuer. Il en tourna la pointe vers le bas, s’avança jusqu’au bord et croisa le regard de l’homme qui, geignant, cessa de lutter en comprenant son sort. Il eut une expression médusée, mais accepta et, à grand peine, Weyrith abattit l’épée sur les doigts de l’Humain une première fois. Il souffla, Renifla. Se maudit. Mais une vague de joie malsaine s’éleva en lui à la vue du sang et de la souffrance de son tortionnaire. Et la voix tonna en lui une dernière fois.

« TUE !! »

L’épée frappa. Encore. Encore. Et encore. Il ne visa pas clairement, taillada au hasard, meurtrissant l’homme et le faisant crier de terreur et de douleur tandis que ses efforts faisaient gicler l’hémoglobine de ses plaies. Finalement, il n’en put plus, et il tomba. Weyrith, lui, le regarda, absent, essoufflé, tétanisé. Il contempla la conséquence de ses actes. Autour de lui, un rire triomphant et malveillant résonna, et les vents s’en allèrent. Il resta là, totalement seul, loin au-dessus du cadavre du baron.

Et il sourit.



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Weyrith luttait. Il voulait s’arracher à ce cauchemar, cette version viciée de sa vie dans laquelle un être mystérieux tirait les ficelles.

« Arrête !! »



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Les scènes se succédèrent.

*

Il était soldat d’Ashnard, arrachant des tributs, appliquant la loi impitoyable de l’Empire et passant ses ennemis au fil de l’épée. A ses côtés, Nolovar ricanait en comptant des dents en or.

*

Il était passé par le sang et par une cage et Nolovar avait convaincu Mogdarr, le terrible chef de bande victorieux, de les prendre à son service. Une Elfe attrapa Weyrith et le jaugea, lui mit un coup de genou dans le ventre et un crochet dans les dents.

« Je suis Vanaiel ! Rappelle-t-en bien, sac à merde, ou je te ferai regretter d’être né ! »

*

Un mage nommé Lodohen méditait avec lui. Il lui parlait d’un Oracle, lui affirmant avec une grande conviction qu’il devait le trouver.

*

Vanaiel et lui se battaient dans la chambre d’une jolie maison du bourg dont ils avaient pris le contrôle, sur les terres de Nexus. Leurs lames sifflèrent, crissèrent. Ils se frappèrent avec les poings, s’attrapèrent les cheveux, s’insultèrent en grognant. Ils se retrouvèrent au sol en luttant corps contre corps. Ils étaient nus. Pris dans un ex aequo, ils éclatèrent de rire, s’embrassèrent, et ils firent l’amour sur le tapis duveteux.

*

L’Ordre Immaculé était venu avec toute une armée. Ils n’avaient eu aucune chance. Mogdarr avait ordonné l’assaut pour tenter de briser le siège. En vain. Une boucherie terrible s’était déclarée et, si les bandits vaillants se montraient capables de tuer plus qu’on ne leur infligeait de morts, ils fatiguaient et se faisaient noyer sous le nombre. Un par un, ils trépassèrent. Weyrith, Vanaiel et Nolovar avaient été isolés ensemble.

« Il faut partir ! »

« Non ! Jamais ! Il faut sortir les autres de là ! »

« Abruti ! Elle a raison ! On va tous crever si on ne se barre pas maintenant ! »

Nolovar pouvait être dur dans ses propos, mais il avait raison, évidemment. Weyrith se sentit submergé d’émotions intenses. Il était désespéré pour ses amis. Terrifié pour lui-même. Il haïssait les soldats sacrés de l’Ordre. Il n’en pouvait plus.

« On doit bien pouvoir faire quelque chose ! »

« Putain ! Crétin ! Viens là ! Bouge ! »

Nolovar voulut l’attraper. Il le chassa. Le vent se levait, commençant à battre le champ de bataille en portant poussière et feuilles avec lui. Vanaiel s’interposa à son tour, prenant son visage entre ses mains. Elle l’embrassa, retenant son attention, et planta son regard dans le sien, paniquée. Il ne l’avait jamais vue comme ça et il en fut interloqué.

« Weyrith. On y va. »

Elle l’avait prononcé avec un tel allant que l’affirmation fit mouche. Il s’arrêta, contempla le désastre et vit Mogdarr, se débattant avec une dizaine d’adversaires, recevoir une lance dans le flanc en meuglant, trébuchant et disparaissant sous les capes blanches tâchées de rouge. Il serra les dents, grommela, prit une profonde inspiration et hurla :

« MEEEEEEERDE !!!! »

Le vent se leva encore et s’intensifia. Il commença à balayer les rangs, déséquilibrant les combattants, les aveuglant, rendant la cohue impossible à suivre et l’affrontement délicat. Des bandits parvinrent à rompre le combat et à se disperser. Certains trouvèrent leur chemin jusqu’à lui, et Weyrith les observa avec gravité tandis que la tempête soudaine se transformait en cataclysme.

« On y va. »

Il partit avec ses quelques compagnons d’infortune, laissant derrière lui la bataille en pleine tourmente.

*

Il délaissa sa troisième pinte avec dépit. Vanaiel l’observait en silence, avec inquiétude, tandis que Nolovar jouait avec une pièce de cuivre en faisant la grimace. Il y eut une bagarre. Il ne se rappelait pas pourquoi, mais un barbare oriental, Yoritomo, les salua avec son élégance étrange et les rejoignit. Il aimait parler de Destinée. Perdu, Weyrith avait besoin d’un cap. Il se mit à la recherche de l’Oracle.



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Encore une fois, il se tira de la transe cauchemardesque, grinçant des dents, résistant de toutes ses forces. Une douleur terrible lui vrillait l’esprit.

« Non… Pitié… »

Il ne lui arrivait plus d’implorer. Mais il était au-delà de ses limites. Il avait l’impression de mourir. Et pourtant, il tenait encore. Il résistait.

« Je ne… veux… pas… voir… »



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Il avait ressenti la même chose d’autres fois. La première, il avait été dupé par le vieux hiérophante et sa rouquine de femme, bien trop jeune pour lui. Il aurait dû se méfier de ces deux-là, mais il ne savait rien en ce temps. Il avait perdu connaissance et s’était réveillé près de leurs dépouilles, la femme éventrée, le prêtre démembré. Quand ses amis l’avaient réveillé, il ne savait qu’une chose : elle lui avait donné le chemin du Temple des Vents, où siégeait l’Oracle.

Les Vents.

Toujours les Vents.

Il se rappelait.

C’était impossible. Mais il se rappelait.

Une tempête d’énergie pure posséda son corps et ses yeux virèrent au rouge. Ils s’enflammèrent, et il crépita d’une puissance tirée de la machine qui tentait d’aspirer son âme elle-même. Il la vida, la détruisit, et se jeta sur le vieux mage qui, tétanisé, se laissa occire à mains nues avec une brutalité bestiale. Le sang était partout.

Il avait récupéré son épée en l’invoquant dans sa main tendue. Ce qu’il n’avait jamais fait. Et il s’avança vers la rousse, qui restait recroquevillée là en implorant qu’il l’épargne. Elle pleurait, son mascara coulant sur ses joues tandis qu’elle lui jurait de lui donner ce qu’il cherchait. Il l’écouta, puis l’éventra malgré tout, prenant un plaisir malsain et terrifiant à sentir le sang s’arrêter de pulser sous la pulpe des doigts fermés sur sa gorge.

Les yeux verts de Lethyssia se fixèrent dans les siens. Elle toussa une gerbe de sang rouge vif et sourit avant de s’éteindre.



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« Non… Ce n’est pas vrai… Je n’ai aucun… souvenir de… tout ça… Je… Je vous en prie… Je ne veux… pas… »

2
L’affrontement fut d’une brutalité rare, attirant une bonne partie du cortège tout en le tenant à distance. On ignorait quoi faire. Certains montaient une intervention sans trop savoir s’ils devraient s’exécuter. On se mit à chercher des informations vers le sommet de la hiérarchie, pour comprendre, pour définir un plan.

Avant que tout ça se profile, tout était fini.

Dans la salle d’eau, Weyrith vit le bassin exploser et le corps de la créature se liquéfier pour se projeter vers lui. Il n’eut pas une seconde pour réagir et son instinct fut de concentrer les Vents autour de lui afin qu’une bulle le protège. Mais le guerrier savait que cette perturbation ne pouvait s’entretenir éternellement dans un milieu aqueux. Elle finirait par s’étouffer, sa réaction stoppant en laissant l’Empereur face à la fureur de l’élément primordial prêt à l’engloutir. Il devait réfléchir vite pour ne pas mourir, trouver un moyen de…

La seconde suivante, il comprit que l’attaque n’était pas pour lui. Un bref hoquet l’avait alerté avant que la bouche et le nez de l’assassin soient immergés dans cette bulle d’eau vivante. Le réflexe l’avait condamné, ses poumons se remplissant instinctivement d’eau en relâchant leur air par grosses bulles paniquées tandis que l’intrus cherchait instinctivement à survivre, avalant en se débattant, en tendant de griffer, agripper, lacérer. En vain.

Prudent, gardant les Vents près de lui, Weyrith, la tête légèrement penchée sur le côté, observa la scène d’yeux curieux, fixant le visage anxieux de celui qui avait voulu le tuer et voyant la vie quitter son corps. Il s’affaissa lorsque l’eau commença à se résorber au sol pour retourner vers le bassin détruit. Les Vents la tinrent à distance par prudence et réflexe, et l’Ashnardien se tourna lentement vers la silhouette se reconstituant maintenant au milieu des débris. Son regard croisa celui, abyssal, de Thyia, et ses mots lui tirèrent des yeux arrondis une seconde avant qu’un sourire amusé se dessine sur ses traits.

Et l’Empereur commença à glousser, faisant un pas de côté pour se mettre de profil, avisant la victime et la détaillant quelques secondes avant de retourner son attention vers elle.

« C’était un maître du Kor-ap-sham, fit-il remarquer, comme si elle allait en saisir le sens et la valeur de l’individu qu’elle venait de tuer. »

Face au manque de réaction, les gloussements se transformèrent en un rire vicieux. Mais de lourds pas annonçaient déjà une interruption avant que Mogdarr ne débarque, enfonçant la porte en la faisant éclater et se présentant avec une énorme hache et une escorte de gardes d’élite.

« Majesté ! cria l’Orc en se préparant au combat. »

« Repos, Mogdarr ! »

Le général s’arrêta, sans trop comprendre. Puis, il regarda l’assassin au sol avant de revenir à sa salle d’eau anéantie et au duo se tenant là. Il dévisagea son ami joueur et l’inconnue, immobile, froide, qui se tenait là, bien vivante et en forme. Il abaissa son arme et fut imité par ses hommes, mais un reniflement mauvais en parvint tout de même.

« Vous auriez pu éviter de tout casser. Où je vais me laver, maintenant ? Dans l’auge des béhomants, comme quand on battait la campagne ? »

« Cette salle méritait un rafraîchissement, général. Je veillerai à ce qu’elle soit rebâtie avec tout le confort qui t’est dû, la rassura Weyrith avec humour. »

Mogdarr bougonna, inspira profondément, soupira, mais il fit signe aux gardes de sortir et s’abaissa bien bas pour saluer cet être plus petit et frêle que lui qu’il reconnaissait sans jamais hésiter comme son supérieur.

« Tu veux qu’on envoie un dragon sur un de leurs bastions, Majesté ? »

« Le jeu est ainsi fait, Mogdarr. Nulles représailles contre le Kor-ap-sham ! »

L’Orc grogna, mais il accepta, et se retira en laissant la porte béante, désormais assortie au reste des lieux. Enfin seuls, ou presque, Weyrith et Thyia purent encore discuter.

« Alors… Thyia… Tu cherches des adversaires de taille, c’est ça ? »

3
Lorsque la créature ouvrit finalement les yeux, Weyrith eut un mouvement de recul. Il ne s’agissait pas de peur, mais d’un réflexe défensif. Il ne savait pas à quoi s’attendre, mais il ne s’attendait certainement pas à la férocité tranquille de ces iris d’un turquoise glacial lui rappelant la banquise qu’inspirait sa pigmentation d’albâtre. Leur dureté posée inspirait une force cachée et brute qui mit le guerrier immédiatement en garde. Ses sens, déjà à l’affût, se concentrèrent sur elle et ses alentours. Il repéra le trouble du bassin sans pouvoir vraiment l’identifier, mais il sut que le milieu aqueux autour d’elle, et auquel elle était étroitement liée, vivait autour d’elle.

Lorsqu’elle ouvrit enfin la bouche, ses mots lui arrivèrent avec un délai troublant, comme si l’air auquel elle était accoutumée n’était pas le même. Comme si elle n’avait jamais été faite pour communiquer ici, avec lui, avec ses semblables. C’était un être d’un autre milieu, d’un autre monde. Elle le lui confirma en refusant son autorité, le scrutant tout en affirmant son indépendance à son égard. L’Empereur se révéla assez contrarié par cette posture, car partout où il posait le pied la loi d’Ashnard prévalait. Le fort commandait et, partout où il posait le pied en personne, sa force prévalait. Même sur les terres nexusiennes, en campagne, il contrôlait ce qu’il touchait, leur loi ne revenant qu’à son départ et au retour des troupes de la vaste mégalopole. Alors, il se moquait bien d’où elle pouvait venir. Elle était sous son autorité.

Il s’attendait à devoir faire prévaloir son droit à commander. Si elle ne le connaissait pas, elle le connaîtrait bientôt. Le rapport de force entre les deux individus s’installait rapidement et la manière dont elle donna son nom fit pressentir à l’Elfe le combat à venir. Il ne tira pas d’arme, cependant, ni ne chercha de quoi se défendre. S’il avait bien cerné cette Thyia, il n’en aurait pas besoin. Il ne serait qu’encombré.

Et, en effet, l’attaque arriva, soudaine, brutale. Une ligne d’eau se matérialisa entre eux, fonçant sur lui, cherchant à le frapper. Elle ne visait rien de vital. Peut-être ne connaissait-elle pas sa physiologie. Elle ne frappait pas à un endroit avisé non plus. Peut-être n’était-elle pas une guerrière. Quoi qu’il en soit, elle arriva vite et sans crier gare. Weyrith serra les dents et jura en se projetant sur le côté. Les Vents le portèrent, le faisant glisser sur le parquet, tandis qu’une bourrasque invisible brisait la lame aqueuse, la faisant plier pour l’éloigner l’instant nécessaire, et la maintenant à distance. Mais le fameux bretteur qu’il était savait que le danger pouvait venir de partout dans ce bassin, et il focalisa son attention non pas sur elle, mais sur l’eau. Il ferma les yeux, se concentra et écouta.

A la surface, une autre perturbation fit frémir l’air, secouant ses particules invisibles. Il en fut alerté. Inconscient de ses pouvoirs très puissants, il mettait souvent ses capacités sur le compte des mauvaises choses, s’imaginant un sixième sens ou des réactions instantanées lorsqu’il ne réagissait qu’à une vitesse normale à des choses qu’il avait senti instinctivement sans le comprendre. Il pivota, cette fois, au moment où la lame se forma, glissant si soudainement qu’il fut très brièvement flou à l’œil du commun. Et il rouvrit les yeux pour planter ses iris couleur lavande sur elle, dans lesquels ses pupilles brillaient d’un feu ardent.

« Tu n’as pas l’air de comprendre face à qui tu te trouves, Thyia. Laisse-moi faire des présentations d’usage ! »

Furieux, il s’élança vers le bassin. Une lame tenta de l’atteindre, mais un geste rageur du bras s’accompagna d’un tourbillon d’air qui empêcha l’eau de garder une structure cohérente en surface. Dans le même temps, il empêcha malgré tout Weyrith d’avancer jusqu’à elle, permettant à Thyia de monter une défense.

4
Le temps passait, lentement. Weyrith n’était pas homme à patienter, mais il était aussi curieux. Bien des gens étaient déçus qu’il ne mette pas cette curiosité au service de son éducation fort lacunaire, tandis que ses adversaires s’en réjouissaient. Mais il pouvait se montrer curieux, et alimenter une patience insoupçonnée juste pour savoir, pour satisfaire cette curiosité.

Cette femme, cette créature, allait-elle survivre et se reconstituer, comme le mage semblait l’avoir pensé ? Il n’en savait rien, mais il était bien curieux de pouvoir en témoigner. Il avait déjà vu un élémentaire d’eau, une fois, et c’était une manifestation magique bien plus mystérieuse et étonnante qu’elle. Bien sûr, nul ne lui avait dit qu’elle était un élémentaire, mais telle était sa perception, puisqu’elle était si liée à l’eau ; une approximation destinée à combler l’ignorance.

Bien sûr, il ne passa pas le temps à ne rien faire, la fixant sans un mot ni un geste. Il eut droit à la visite de Mogdarr, qui se montra bien contrarié de devoir aller se laver au bassinet comme à l’époque des maraudes avec ses compagnes, mais ne protesta pas outre mesure. De ses compagnons, en dépit du gabarit, il était sans doute le plus obéissant. Et cela remontait à loin, à cette époque où ils s’étaient retrouvés et où Weyrith, mû par la prophétie de l’Oracle, avait imposé son autorité sur lui en combat singulier. Rien, depuis, n’avait laissé penser au fier Orc que les choses puissent en aller autrement entre eux. Puis, il y avait eu quelques serviteurs cherchant à le satisfaire, des missives passées oralement par la porte ; tous déboutés au demeurant, laissant finalement l’Empereur et sa mystérieuse compagnie seuls.

Il s’était installé dos au mur et avait fermé les yeux, semblant faire la sieste, quand elle avait fini par bouger. Il l’avait vue se rétablir entièrement, mais jamais manifester la moindre trace de vie, et il s’était demandé si elle pouvait le voir ou le percevoir d’une manière ou d’une autre. Gardant les Vents autour de lui, il avait ainsi feint le repos et, enfin, un léger mouvement provoqua une ondine à la surface de l’eau dans de légers clapotis. Et Weyrith ouvrit les yeux, appelant à lui plus de vents. Il les garda hors d’ici, les faisant se rassembler en rafales tourbillonnantes, invisibles, et imperceptibles d’ici, mais se prépara à se défendre tandis qu’il se redressait.

Lentement, curieux mais prudent, il fit un pas après l’autre en direction du bassin où reposait toujours la blanche créature, immobile, sans vie en apparence, mais bel et bien éveillée. Il en était certain. Il approcha jusqu’à pouvoir bien la voir, abordant sa nudité avec l’indifférence d’un homme en ayant vu d’autres, et attendit quelques secondes de voir un autre geste la trahir ; en vain.

« Tu caches bien ton jeu, dit-il alors. Mais je te commande de me dévoiler ton nom ! Car je suis Weyrith, Empereur d’Ashnard et ton maître de droit en ces lieux. »

Se sachant bien épié, il se prépara à tout, se positionnant subtilement de manière à s’apprêter au combat.

5
Nexus désignait par Contrées du Chaos tout ce qui se trouvait au-delà de son territoire, et y incluait Ashnard. Ashnard, évidemment, désignait par ce terme tout ce qui se tenait entre Nexus et l’Empire. C’était une vaste terre de royaumes épars, mineurs et désunis, et de territoires anarchiques ou décentralisés, aux mains de clans et de tribus sans rois, que les vastes armées traversaient pour se faire la guerre et taxaient de multiples façons à chaque fois. Bien sûr, qualifier Ashnard de chaotique n’était pas usurpé, mais jamais l’Empire n’admettrait de voir son instabilité caractéristique lui valoir la même place que les entités barbares qu’il qualifiait comme telles.

Ainsi, Ashnard mettait un point d’honneur à affirmer sa supériorité. Son influence se ressentait loin et, lorsque ses armées se mettaient en marche, elles faisaient trembler la terre de leurs pas, roues et fers, et l’air de leurs cors, clairons et percussions. De larges et vastes colonnes se mettaient en mouvement pour la moindre offense, écrasant tout sur leur passage et ne laissant rien derrière elle de ce qui avait déconvenu à l’Empereur.

L’Empereur Weyrith survolait ce jour-là une colonne de son vieil ami Mogdarr tandis qu’elle faisait chemin vers un bastion d’Orcs devenu trop puissant et désobéissant. Il était temps de réduire leur nombre drastiquement et de les disperser, comme cela se faisait de tous temps et depuis toujours. C’était un bon moyen de garder les troupes en forme et de leur faire un rappel des bases. Les Orcs étaient des adversaires désordonnés mais redoutables. Face à eux, une discipline de fer et une stratégie adaptée faisaient la différence entre victoire et défaite, et chaque rencontre avec eux rappelait aux hommes l’utilité d’une bonne organisation.

Mogdarr, lui aussi, pourrait faire usage du rappel. Lui-même était des races ogresques et devait se voir parfois rappeler l’intérêt de la patience et de la planification au combat. Lorsque Weyrith posa son immense dragon noir sur l’énorme chariot de commandement du général, son ami monta jusqu’à lui pour l’accueillir de sa stature monumentale, frappant l’alliage enchanté de son armure de jais et d’or du plat d’une main qui eut aussi bien pu être un gantelet d’acier nain.

« Tu nous fais l’honneur de ta présence, Majesté ? »

« Il y a trop longtemps que nous avons croisé le fer ensemble, mon ami. Et je me lasse des batailles rangées. Le chaos orc me fera le plus grand bien. »

Mogdarr éclata d’un rire gras et sonore qui fit sursauter les vigies et le mage clairvoyant présents sur le toit du chariot.

« Y en a qui doivent déjà paniquer au palais ! »

« Ou se préparer à prendre ma place. Je m’en chargerai en rentrant. »

L’empereur eut un sourire sadique à ces paroles et il descendit vers les appartements du général afin de discuter campagne, mais aussi et surtout aventures, femmes et bagarre.


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La bataille avait été sanglante et victorieuse. Les forces ashnardiennes avaient combattu avec ardeur, supportant l’assaut orc incessant derrière des formations de barrage maîtrisées et à l’aide de roulements synchronisés des troupes, décimant les rangs ennemis à l’aide de flèches, de sorts de destruction et de boulets jusqu’à ce que la masse critique soit atteinte. L’élite avait alors sillonné les rangs et était entrée dans la bataille, rencontrant des ennemis furieux, mais épuisés, qui résistèrent peu avant d’être mis en déroute par le mélange de sortilèges de combat et d’acier runique qui leur était opposé. Les campements avaient été abandonnés par des bandes se dispersant anarchiquement et ils avaient été saccagés. Huttes et idoles avaient été détruits. Les individus retrouvés avaient été exécutés et exposés pour l’exemple. Les chefs capturés furent amenés sur le chemin de repli de leurs armées et décapités, leurs têtes empalées comme une barrière funeste et un avertissement.

Dans la mêlée, Weyrith et Mogdarr s’étaient repus, et c’est vidés de leur appétit de sang qu’ils se retrouvèrent dans le chariot de commandement sur le retour, buvant, mangeant et baisant à l’envie, célébrant la vie et la victoire sur la mort tandis que cortège funéraire et troupes prenaient le chemin de leurs pénates.

C’est sur ce chemin que le chariot fut arrêté et qu’un garde se présenta, réveillant les deux illustres d’un air embarrassé. Visiblement, il ne s’attendait pas à ce que l’Empereur soit encore là, et il déglutit en lui signalant que l’avant-garde avait mis la main sur une prise intéressante. Peu content d’être réveillé, même s’il ne dormait que très peu (son temps de sommeil lui était d’autant plus précieux), Weyrith laissa son ami dormi et se vêtit de sa tunique de repos, noire et brodée d’or, ceinture pourpre de velours à la taille, avant de quitter le chariot massif et de suivre le garde. Une monture lui fut proposée et il la monta avant de galoper jusqu’à l’avant des troupes, ce qui lui prit bien un quart d’heure.

Chaque troupe avait son wagon logistique, un convoi de chariots bâchés ou ouverts contenant leurs provisions et armes, mais aussi le nécessaire au campement, des roulottes rouges de prostituées, des voyantes et autres prêtres et shamas et des hôpitaux de campagne roulants. C’est dans un de ces derniers qu’on conduisit l’Empereur, et qu’il découvrit, allongée sur un lit de camp, une curieuse créature. Humaine d’après ses traits dominants, elle était cependant d’une blancheur d’albâtre immaculée. Sa beauté frappait immédiatement, même si elle avait clairement vu de meilleurs jours. Elle était ridée et sèche, les traits tirés et la peau flasque par endroits. Ça et là, elle semblait même se craqueler et se fendre par petits morceaux. Immédiatement, Weyrith avait dressé un voile de Vents autour de lui le protégeant de tout contaminant et il entra dans une vive colère.

« Tu as osé me conduire dans un mouroir potentiellement contagieux, crétin ?! »

« Paix, Votre Majesté Impériale, lança un magicien d’une voix profonde. Cette femelle n’est pas contagieuse. Ni même malade, Messire. »

Hésitant, Weyrith serra la mâchoire mais finit par lâcher le garde dont il avait déjà saisi les poignets, tournant son attention vers le spécialiste, analyste de la magie et détecteur de mages. Il alla à son côté tandis qu’il imposait ses mains à divers endroits de la mystérieuse inconnue, établissant son diagnostic.

« Qu’est-ce qu’elle est, et qu’est-ce qui lui arrive, maître ? »

« Je ne puis répondre à la première question, Messire. Pour la seconde, en revanche, je peux me prononcer avec certitude. Cette créature, quelle qu’elle soit, est étroitement affiliée à l’eau. Je… doute que ce soit sa forme véritable. Son affinité est vraiment… C’est un cas rare, Votre Majesté. Je- »

« Qu’est-ce qui lui arrive ? »

Weyrith perdait patience et le magicien, tout probe et dévoué qu’il était, déglutit et laissa la science au placard pour une réponse simple :

« L’eau, Messire. Elle est associée à l’Eau, c’est son élément, ça lui est vital. J’en suis certain. De l’eau la sauvera. »

L’Empereur leva un sourcil étonné et sarcastique, retournant à l’arrière pour ouvrir le rideau donnant sur l’étendue rocailleuse et aride qu’ils traversaient à ce moment. Il referma et revint vite, comme s’il lui avait fallu cette observation pour avoir la certitude d’avoir bien appréhendé leurs alentours.

« Si c’est le cas, qu’est-ce qu’elle peut bien foutre ici ?! »

« Peut-être aura-t-elle les réponses en se réveillant, Votre Majesté Impériale ? Mais je ne saurais que presser humblement Votre recours. Son temps est compté en minutes à ce stade, je le crains. »

« Hmmm. Merci pour ton service, magicien. Tiens ! »

Il sortit une petite bourse d’or qu’il lui lança, et donna ses ordres au garde. Une minute plus tard, un chariot avait été vidé et un triple équipage de chevaux y avait été harnaché pour aller vite. Le lit de camp fut installé sur le plateau libre et bien sanglé avant un galop effréné vers l’arrière. Arrivés au chariot de commandement, on réquisitionna quelques-uns des ogres tirant la forteresse roulante pour vite monter l’inconnue jusqu’aux appartements du général, où Weyrith prit le relais lui-même. Un coursier parti devant, encore haletant, supervisait le remplissage de l’énorme baignoire de Mogdarr, qui était presque remplie grâce au système de pompe relié à la réserve d’eau du véhicule géant. Il immergea la beauté blanche et soupira, chassant tout le monde avant de s’asseoir sur un tabouret présent là, veillant la récupération de celle dont il ignorait encore tout, sinon son affinité élémentaire rare à l’Eau.

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Prélude / Re : Thyia Tapsus - Avatar de l'Océan Etincelant
« le: vendredi 20 mars 2026, 07:06:35 »
T'as de la chance d'être dans un lointain royaume, toi... ::)

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Blabla / Re : J'offre mon corps à....dix
« le: vendredi 20 mars 2026, 02:47:32 »
RP et HRP font 2. ;D

8
Blabla / Re : J'offre mon corps à....dix
« le: vendredi 20 mars 2026, 00:25:20 »
Prendras-tu plutôt mon corps, Saël ? ;D

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Prélude / Re : Thyia Tapsus - Avatar de l'Océan Etincelant
« le: vendredi 20 mars 2026, 00:24:20 »
Je sais. ::) ;D

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Prélude / Re : Thyia Tapsus - Avatar de l'Océan Etincelant
« le: jeudi 19 mars 2026, 23:11:07 »
Elle est très originale ! J'aime beaucoup tes idées !

Bon retour ici ! Au plaisir de jouer bientôt ensemble. ;D

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Blabla / Re : J'offre mon corps à....dix
« le: dimanche 15 mars 2026, 01:21:38 »
Négociations à quatre bras !

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Blabla / Re : J'offre mon corps à....dix
« le: samedi 14 mars 2026, 22:33:59 »
On pourra s'expliquer tous les deux !

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Blabla / Re : J'offre mon corps à....dix
« le: vendredi 13 mars 2026, 23:20:10 »
Pour la peine, tu peux poser tes 10 doigts sur moi !

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Préliens généraux

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Scénarios généraux


Arkhavel Solmyrion

Identité : Arkhavel Solmyrion
Fonction : véritable Grand-Maître du Cercle de l’Oubli
Espèce : Humain ?
Origine : Terra ?
Groupe : E.S.Per, Créature, Avatar… ?

Note : Arkhavel Solmyrion est un être mystérieux et profondément maléfique. J’ai volontairement donné peu d’informations sur lui dans ma fiche, aussi peut-il être largement adapté. Haazheel Thorn des Chroniques de la Lune Noire est évidemment une inspiration, mais très vague. Solmyrion n’a pas de grande armée ni de culte majeur. Il suit cependant un plan patient et ancien aux buts secrets et il a jusqu’à l’Empereur d’Ashnard dans sa poche. C’est plus un Palpatine pré-reveal de l’ombre, si on devait faire un parallèle. Je l’imagine comme le servant de divinités lovecraftiennes lui donnant longue vie et pouvoirs, mais vous pouvez en faire un peu ce que vous voulez !

Les origines d’Arkhavel Solmyrion sont mystérieuses. Il s’est révélé à la petite compagnie de Weyrith dans un manoir à la frontière d’Ashnard, il y a plusieurs décennies, quand celui-ci cherchait à échapper aux troupes de l’Ordre Immaculé toujours sur leur piste. Il n’avait pas révélé grand-chose à cette époque, mais, le chef de bande mortellement blessé, il lui avait offert de sauver sa vie, lui donnant puissance et force par un rituel occulte et lui permettant de vaincre.

Il lui révéla qui il était, mais n’en dit que peu. Il lui révéla surtout les plans de paix et d’alliance de l’Empereur Varkhion avec Nexus, espérant le rallier à ses plans, mais Weyrith préféra refuser. Solmyrion n’abandonna pas, cependant : lui-même ou ses maîtres obscurs lui avaient révélé la puissance cachée de l’aventurier et il se montra généreux, lui obtenant grâce et fief à Ashnard.

Des années plus tard, les révélations d’Arkhavel s’étaient pourtant avérées exactes : l’armée ashnardienne fondait et s’ennuyait et Varkhion préparait une ambassade pour Nexus. L’Oubli avait fomenté une rébellion, qui fut écrasée mais contribua à sévèrement fragiliser l’empereur. Rejoignant Grendel, le fief de Weyrith, Solmyrion obtint enfin sa carte maîtresse, jurant d’effacer tout souvenir de son père, le baronnet qui avait tué sa mère et marqué sa jeunesse par la violence. C’était bien assez pour le persuader de s’engager finalement contre le trône.

Après que Weyrith ait insulté la cour impériale pour lui avoir refusé une audience au palais impérial, Varkhion était prêt à agir contre lui. Arkhavel le prépara à l’affrontement final en prétendant faire de lui, « L’Élu », le Grand-Maître du Cercle de l’Oubli, un titre qu’il remplit déjà en fait. Le rituel donna son plein potentiel à l’engeance démoniaque, mais le mit aussi sous le pouvoir de l’Oubli, Solmyrion possédant désormais les moyens de l’éliminer d’un simple sort.

Plus tard, Arkhavel envoya un fidèle l’informer que l’empereur voulait qu’il retrouve pour lui les premiers attributs impériaux magiques d’Ashnard dans la nécropole du premier empereur. C’était un mensonge, mais Weyrith le crut et les récupéra après une âpre lutte. Prenant le commandement des rebelles survivants envoyés sur ordre du Cercle, avec son armée et ses nouveaux pouvoirs, Weyrith élimina ainsi Varkhion et monta sur le trône, plaçant un homme naïf du Cercle au pouvoir suprême.

Depuis lors, Arkhavel continue de bouger ses pions sous l’ombrelle bienveillante et protectrice de son petit empereur. Mais il fait face à des interférences multiples, de la part d’agents nexusiens, de concurrents ashnardiens, d’aventuriers héroïques et, évidemment, du véritable père de Weyrith, Pazuzu, qui cherche à arrêter ses plans pour que son propre mystérieux pari puisse aboutir.



Zzrelyith Noir-Sang

Identité : Zzrelyith
Fonction : Commandeur des Exilés, Baron de Grendel
Espèce : Drow (Elfe Noir)
Origine : Menzoberranzan, Terra
Groupe : Créature

Note : Menzoberranzan et « l’Ombreterre » ont fait l’objet d’un complément de script plutôt léger que nous respecterons dans la limite de nos libertés créatives. Au-delà de ses origines, le Zzrelyith n’en est pas spécialement affecté de toute manière. Son nom est libre, son apparence aussi. Ses origines sont essentiellement une inspiration pouvant être suivie ou non. L’important est son statut présent et son lien d’opportunité avec Ashnard.

Zzrelyith est né dans la cité sombre et matriarcale de Menzoberranzan il y a des siècles. Survivant aux épreuves de la jeunesse, il y est devenu le compagnon d’une prêtresse très ambitieuse dont il a commandé les troupes, s’élevant à ses côtés pendant plusieurs décennies en supportant sa violence et sa perversion, prix de sa protection. Après l’avoir sauvée d’un complot ayant presque réussi, il songeait avoir gagné une véritable légitimité, mais la paranoïa avait empoisonné l’esprit de sa maîtresse, qui le soupçonna d’avoir été complice et tenta de l’éliminer. Ses lieutenants vinrent à son aide et la prêtresse fut vaincue par leurs forces combinées.

Désormais sans maîtresse et coupable de toute faute que l’on pourrait vouloir lui imputer dans le cadre de sa mort violente, Zzrelyith dut se résoudre à faire comme d’autres avant lui et à prendre la fuite. Il cacha le décès le temps de rassembler ses hommes et de faire fabriquer un faux ordre d’expédition, et quitta Menzoberranzan avec ses troupes, s’activant dès qu’ils eurent passé les postes avancés et ne s’arrêtant qu’une fois à l’abri.

Les années suivantes, ses Exilés et lui remontèrent progressivement plus loin vers la surface, jusqu’à s’engager dans les maraudes en surface et le commerce d’esclaves vers l’Ombreterre. A côté, ils participaient aussi à la défense des cités supérieures contre les Orcs, plus libres à cette profondeur. Ils se déplaçaient sous terre au gré des opportunités à la surface, se faisant progressivement connaître à Nexus autant qu’à Ashnard, et à travers tout Terra, le récit de leurs phalanges hérissées de piques et de pointes commençant à servir de menace pour les enfants méchants.

Pendant la période précédant l’avènement de Weyrith au pouvoir, Ashnard était devenu un terrain de chasse privilégié, les mesures de désarmement de Varkhion, l’empereur d’alors, réduisant les capacités de réponse impériales. Mais, peu après que Weyrith ait prit le pouvoir, les choses changèrent radicalement.

Zzrelyith menait sa dernière maraude avant de retourner vers Nexus lorsque son repli fut coupé par des troupes ashnardiennes. Encerclé par l’empereur en personne, il fut surpris d’être convié à des pourparlers et de se voir proposer un accord. Weyrith avait besoin de troupes dignes de ce nom après le règne de Varkhion et la sanglante guerre civile l’ayant menée au pouvoir. Il offrait aux Exilés la baronnie de Grendel, son propre domaine, contre leur assistance en campagne et la fin de leurs maraudes dans l’Empire. Ainsi, les Exilés trouvèrent un foyer, temporaire tout du moins, et se retirèrent dans la forteresse de Grendel d’où ils creusèrent un accès à l’Ombreterre.

Voilà des décennies qu’ils respectent leurs accords, et un dilemme se pose aux Drows de Grendel : doivent-ils renoncer à leur ancien mode de vie et s’établir, ou rompre leurs accords et reprendre leurs anciennes activités ?

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