La gorgone était complètement vidée de ses forces, mais le vampire ne la relâcha pas une seconde. Plaquée contre son torse puissant, puis assise sur lui alors qu'il récupérait probablement ses esprits aussi, Cypress avait les yeux fermés et un sourire béat aux lèvres. Elle gloussa légèrement en l'entendant qualifier leur étreinte, mais un petit gémissement approbateur lui échappa, presque un ronronnement.
Mmmoui, absolument, compléta-t-elle un peu plus tard en rouvrant les yeux alors qu’il se dégageait doucement pour l'aider -ou le faire à sa place- à se laver. »
Entre ses paupières mi-closes, et malgré les gouttelettes d’eau qui constellaient ses verres teintés, la brune observa son amant alors qu’il prenait grand soin de ne pas la sur-stimuler tout en la nettoyant méticuleusement. Si elle était à court d’énergie, la jeune femme ne pouvaient néanmoins s’empêcher d’avoir au moins une main sur le corps d’Hadrian. Elle glissait les doigts dans ses cheveux, massant doucement le cuir chevelu, ou bien contre sa nuque, sur sa joue, traçant des arabesques sur ses épaules…
Elle se blottit ensuite dans le peignoir dans lequel il l’enroula, se lovant contre lui tandis qu’il la portant, ses mains ajustant la serviette sur ses cheveux pour ne pas gêner ses ancêtres. Plus tard, quand elle ne serait pas en train de baigner dans la plénitude que lui avait apporté ces orgasmes, elle serait probablement mortifiée que les serpents aient été témoins de tout ça. Ou peut-être qu’elle hausserait les épaules. Après tout, les âmes des gorgones de sa lignée étaient en permanence présente auprès d’elle.
Bien emmitouflée dans le peignoir, la jeune étudiante soupira de plaisir quand il la déposa sur le matelas de la chambre. Elle s’y installa aussitôt, ajustant de nouveau la serviette de ses cheveux pour que celle-ci repose sur l’oreiller et sous sa crinière mouillée, retira ses lunettes pour les poser sur la table de nuit, puis ferma les yeux un instant. Elle sourit tendrement alors que les lèvres du vampire effleurèrent sa joue après qu’il l’eut recouverte du drap, et attendit un instant qu’il s’installe à son tour. Quand elle l’entendit quitter la chambre, elle se dit qu’il avait sans doute oublié quelque chose et n’y prêta pas forcément attention, en profitant pour bâiller à s’en décrocher la mâchoire.
Voulant l’attendre, elle lutta un peu contre le sommeil. Mais ce dernier eut raison d’elle, et sa dernière pensée avant de sombrer dans l’inconscience fut « J’espère que je ne prends pas toute la place dans son lit ».
Quand elle ouvrit de nouveau les yeux, après des rêves emplis d’Hadrian et des merveilleuses sensations qu’il lui avait fait découvrir, la jeune femme s’étira de tout son long contre le matelas. Dans la nuit, elle s’était empêtrée entre le drap et le peignoir dont elle était toujours couverte. Fronçant les sourcils, elle s’en dépêtra doucement avant de constater qu’elle était seule dans ce grand lit double.
Les sifflements des serpents qui se réveillaient à leur tour lui fit tourner la tête, inspectant la place à ses côtés dans la pénombre de la pièce. A première vue, elle aurait dit qu’il n’était pas venu la rejoindre, la veille. Sans vraiment savoir pourquoi, l’étudiante eut un pincement au cœur. Sans prêter attentions aux murmures de ses ancêtres, elle se leva finalement, serrant la ceinture du peignoir autour de sa taille, et refit le lit du mieux qu’elle put avant de nettoyer rapidement ses lunettes pour les poser sur son nez. Elle récupéra la serviette qui s’était roulée en boule sur l’oreiller dans la nuit et l’emporta avec elle en quittant la chambre.
Il n’y avait pas un bruit dans l’appartement. Elle ne saurait dire quelle heure il était, n’ayant pas regardé le réveil sur la table de nuit et les vitres de l’endroit étant teintés pour empêcher les rayons solaires de pénétrer dans la pièce.
A pas de loups, craignant presque de se montrer trop intrusive, la gorgone se dirigea vers la salle de bain pour ses ablutions matinales. Chaque pas qu’elle faisait lui tirait une grimace et un sourire. La grimace parce qu’elle était quand même bien endolorie, et le sourire parce que le rappel de leurs activités de la nuit dernière faisait remonter un écho des sensations délicieuses qu’elle avait découvert.
Finissant de se coiffer convenablement -dormir les cheveux mouillés avait toujours tendance à lui donner de drôles de coiffures le lendemain matin-, Cypress chercha ses affaires du regard. Avant de se rappeler qu’elles étaient toujours dans l’ancien appartement qu’elle avait brièvement occupé. Vanessa n’avait probablement pas pensé à les ramener par ici après s’être faite congédiée par Hadrian la veille. Nue, elle dût se résoudre à remettre le peignoir avant de s’aventurer dans le reste de l’appartement. Ses affaires de la veille ne traînaient plus dans le salon, malheureusement. Fermant les yeux un instant, la brunette retourna dans la chambre du vampire -sans son occupant, hélas !- et chercha du regard si, par hasard, ses vêtements ne seraient pas posés dans le coin.
Sans succès. Débattant un instant avec elle-même, l’étudiante finit par suivre une suggestion de Melantho et ouvrit la penderie qui contenait les affaires d’Hadrian. Hésitante, elle sélectionna une chemise. Elle regarda un instant les pantalons, mais étant donné leurs différences de taille, elle doutait que l’un d’eux lui aille. La chemise, sur elle, ferait probablement tunique. Elle attrapa néanmoins une ceinture afin de la nouer contre sa taille. Le style « porter les affaires de son amant » ne lui allait pas si mal, songea-t-elle en s’observant dans le miroir de la salle de bain. Un peu trop « familier » étant donné que c’était la première nuit…
S’arrêtant net, la jeune femme se rendit compte avec effarement qu’elle n’envisageait pas que ça ne reste qu’une nuit sans lendemain. Elle voyait déjà sa « captivité » avec Hadrian se passer de la plus délicieuse des manières. Peut-être même qu’elle pourrait envisager de le fréquenter réellement une fois sa tâche finie. Partir en vacances avec lui, comme il l’avait suggéré si les choses ne se calmaient pas avec ses ennemis… Peut-être même aller au restaurant, un soir ?
Secouant la tête, la brunette se renfrogna légèrement. Il était possible que le vampire ne voit ça que comme un jeu, après tout. Il n’était pas revenu partager le lit, après leurs ébats. Sans doute préférait-il ne pas s’attacher ? Ou bien, maintenant qu’il avait vaincu les réticences de l’étudiante et profité de ce qu’elle avait à offrir, elle ne l’intéressait plus que pour sa capacité à traduire les écrits anciens ?
Pinçant les lèvres, revenue dans la chambre, la belle jeta un regard sur le cadran qui affichait 18h17. Se rendant compte de l’heure, elle entendit soudain son estomac grogner. Elle n’avait pas mangé depuis la veille, le dîner qu’elle avait préparé. Jetant un dernier regard hésitant à sa tenue -mais elle n’avait de toute façon rien d’autre à se mettre- la gorgone se dirigea vers la cuisine pour voir ce qu’il y avait dans les placards. Elle trouva du pain, du pâté importé -de France, selon l’étiquette- et de la salade ainsi que quelques tomates. Avec un petit soupir, elle se dit que ça ferait l’affaire.
Se préparant sa salade et deux tranches de pâté, ainsi qu’un verre d’eau, la jeune femme migra ensuite dans le salon. Les documents sur lesquels elle avait travaillé la veille était toujours là, tout comme l’ordinateur. Rangés plus méthodiquement, mais toujours là. Attrapant un coussin du sofa pour le glisser sous ses fesses, la brune s’installa par terre, sur la table basse. Mangeant d’une main, elle reprit son travail de l’autre. Elle ne connaissait après tout pas de meilleure façon de ne pas penser aux tourments de sa vie privée. Se focaliser sur le boulot, c’était quelque chose qui lui venait naturellement.
Et c’est ainsi qu’Hadrian trouverait Cypress lorsqu’il émergerait de son « repos ». L’air concentré, la crinière laissée détachée dont quelques mèches venaient parfois agacer la jeune femme, une assiette vide à ses côtés et son attention focalisée sur le manuscrit qu’elle traduisait.