Le quartier de la Toussaint / Re : Une Nuit sans Fin au Pandemonium - PV Enothis
« le: vendredi 07 mars 2025, 17:15:00 »"Jouer à la poupée, oui, on pourrait appeler ça comme ça. Mais il faut bien tirer notre subsistance de quelque chose, n'est-ce pas ? Or, ce ne sont pas de simples saynètes que j'orchestre en coulisses, ce sont des opéras..."
Il accompagna ses paroles d'un ample geste du bras, comme un chef d'orchestre s'apprétant à faire lever le rideau sur une grande première.
"...des hymnes à l'humanité."
Son regard brilla d'une malice sournoise, puis il ajouta, baissant la voix comme s'il confiait un secret inavouable :
"Regarde comme c'est triste quand on coupe les ficelles."
Il tira sur un levier. Immédiatement, la machine ralentit, sa symphonie de cliquetis et de chuintements se mua en un simple bourdonnement sourd. La lumière qui baignait Céleste et Enothis sembla perdre son éclat cinématique, devenant plus crue, plus ordinaire, comme si un voile enchanté venait d’être levé.
Céleste cligna des yeux, prise d'un vertige fugace. Enothis était toujours face à elle, mais quelque chose avait changé. Comme un voile qui se déchire, elle prit conscience de la situation avec une lucidité embarrassante. La chaleur enivrante de l'instant précédent s'était dissipée, remplacée par un malaise insidieux qui s'insinua dans ses veines. Pourquoi était-elle aussi proche d'une fille ?
Elle sentit une rougeur lui monter aux joues et s'éloigna d'un pas, croisant les bras sur sa poitrine comme pour y piéger son trouble.
"Euh... je... excuse-moi" balbutia-t-elle, la voix plus fluette qu'elle ne l'aurait voulu. "Je ne sais pas ce qui m'a pris, je ne suis pas comme ça d'habitude..."
Elle passa nerveusement une main dans ses cheveux, réajusta ses lunettes sur son nez, cherchant un ancrage dans la réalité. Mais le regard d'Enothis, lui, était insondable.
Pendant ce temps, Malfée se tourna vers Emaneth avec une moue exagérément théâtrale.
"Comme c'est désolant, n'est-ce pas ? Toute cette belle tension avortée, tout ce potentiel perdu dans les limbes de la retenue. Un vrai crève-cœur. Regarde-les, déjà en train de s’effacer, de se censurer, d’oublier la musique."
Il lui adressa un clin d'œil complice avant de poursuivre d'un ton plus enjôleur :
"D'ailleurs, ton apparence... quelle surprise ! Je ne m'y attendais pas. Mais je dois avouer qu'elle n'est pas pour me déplaire. Dommage que je ne t'aie pas prévu de rôle pour ce soir. Ç'aurait été amusant..."
Il laissa sa phrase en suspens avant de se retourner d'un mouvement brusque vers sa machine.
"Bon ! Nous ne pouvons pas les laisser se dépatouiller seules, sinon cette itération finira en queue de poisson. Un PETIT coup de pouce s'impose !"
Ses doigts agiles ajustèrent des boutons, firent glisser des curseurs, enclenchèrent quelques interrupteurs. Enfin, dans un geste quasi-rituel, il réarma le levier principal avec un sourire satisfait.
Céleste s'apprêtait à murmurer un ultime "Désolée" et à battre en retraite, mais soudain, une bouffée de chaleur monta en elle, si soudaine qu'elle en eut le souffle coupé. Comme si l’air était devenu plus lourd, plus chargé. Son cœur s’emballa, mais cette fois, ce n’était pas de malaise dont il s’agissait.
L'alcool qu'elle avait bu ? Non, c'était autre chose. Quelque chose de plus profond, de plus insidieux.
Pourquoi voulait-elle partir déjà ?
L'idée même de s'éloigner lui parut brusquement insensée. Ce serait une erreur, une tragédie. Elle se sentit vibrer d'une énergie qu'elle ne s'expliquai pas, un feu nouveau qui lui dévorait le ventre. Toutes ses hésitations, ses craintes du rejet, son souci du regard des autres... balayés d’un revers de main par cette ardeur naissante.
Ses inhibitions se délitèrent une à une comme du papier d'Arménie sur la soucoupe de son désir.
Elle plongea un regard brûlant dans celui d’Enothis, un regard qui ne connaissait plus la confusion ni la peur. Son corps agit avant même que son esprit ne puisse formuler une pensée cohérente. Son bras glissa derrière la taille de la jeune Égyptienne, l’autre vint se poser sur sa nuque, et dans un mouvement fluide, presque instinctif, Céleste scella leurs lèvres dans un baiser ardent.
Ce n'était pas un baiser chaste, pas une simple caresse hasardeuse. C'était une réclamation, une explosion. Un déferlement d'envie brutale qui ne souffrait d'aucune hésitation.
Elle ne réalisa même pas que sa main gauche s’égarait plus bas, descendant le long des reins d'Enothis et s'attardant sur la cambrure de ses fesses, qu'elle effleura d'une caresse possessive avec une audace qui l’aurait fait rougir quelques instants plus tôt. Mais à présent, l’opinion du monde lui semblait lointaine, insignifiante. Elle était là, dans ce moment, dans cette sensation.
Autour d'elles, les gens existaient-ils encore ? Peu importait.
La douce fragrance d'Enothis, le frisson de leurs souffles mêlés, la pression de leurs corps qui se cherchaient… Céleste était consumée par l'instant.
Malfée observa la scène avec satisfaction, les bras croisés, un sourire en coin.
"Ah... Voilà qui est mieux. L'amourette concoctée en entrée manquait un peu de sel, je te le concède."
Il jetta un coup d'œil à Emaneth, haussant légèrement les épaules avec un air faussement contrit :
"Mais je dois admettre que j'ai peut-être... légèrement renversé la salière."
Son rire résonna doucement tandis qu’il tapota la machine d’un geste satisfait, observant son œuvre se déployer avec l’avidité d’un metteur en scène enchanté par son propre spectacle.