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Messages - Sorcelienne

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La présence de Nowi l'avait passablement calmé, c'était un fait, mais là la frustration était trop fort. Beaucoup trop forte ! Karm n'en pouvait tout simplement plus de se balader dans cette marée végétale, de naviguer à vue sans jamais parvenir à trouver la moindre information, le plus petit recoin l'informant d'un passage ou même un panorama lointain qui de par sa topologie lui confirmerait l'existence d'un chemin de traverse. Rien, rien, rien. Rien d'autres que des racines, des branches, des buissons, des oiseaux qui gazouillent et toujours cette saloperie de forêt qui se foutait royalement de sa gueule à mesure qu'elle s'y perdait encore un peu plus. Alors non, elle n'en pouvait plus, elle préparait son bon dieu de corps pour une petite balade joyeuse au travers des bois, synonyme dans l'immédiat d'une course furibonde où le premier truc qui oserait lui passer sous la griffe finirait immédiatement en carpaccio ! En tout cas, c'était l'instinct qui l'animait alors qu'elle sautait de son point de vue pour gentiment prévenir sa compagne de voyage, simple moyen de s'assurer qu'elle n'avait guère à craindre de sa soudaine absence. De toutes façons, elle allait laisser toutes ses affaires ici, juste au cas où, ne serait-ce que pour que la demoiselle puisse s'abriter si il se passait le truc le plus horrible que la lionne pouvait imaginer en l'instant : Qu'elle se perde encore plus lors de sa course endiablée, au point de ne même plus savoir d'où elle provenait. Pour autant, bien mal sembla lui prendre, car c'est alors qu'elle entamait quelques étirements vifs que cella qui jusqu'ici la suivait religieusement se posta devant elle la mine légèrement renfrognée, puis se mit à lui répondre avec un ton sec, clair, appelant à ce que la puissante guerrière retrouve une certaine mesure.

" Je pense que tu devrais te reposer un peu Karm. Je m’occupe de la reconnaissance. "

Très honnêtement, les premiers mots eurent le don de la sécher. Dans le sens que Karm restât un temps pantoise, incapable de répondre, se demandant si elle avait effectivement bien comprit les propos soudainement tranchant de la demoiselle. Puis, force de constat, elle ne put que remarquer la soudaine transformation de sa camarade, celle-ci prenant la forme d'un superbe roi du ciel pour alors donner deux grands coups d'ailes pour se tirer du sol, puis s'élever avec grâce dans la voûte céleste pour rapidement quitter son champ visuel. Eh bien euh ... Ok ? Elle n'avait guère le choix désormais, sa camarade de voyage venait de prendre un départ évident pour aller faire ce tour de repérage à sa place, aussi Karm n'eut-elle qu'à en accepter l'état. Elle regarda autour d'elle, soupira un grand coup pour vider le cumul de frustration qu'elle s'apprêtait à relâcher soudainement sur l'ensemble de cette saleté de forêt, et abandonna d'un coup ses jambes, se laissant ainsi choir en tailleur, bras croisés, dans une posture d'attente. Ce n'était pas son fort, mais elle allait clairement en faire l'effort. Le tout était de ne pas se laisser aller à quelques formes d'agacements, donc elle resta sur un petit exercice de respiration, expirant longuement et inspirant profondément pour éloigner d'elle les lentes vagues de frustration qui lui remontaient du plus profond de son être. Un petit exercice de son maître, rien de bien méchant, surtout qu'avec ses habituelles crises de mauvaise foi quand elle se trouvait être une jeune effrontée impatiente, elle avait passé de biens nombreuses heures ainsi pour simplement avoir le droit de reprendre le moindre entraînement martial.

Quelques minutes donc, et le calme lui revenait doucement. Ce fut d'ailleurs plus ou moins au même instant qu'elle entendit de nouveau les puissants battements d'ailes du rapace se rapprocher de sa forme assise sur le sol humide de la forêt, aussi ouvrit-elle lentement les yeux pour voir la bête débarquer telle une étoile filante des hauteurs célestes. Impressionnante de vivacité, elle aperçut ainsi le volatile courber sa descente au dernier instant, procéder à un arc rapide entre les branches des arbres pour ralentir son vol, puis se poser au devant de sa personne avec une hâte presque amusante, connotant de la nature humanoïde de celle qui arborait alors les traits de l'aigle. En revanche, nul propos ne permit de préparer la lionne de ce qu'il allait se passer l'instant d'après. Alors même que la puissante guerrière s'était mentalement préparée à voir la créature des cieux se mettre à lui parler dans un langage tout à fait humain, ce qui était déjà un petit travail d'imagination pour la femme à la peau cuivrée, ce fut loin d'être le cas. À la place, elle observa le forme du volatile s'épaissir, les plumes se fondre rapidement dans une chair délicate et nubile, tandis que le bec s'ouvrit puis s'éclipsa pour révéler la tête de la croisée illusoire, les yeux pétillants de joie. Trois secondes. C'est le temps qu'il fallut pour que Karm contemple la plastique de sa camarade aux traits humains, ne puisse s'empêcher de sourire en remarquant le détail d'une petite touffe de poils blancs au dessus du pubis, puis ferma hâtivement les yeux, surtout qu'elle avait vraiment le regard posé droit en direction des parties génitales de son amie au vu de sa position.

" J’ai trouvé quelque chose qui ressemble à une entrée au milieu des montagnes au Nord Est. Nous n’y sommes plus très loin, même si je pense qu’il nous faudrait bien une demi-journée pour l’atteindre. Ou… peut-être moins si je prends une forme plus appropriée à notre voyage.
 -  C'est... Hum, fantastique Nowi, voilà enfin une bonne nouvelle. "

Le ton était légèrement sarcastique. Non pas que cette nouvelle ne venait pas de gonfler de bonheur le cœur de la puissante guerrière, mais le problème provenait très clairement d'un autre souci, autrement plus gênant : elle était complètement nue devant elle et les bonnes manières empêchaient Karm de lui faire remarquer cette particularité. Elle comprenait bien que sa compagne de voyage s'était sûrement trouvée extrêmement fière d'enfin pouvoir donner à la lionne une direction dont elle semblait avoir le besoin crucial en cet instant, mais son engouement venait de la pousser dans une situation qui poussait à un cruel manque de mœurs. Alors bien sûr, la femme à la peau cuivrée cherchait tant bien que mal un moyen de lui faire parvenir le message sans la brusquer, surtout que le pire serait potentiellement qu'elle la taquine alors même que Nowi apprécie cette nudité pleine de liberté. C'est vrai qu'en y repensant, la caméléone changeait d'apparence et s'habillait en fonction mais ... qu'en était-il de sa forme réelle, restait-elle toujours nue de façon à pouvoir rapidement passer d'une plastique à une autre ? En tout cas, d'abord pour qu'elles ne restent pas toutes deux là comme deux andouilles figées dans un instant de gêne absolu, mais surtout pour court-circuiter son propre esprit maladroit, celui-là même qui semblait décidément avoir choisi de concevoir Nowi dans une sexualité débridée, la lionne entreprit de s'échauffer la voix, puis de se lancer, quitte à être un brin rentre-dedans.

" Hum, afin de poursuivre élégamment cet échange, puis-je souligner à l'exhibitionniste que je ne l'ai définitivement pas vu dans son plus bel apparat, qu'ainsi il serait souhaitable en toute pudeur et respect de chacune que l'utilisation d'un outil nommé vêtement soit entreprit à bonne escient avant que mes paupières ne puissent rester fermées devant une telle provocation ? "

S'assurant de ne pas rouvrir les yeux donc, Karm attendit patiemment que la jeune femme qui l'accompagnait lui annonce avoir enfin retrouvée une tenue convenable. En un sens, ce n'était peut-être que juste retour de bâton pour les taquineries que la lionne s'était permise la nuit dernière, alors même qu'elle s'était apprêtée à trouver le sommeil et donc avait fait mine de se changer dans le dos de son amie. Pour autant, il y avait une petite différence dans le fait qu'elle était plus ou moins sûre que la créature métamorphe en face d'elle n'avait clairement pas choisie volontairement de se présenter dans son plus simple appareil, que seule son extrême motivation et son engouement vis-à-vis de l'excellente nouvelle qu'elle apportait avait endormie sa vigilance ou sa conscience de soi. De fait, elles se trouvèrent donc l'une en face de l'autre quand la lionne put entendre l'accord tacite de Nowi à ce qu'elle ouvre de nouveau ses yeux, ce que la femme fit avec une expression toujours aussi amusée sur le visage, si ce n'était sans ce sourire un peu railleur qui n'avait de volonté que troubler l'élégante dame encore en proie aux conséquences de son empressement. Mais bon, point besoin de tourner cela en torture, la guerrière se redressa d'un bond pour alors poser une main sur sa hanche, répondant enfin aux propos de la croisée illusoire afin de désamorcer l'ensemble de la gêne qui aurait sût s'installer entre elles :

" Eh bien, comme je te l'ai dis, je ne compte pas passer une nuit de plus au milieu de ces bois. Donc, voilà ce que je propose : Maintenant que t'as fais ce boulot d'exception, c'est à moi d'assurer. À tout hasard... Tu peux te transformer en petit truc ? Une souris tiens ! Comme ça tu pourra m'indiquer le chemin tandis que je te transporterais à destination ! Oh, et c'est à moi de faire la têtue, j'accepterai pas le moindre refus ! "

Elle avait son idée. Insistant si besoin jusqu'à ce que Nowi fléchisse, elle profitera de la métamorphose de la jeune femme pour se retourner, déclipsera l'anneau retenant les morceaux de tissus retenant ses seins, et entreprendra de les nouer ensemble après les avoir promptement resserrer autour de sa poitrine. Pourquoi cela ? Eh bien parce qu'elle s'était faites l'idée que si elle partait en toute trombe vers leur objectif, elle ne pouvait clairement pas la mettre sur ses épaules au risque de la voir s'envoler, ni la glisser dans son sac ou une poche au risque de ne pas entendre ses indications ! Aussi, une fois l'adorable rongeur prête à être transportée, Karm se retourna en sa direction et la prit entre ses mains pour alors la glisser nonchalamment entre ses deux monts de chair, bien calée sous le tissu et enveloppée par la texture moelleuse de sa poitrine. Elle voulut se tourner pour trouver les affaires de Nowi, mais celles-ci semblaient avoir disparue entre temps. Visiblement, la petite demoiselle était pleine de ressource.

" Et voilà, là tu ne risque rien. Ne sois pas gênée. Ou si tu l'es, prends ça comme une excuse de ma part pour le repas visuel de tout à l'heure. Allez, frappe à droite quand je dois aller à droite et inversement. On est partie ! "

Karm prit une grande inspiration, gonflant la poitrine, puis s'abaissa en direction du sol, se plaçant un court instant à quatre pattes. Puis d'un élan, elle se propulsa au travers des bois. Laissant derrière elle une volée de terres et d'herbe, elle entama de puissantes allonges, filant comme une flèche au travers de ce territoire qu'elle ne supportait plus. Chaque pas lui donnait un aplomb supplémentaire, l'aidait à gagner en vitesse de manière drastique, jusqu'à ce qu'elle entame non plus de courir mais de bondir, prenant de puissants appuis pour quitter la terre ferme et profiter des troncs environnants ou d'épaisses racines pour mieux relancer ses vols planés au travers de la forêt. Dès lors qu'elle sentait les petits coups de pattes de la souris contre l'un de ses seins, elle profitait d'un nouvel élan pour se projeter dans le sens indiqué, laissant le vent faire voler sa chevelure, lui cingler les joues et le ventre alors même qu'elle se relançait en une autre direction, puis une autre, puis une autre, ce sans jamais décélérer. L'écho de ses mains contre les troncs, le soudain afflux de sang dans ses jambes quand elle les arquaient à la réception, puis le relâchement percutant qui s'ensuivait, brisant l'écorce et la projetait au travers des airs, chacune des sensations de sa course endiablée réveillait encore un peu plus ses naturels instincts, la gavait d'une joie extatique, lui donnait une envie de plus en plus sauvage de ne jamais s'arrêter. Deux heures de trajets suivirent, deux heures de défouloir absolu pour la puissante guerrière qui se sentit renaître alors qu'enfin elle apercevait les cols inégaux observés par Nowi plus tôt. Quelques ultimes bonds, une traversée des airs sublimes alors que la lionne utilisa le dernière arbre sur son trajets pour se projeter dans les hauteurs et elle se réceptionne enfin sur le sol rocheux, puissamment, soufflant lourdement, avant d'enfin se redresser.

Derrière elle, le soleil offre ses ultimes rayons de la journée. Parfait, elle avait atteint les lieux avant la nuit. Elle descend ses yeux en direction de sa poitrine, s'apprêtant à remercier à nouveau Nowi pour son excellent travail de guide, mais ... Aucune trace du rongeur. Mince, elle l'aurait perdue au beau milieu de son vol !?

" N-nowi ? Nowi t'es là ? Nowi tu m'entends ? "

2
La lionne s'abandonnait à ses arts avec férocité. Ce qui sauva sûrement la grasse matinée de Nowi fut que ses mouvements connurent un espace limité, but de l'entraînement en soi, la terranide s'assurant de ne pas toucher le moindre des grands arbres qui tapissaient les flancs montagneux. Pas le moindre bruit, seulement l'élan puissant de ses gestes, les fentes graciles de son corps et de la hampe de son arme, les assauts colossaux de la lame fendant l'air sans jamais n'atteindre une cible, le tout au son seul du souffle de la lionne qui assurait de réveiller chacune des fibres musculaires de sa chair. Elle ne produisait pas pareil entraînement chaque matin, celui-ci était aujourd'hui de vigueur pour la simple raison qu'elle se devait de patienter et ne connaissait pas meilleur moyen de faire disparaître les minutes et les heures qu'en s'appliquant à travailler ses arts martiaux. Des restes de ses jeunes années, quand elle n'était encore qu'une jeune fille tentant tant bien que mal d'égaler la puissance de celui qui lui enseignait la dure loi des steppes arides. Des souvenirs si vivaces et délicieusement reliés à son propre bonheur qu'elle ne pouvait s'empêcher de pratiquer ces entraînements avec le sourire aux lèvres, goûtant par instant le salé de sa propre sueur alors qu'elle laissait goutter dans l'air le fruit de ses efforts. Un spectacle dont elle avait le secret donc, qu'elle s'adonnait alors à définir comme le coeur de son activité, qui ne manqua pas de faire son effet, celle-ci yeux fermés enchaînant ses lourdes et puissantes actions jusqu'à ce que sa paix intérieur ne détecte au loin le changement de souffle de sa nouvelle amie, l'informant que le temps était venu de quitter ses grands arts, de retrouver le contact humain.

Elle produisit quelques ultimes assauts, s'évertuant à ralentir la cadence de manière à ce que son corps échauffé par l'entraînement ne viennent pas soudainement défaillir face à un arrêt trop abrupt, puis opéra l'action parfaitement opposée au début de son temps privilégié, ramenant la hache vers elle en en réduisant à chaque coup les élans et les arcs, jusqu'à retrouver une pleine immobilité. Une longue exhalaison, un instant de calme suivant la fumée de son souffle et celle qui se dégageait dans la fraîcheur matinale depuis ses muscles surutilisés, puis la lionne vient éponger son front du revers du bras, simplement pour s'éviter de récolter l'ensemble de sa sueur dans les yeux. Envoyant sa tête en arrière, passant le regard par-dessus ses épaules, et la voilà qui croise le regard encore embrumé de sommeil de Nowi, la demoiselle aux cheveux blancs s'étant effectivement définitivement éveillée le temps que sa rencontre du soir ait terminée ses assauts factices. Un geste rapide de celle se trouvant encore sur les peaux lui indique qu'elle la salue, tandis qu'elle perçoit rapidement la voix douce de cette charmante camarade la héler depuis le couvert de la toile pour lui offrir une première interaction en cette belle journée. Entamant donc de la rejoindre, Karm lui répondit en toute simplicité, non sans se rendre compte qu'elle devait avoir l'air de fondre sur place, mais au pire elle pouvait bien s'en moquer elle-même.

" Bonjour Nowi. Ravie que tu te sois bien reposée. Réveille toi doucement, je dois encore avoir un peu de pain aux graines et aux baies pour éviter que ton estomac crie famine. Je te sors ça de suite. "

Passant les buissons et les branches qui l'éloignaient jusqu'ici de la fausse humaine, Karm rejoignit le camp pour alors se diriger en direction de son sac. Y farfouillant quelques instants, elle finit par en sortir une épaisse boule encore enveloppée dans un torchon, puis s'adonna à la libération de la denrée pour la présenter à sa camarade encore gorgée de sommeil. Le pain était tout aussi brun à l'intérieur qu'à l'extérieur, si l'on ignorait les petites inclusions de graines noirâtres et de baies confites laissant voir des tons parfois rougeoyants ou plus profonds, tirants sur le violet. Le genre d'en-cas qui se suffit en lui-même, même si les voyageurs lui ayant confié ce dernier s'était assurés de l'informer que ce délicieux morceau de mie épaisse et de croûte croustillante trouvait l'ensemble de sa pleine dégustation seulement une fois accompagné de fromages divers et variés. Un choix qu'elle dût éviter au vu de l'évolution dramatique des produits laitiers une fois dans son sac pendant plusieurs semaines. En tout cas, elle en rompit un morceau pour elle-même, puis offrit le reste de la miche à sa compagne de la soirée, lui offrant par la même bien assez de nourriture pour qu'elle puisse couper court aux cris déchirants de son estomac. Il semblait même assez évident qu'elle ne pourrait guère le finir, mais la lionne préférant donner sans réfléchir, après tout même si elle se retrouvait avec un certain manque de nourriture, elle n'aurait qu'à chasser ou cueillir ce qu'elle pouvait pour éviter la disette. La demoiselle aux cheveux opalins n'eut alors qu'à finir ses étirements pour accepter l'offrande, et lui répondre au passage à son offre précédent leur nuitée.

" Je me disais que... je pourrais t'accompagner. Pas seulement un petit bout de chemin mais aussi dans les ruines. On ne sait jamais, il pourrait y avoir des sorts de protections et de pièges et... je n’en ai peut-être pas l'air mais je m'y connais un peu sans trop être experte.
 -  T'es sûre ? Tu l'as relevé toi-même hier au soir, c'est potentiellement une idée de con. "

Karm ne mâchait pas ses mots, mais c'était un fait très clair entre ces deux femmes, le chemin que prenait la lionne était non seulement un chemin solitaire, tout à fait absent de la moindre trace de vie, prétendument tout du moins, aussi n'importe quoi ou n'importe qui pouvait se trouver dans ces cols montagneux ancestraux et ces potentielles ruines d'un autre temps. Pour autant, alors même que la lionne s'était gonflée les joues du morceau de pain qu'elle avait précédemment rompu de la miche, elle observa sa camarade, qui d'un air déterminé semblait appuyer sa décision. Ouais, visiblement ce petit bout de femme avait fait son choix, elle n'allait pas la repousser indéfiniment par simple bonne conscience.  Par contre, pour toutes les deux d'ailleurs, Karm ne répondit pas dans l'instant, se contenta de mâcher son petit-déjeuner avec quelques sérieuses difficultés afin de pouvoir bientôt répondre sans qu'elle ne lui crache une rafale de petits bouts de mie compacte. Allez, plus que quatre bouts, de bons coups de crocs, c'était difficile de séparer la pâte sèche qui s'était créée à force de mastication, mais enfin la lionne parvient à déglutir, une fois puis deux, pour alors libérer sa bouche de la présence pourtant gustativement impeccable. Ouais, décidément, il fallait vite en finir avec ce bout de pain, il était clairement bien trop asséché ! Enfin, la puissante guerrière reprit enfin un peu de prestance, puis s'exprima fièrement afin d'acter leur situation :

" Eh bien c'est avec joie que j'ferais ce bout de chemin avec toi. Comptes sur moi pour m'assurer qu'il ne t'arrive rien, je te fais confiance en retour pour me tirer des potentielles emmerdes dans lesquelles je me fourrerai. J'te fais pas un dessin, difficile de se sauver le lard avec la moitié du corps enfoncé dans un blob, ou hypnotisée par quelques arts de l'esprit. "

Elle tendit la main vers le reste de ses affaires, puis entama de finir de se vêtir tout en rajoutant.

" Allez, j'te laisse te faire les crocs du coup, j'en profite pour me préparer et ranger mon matos. On s'élance juste après, objectif trouver un chemin pour sortir de cette forêt et rentrer enfin dans ces foutus couloirs montagneux. "

Joignant l'acte à la parole, Karm acheva de s'équiper pour alors démonter l'ensemble de son matériel. Que ce soit les toiles tendues entre les troncs, les peaux aux sols, ainsi que le reste du feu de camp, elle roule les premières et les seconds pour alors les ranger dans son large sac de voyage, tandis qu'elle parachève son tour en recouvrant les traces de son arrêt nocturne de terre sèche. Elle récupère toutefois une des pierres chaudes du camp pour l'envelopper du torchon qui contenait auparavant son pain sec, puis l'installe dans son sac pour assécher son équipement de bivouaque, tout en calant une branche entre la fermeture de son sac et le pardessus couvrant afin que s'échappe naturellement les vapeurs d'eau. Le tout sur son dos, un regard en direction de Nowi pour être certaine que cette compagne de dernière minute ait eut le temps de faire ses propres affaires, puis la lionne prend les devant de la marche, arme en main, afin que les deux femmes entament leur progression de la journée. Après tout, il était grand temps d'enfin parvenir à pénétrer ces monts bien trop secrets à son goût et la puissante guerrière comptait donc mettre les bouchées doubles en cette matinée, espérant bien avoir rapidement sous les yeux quelques formations naturelles lui permettant enfin de s'aventurer en direction de son objectif sans avoir recours à quelques varappes. Malheureusement, après quelques heures de marches, il lui fallut déchanter, tout en s'assurant de garder pleine contenance.

Ce n'était pas un défaut qu'elle attribuait à celle qui l'accompagnait, mais plutôt à ses habitudes de voyageuse solitaire : Sa compagne de la nouvelle heure était plus lente qu'elle. On ne parle pas de grand chose, mais étant donné la motivation de Karm, la lionne se retrouva assez rapidement à devoir se retenir, ne pas s'élancer comme une dératée au beau milieu de cette dense forêt. Adieu les bonds d'arbres en arbres, adieu l'exploration hiératique en s'élançant de gauche à droite pour tenter d'obtenir de meilleurs points de vues, la lionne dut s'astreindre à une marche méthodique, gardant un oeil derrière elle pour s'assurer que celle qui l'accompagnait ne venait pas défaillir face aux pentes ardues, aux terrains accidentés, à la végétation folle qui se faisait assez souvent traître sous un pas malavisé. C'était une affaire complexe, la guerrière se trouvant bien obligée de tenir sa propre laisse, mais elle ne voulait pas non plus agir inconsciemment, elle n'avait pas proposée à la croisée illusoire d'accompagner ses pas pour ensuite lui faire sentir qu'elle ne lui convenait pas en terme de rythme de progression. En tout cas, c'est avec ces pensées répétitives et récalcitrantes que la femme vint parcourir ces flancs forestiers de longues heures durant, dépassant d'abord les pleines heures de la journée, puis observant la chute du soleil en direction de la pointe des monts sans qu'encore un passage vers le coeur de cette chaîne de montagne ne se soit révélé. Frustration faisant, voilà que la lionne appelle à la halte, entamant de se percher sur un énorme caillou ayant rompu la canopée pour chercher à y voir plus clair, tout en grommelant.

" Mais foutu forêt, c'pas sérieux, on va pas rester cent-sept nuits dans cette mer d'arbres ! Nowi, tout vas bien pour l'instant ? Profites si tu veux te reposer un peu, j'vais essayer de sonder les environs j'pense. "

Bondissant de son perchoir et atterrissant devant la charmante camarade d'expédition, elle plante la hache à ses côtés avant de commencer à s'étirer.

" Cinq jours que j'traîne ici, je ne veux pas y passer une nuit de plus. J'vais tenter de remonter la pente, avec un peu de chance ce rocher a créé un passage en tombant jusqu'ici. Je prends dix minutes, pas plus, ça te va ? "

3
Parler de son passé n'était pas en soi un réel problème pour Karm, mais il n'était pas vraiment de bonnes histoires qui n'existent sans drames, la situation de la lionne n'en étant pas exempte il fallait qu'elle reconnaisse sa propre morosité une fois qu'elle mentionna les parts plus sombres de sa motivation. Non pas qu'elle s'y attache, après tout cette malédiction qu'elle portait au creux de ses reins avait au moins été la bonne raison pour elle de quitter son domaine natal, de laisser à ses confrères et consoeurs le soin de protéger les tribu des steppes pour simplement se donner le droit d'assurer son propre futur. Au moins, elle eut l'occasion, au travers de son récit, de constater non seulement l'intérêt et la douceur de sa camarade du soir, celle-ci semblant bien honnêtement lui présenter une oreille des plus attentives, s'accompagnant d'ailleurs d'un air de plus en plus grave à mesure que la terranide des terres chaudes développait son histoire. Elle eut un temps le désir de s'assurer que Nowi n'ait pas l'idée de crier sur tout les toits ses découvertes vis-à-vis de cette fière lionne, mais son comportement général fut rapidement la révélation criante qu'elle n'oserait se comporter de la sorte, rassurant en premier lieu son hôte avant que celle-ci ne destine son récit à ses plus récentes découvertes, lui exposant finalement les raisons de sa venue dans un milieu si lointain, si exempt de la moindre forme de vie commune. Sa camarade de soirée sembla un temps dubitative, comme gênée par quelques détails, ce jusqu'à ce qu'elle se permette l'expression de ses doutes en un ton tout respectueux. La réponse de Karm ne tarda pas.

" Ça peut en être un, ouais. Disons que je suis prête à prendre le risque s'il se peut que je me libère enfin de mon fardeau. Entre un souci d'un court instant, et potentiellement briser l'épée de Damoclès qui se trouve au dessus de ma trogne depuis quelques années... Le second est suffisamment alléchant pour que je passe le reste à la trappe. "

Pas besoin de se cacher, ses motivations la menait parfois à un certain degré d'inconscience que seuls les puissants pouvaient se permettre, mais elle n'avait pas vraiment de bonne image à conserver auprès de cette nouvelle rencontre. Oui, Karm était capable d'ignorer les dangers. Après tout, elle pouvait à elle seule emporter dans son sillages les brigands et autres soldats qui oseraient tenter de la soumettre, massacrer nombre de créatures magiques sans même perdre le contrôle de son souffle et... Il fallait aussi être honnête, les longs voyages qu'elle avait entreprit depuis son départ n'avaient fait que la renforcer, l'amenant désormais à un certain débordement de confiance en soi. Un comportement peu prudent, certes, mais qui allait avec ses compétences : utiliser la force brute pour traverser ces terres et atteindre ses objectifs n'avait jamais été un problème, alors elle s'y adonnait franchement, faisant fi des potentiels détails. Après tout, la petite créature métamorphe avait failli en faire les frais un peu plus tôt, un excès de prudence de la lionne ayant pu lui offrir la rencontre d'une des main griffue de Karm avant même que la moindre forme d'interaction réelle soit mise en place. À la lumière du doux échange qui s'était créé après coup, la guerrière pouvait très bien comprendre que ça aurait été bien dommageable, mais c'était ainsi qu'elle fonctionnait de prime abord. Au moins, les échanges adroits et le temps de partage permirent aux deux femmes de découvrir autre chose, un véritable temps de plaisir où l'une et l'autre surent se révéler sans avoir à craindre des conséquences. Et d'ailleurs, l'intronisation de la lionne arriva enfin, ultime signe de cet accord muet d'une entente mutuelle en cette douce soirée.

" Enchantée de faire votre connaissance Karm.
 -  Plaisir partagé Nowi, maintenant lâche le vouvoiement et ce sera parfait ! "

L'amusement du moment sembla quérir cette croisée illusoire, emportant assez naturellement la lionne qui se permit un sourire sincère, mettant derrière elle ses ronchonneries précédentes pour mieux se concentrer sur l'instant délicat qu'elles partageaient. L'une comme l'autre se concentrèrent de nouveau sur la fin du repas, les derniers poissons survivants tombant sous les coups de croc de ces deux dames pour n'en laisser que quelques arêtes, qui elles-mêmes connaîtront le destin funeste de terminer dans les flammes du feu de camp. C'est d'ailleurs sans bien plus de délicatesse qu'une fois les morceaux de cartilages abandonnés aux braises Karm se laissa choir en arrière, s'étalant de tout son long sur les peaux qu'elle avait installée plus tôt dans la soirée. Repue, elle passa son regard tantôt sur la toile tirée au-dessus de leurs têtes, puis vers son invitée, avant de finalement regarder son sac d'affaires, pesant un instant le pour et le contre. Un élan de souplesse la fit rouler en arrière, l'amenant sur ses quatre pattes, avant qu'elle ne se glisse derrière celle qui finissait sa dernière bouchée de poisson séché, son nez déplaçant quelques mèches de la chevelure opaline pour mieux découvrir l'oreille de cette fausse humaine. Oui, elle jouait un peu, mais il était aussi de sa nature de parfois jouer la prédatrice. Surtout qu'ici, elle cherchait juste à la taquiner comme un peu plus tôt, s'assurant de produire l'impact le plus vif possible, ne serait-ce que pour tenter de déstabiliser celle qui semblait avoir enfin atteint quiétude et tranquillité alors même qu'elle se tenait auprès d'une guerrière fière et potentiellement dangereuse. Contradiction de l'esprit, la lionne avait juste acceptée de laisser son instinct faire le travail :

" Excuse donc mon empressement, sussura-t'elle au creux de son oreille, je me mets en tenue de nuit. J'espère que tu n'osera pas tourner ton regard en ma direction, qui sait comment je pourrais le prendre ? "

Ponctuant cette révélation d'un léger souffle qu'elle lui expira le long du lobe, elle retourna au coeur de son abri de fortune pour se libérer de ses tenues de voyage. Se permettre de lui dire qu'elle se mettait en tenue de nuit était clairement un mensonge par ailleurs, mais elle osait imaginer que la demoiselle actuellement déguisée en nonne de combat pouvait peut-être se trouver des moeurs moins libérales,
moins sauvages peut-être même, que la puissante guerrière dans son dos. Parce que la lionne ne se vêtissait guère du moindre apparat nocturne, elle ne fit rien de plus que s'ôter des boucles de métal, du cuir et des tissus qui couvraient déjà sa chair de façon bien lacunaire pour alors profiter pleinement de la fraîcheur nocturne sur sa peau cuivrée. Procédant par la suite à de longs étirements, couinant et soupirant tout bas à mesure qu'elle sentait ses muscles se relâcher, elle termina sa gymnastique du soir en allant récupérer une couverture dans son sac qu'elle vint jeter sur ses épaules, s'y emmitouflant négligemment avant de revenir auprès de la demoiselle dont elle n'avait jusqu'ici pas fait mine d'observer les réactions. Après tout, c'était là tout le jeu, faire mine d'être la proie quand elle était des deux celle qui pouvait tout naturellement se targuer d'être la prédatrice. Elle passa le haut de son corps par dessus celui assis de Nowi, l'observant d'en haut avec un fin sourire, les pans de sa protection nocturne révélant bien aisément qu'elle ne portait effectivement rien en dessous, puis s'exprima avec calme, l'une de ses mains allant tapoter le sommet du crâne de son invité.

" Je vais aller dormir. Je ne sais si tu souhaites reprendre ta propre route ou que nous fassions un bout de chemin ensemble, mais je ne suis pas contre. Tu me dis tout cela demain matin ? "

Puis, s'éloignant vers les profondeurs de son abri, La lionne se roula légèrement en boule avec ses couvertures sur le dos, ponctuant son ultime propos d'un bâillement :

" Tu peux dormir sur tes deux oreilles, je ne dors que d'une. Si quoi que ce soit approche, je réagirais. Bonne nuit à toi Nowi, fait de beaux rêves. "

*
*   *

Karm s'éveillera aux premières lueurs traversant l'épais feuillage de cette forêt. Contemplant les environs et la forme endormie de sa nouvelle connaissance, elle s'étirera longuement avant de quitter ses couvertures, s'avançant mollement jusqu'au feu pour le raviver de quelques bûches, ne serait-ce que pour supporter le froid matin montagnard. Nue, la lionne tendit l'oreille et le nez pour tenter de remarquer si quelques bêtes environnantes s'étaient approchées du camp, mais face à l'absence totale de présence, elle abandonna l'idée d'une chasse matinale, se contentant de retrouver le couvert de la toile pour aller chercher le tas d'affaires qu'elle avait laissé auprès de son sac. Se fardant de ses habituels atours, le claquement des boucles était étrangement bruyant dans le calme matinal, suffisamment pour que la guerrière s'en sente un brin coupable, observant par-dessus son épaule si elle ne réveillait pas par ces bruits secs la demoiselle endormie à ses côtés. Elle ne fit que l'essentiel du coup, laissant une partie de ses affaires pour simplement ressortir de son abri, hache à la main, puis de s'éloigner des lieux, mettant quelques mètres de distance entre elle et le campement. S'assurant de pouvoir y retourner en un élan, elle trouva un recoin assez ouvert, inspira à plein poumon, puis entama de passer son arme de droite à gauche, ouvrant lentement les arcs que la lame puissante accomplissait lors de ses mouvements. Instinctivement, ses gestes s'amplifièrent, s'enhardissaient, jusqu'à ce qu'elle éveille l'ensemble de son corps au rythme de son entraînement personnel, mêlant voltiges et actions puissantes, tandis qu'elle attendait l'éveil de sa jeune camarade de soirée.

4
" Je dois avouer être heureuse de ne pas être votre ennemie au final. Vous feriez une adversaire redoutable. Réussir à comprendre autant de choses au premier coup d’œil, seule une âme aussi expérimentée que la vôtre en serait capable. "

Le compliment ne manqua pas de la surprendre, surtout qu'il était finalement assez inattendu. Elle n'avait clairement pas cherché à impressionner cette femme, s'était tout simplement permise de lui offrir une explication plus ou moins clair de ce qui lui avait permit de ne pas plus s'inquiéter de sa présence, alors ... Il fallait avouer que la soudaine forme d'admiration qu'elle venait de recevoir la prenait de court. Rien de méchant toutefois, elle alla simplement accueillir cette réflexion d'un délicat sourire, comme pour souligner qu'elle appréciait les termes, tout en ne voulant pas extrapoler sur la fameuse expérience qu'elle lui prêtait : Elle était somme toute bien loin de véritables experts, et ses sens seuls étaient à remercier pour sa sagacité de l'instant, contrairement à certains guerriers qu'elle avait un jour connu capable en un regard de deviner les véritables compétences de ceux qui leurs faisaient face.

D'ailleurs, l'ensemble de cette démonstration sembla délier la langue de celle qui l'accompagnait désormais dans cet arrêt nocturne, lui permettant non seulement d'avouer donc qu'elle était effectivement capable de métamorphose, mais surtout qu'elle avait bien décelée son petit instant de faiblesse où elle s'était permise d'observer en l'humaine quelques formes alléchantes d'une nudité sensuelle. Un point partout, balle au centre, n'est-ce-pas ? Elle avait été la première à la taquiner, il serait bien honteux qu'elle s'offusque de recevoir un juste retour de bâton pour s'être permise de mentir éhonteusement dans le simple but de chercher à la perturber. Mais à la manière où elle n'avait pas appuyer sur cette petite pique verbale lors de son prime propos, Nowi ne sembla pas en faire plus que cela, se contenta de poursuivre ses explications avec calme et honnêteté, lui révélant tout simplement qu'elle cherchait juste à la rencontrer, et donc que sa venue n'était que le fait de pure curiosité. D'instinct, la lionne pourrait trouver cela bien audacieux, mais elle comprenait aussi qu'avec un talent comme celui de la métamorphose, elle pouvait sûrement trouver facilement quelques échappatoires si les événements avaient mal tournés pour elle. Certaines formes aviaires ou insectoïdes lui auraient sûrement permis de glisser entre ses griffes, si tant est qu'elle eut bien choisit son moment pour se transformer, de manière à la perturber un maximum. Surtout que Karm n'aurait clairement pas usée de sa hache pour essayer de l'attraper en plein vol, au risque de perdre son arme maladroitement en un point broussailleux de la dense et sombre forêt.

" Je pense comprendre, même si je ne peux aussi que me dire que le pari eut put être risqué. Heureusement que je ne suis ni cannibale, ni libidineuse. "

Elle en avait vu en se baladant sur ces terres, des créatures toutes aussi étranges que les autres. Vampires, esclavagiste, non sans parler de cette saloperie de tribu de grenouilles torves que sont les boffrons, il n'y avait pas vraiment de lieux en ce monde qui laissaient entendre que la vie pouvait être facile, ni même que la confiance reignait entre les peuples. Pour elle dont la force culminait à des seuils peu atteignables pour d'autres races, survivre était une affaire plus simple sûrement que biens d'autres formes de vie, aussi se trouvait-elle sincèrement étonnée de voir en cette femme suffisamment de confiance pour ainsi se présenter à un feu de camp esseulé. La dame aux cheveux d'opale pourtant ne semblait pas vraiment mettre cela en question, son esprit tantôt vif tantôt innocent s'étant visiblement concentré sur les bouchées de poisson que la lionne lui avait offerte plutôt que sur la pénibilité du monde de Terra. Peut-être fallait-il seulement que la puissante guerrière ne se pose pas plus de question elle-même et profite simplement du repas qu'il restait. Après tout, elle arrivait à la fin de sa brochette et se contenta de la dévorer à pleine dents tandis que son invitée faisant la rencontre de ses talents culinaires. Pas besoin d'ausculter ses réactions, elle n'allait pas non plus la garder tout le temps à l'oeil, l'amenant simplement à poser ses questions sans bien y réfléchir, retrouvant son naturel plus tranquille et ouvert maintenant que tout le monde autour du feu était définitivement en confiance.

" Je crois que je serais encore une piètre menteuse en disant ne pas avoir aimé votre préparation après l’avoir presqu’engloutie.
 -  Petite flatteuse, je sais que ce n'est pas de la grande cuisine. Mais j'apprécie que ça te plaise. "

Difficile de dire vraiment comment elle percevait cette jeune humaine rieuse et franche. Normalement, elle n'appréciait pas vraiment les humains, encore moins ceux qui pouvaient faire usage de la magie, élément tout à fait justifiable par son passé houleux avec les troupes d'esclavagistes qui parcouraient ses terres pour rafler les plus jeunes et les inconscients. Était-ce parce qu'elle savait que ce n'était pas la vraie forme de son invitée ? Ou plutôt parce que malgré tout, entre les regards en coin et l'air impressionné qu'elle lui offrait de temps à autres, la lionne avait l'impression d'être en face de certaines des jeunes femmes et hommes de sa tribu, à l'époque même où elle se déplaçait entre les maisonnettes de terre cuite pour rassurer l'ensemble de son peuple sur l'impossibilité que qui que ce soit ne leur fasse du mal du fait de sa simple présence ? Tant de questions et aucune réponse valable, c'était là le ressenti de cette guerrière qui se contenta de court-circuiter son esprit pour ne pas plus y réfléchir, à peu près au même moment où la petite demoiselle à ses côtés ne manqua pas de lui donner réponse pour l'offre de nourriture qu'elle lui avait fait par simple devoir de se faire pardonner pour les sueurs froides et la peur qu'elle lui avait provoqué.

" Va pour le partage alors. Je vais les attraper, ne bouge pas. "

Se redressant dans une ondulation possible seulement grâce à sa souplesse et ses muscles d'aciers, la guerrière passant de sa station en tailleur à celle debout en usant simplement d'un petit élan et d'une jambe qu'elle déplia tout en gardant l'autre en équilibre au-dessus du sol, elle entama de faire quelques pas courts pour faire le tour du feu et aller récupérer les deux derniers morceaux de nourriture fumante tandis que son invitée se lança dans de nouveaux questionnements. Rien d'aussi inquisiteur que précédemment, simple discussion mondaine entre deux personnes se rencontrant en pleine nature alors que la première ville est à plusieurs jours de marche. En y repensant d'ailleurs, Karm ne put s'empêcher de remarquer que l'ensemble de son renfrognement des dernières heures avait complètement disparu, preuve s'il en est qu'un peu de compagnie suffit amplement à faire disparaître les affres de l'ennui et des longues marches sans saveur. Tout en se retournant avec leurs futures bouchées, la lionne entama  une réponse honnête, n'ayant point de raisons de dissimuler ses objectifs à ce petit bout de femme qui l'observait avec la mine d'une admiratrice prête à découvrir un nouveau secret de son idole favorite. Décidément, c'était une drôle de rencontre.

" Bah écoutes, réellement, j'suis sur les routes depuis quelques années maintenant. J'ai un gros problème depuis quelques temps et je cherche tout les moyens envisageables pour l'éliminer. Ce problème baaaah ... Il est ici. "

Abaissant sa main, tout en gardant sa propre brochette en main, elle montre du doigt le tatouage ésotérique qu'elle porte sur le bassin, dont les circonvolutions étranges ainsi que la couleur peut laisser entendre à l'esprit aguerri la nature toute magique de son inscription dans la chair de la lionne. Elle finit ses pas pour se pencher en avant, se pliant quasiment en deux pour pouvoir lui tendre la brochette tout en plaçant son regard dans le sien, le visage relativement prêt de celui de son invité. Deux grandes prunelles grises vinrent trouver les émeraudes de la croisée illusoire, alors que les paroles de la lionne s'affermirent un peu, afin de faire comprendre qu'il ne s'agissait pas là d'informations triviales, aussi espérait-elle que son interlocutrice aurait le don de prendre ces aveux comme une forme de sincérité toute estimable de la part de la guerrière.

" De ce que j'ai compris, c'est un sceau de soumission, et pas un petit avec ça. Le type qui me l'a collé voulait me faire ronronner comme un chaton pour m'éliminer des risques potentiels de ses petits camarades d'esclavagistes. Pas de bol, je l'ai tué l'instant d'après, ses copains n'ayant pas les formules pour activer cette odieuse magie l'ont suivis de près. Mais bon, je vis depuis avec le putain de risque que le premier magicien que je croise puisse faire de moi sa petite chatte en chaleur d'un claquement de doigt, autant dire que je souhaite trouver une solution. "

Sa livraison accompli et le triste secret livré, elle s'en retourna à sa place originelle, à la droite de Nowi, retrouvant sa posture cavalière, en tailleur, pour alors venir croquer un bon morceau du poisson grillé qu'elle s'était gardé. Mâchant le tout en quatre coup de croc, elle déglutit rapidement pour enfin donner pleine réponse à celle qu'elle abrite cette nuit, non sans mimer d'ailleurs les grands gestes et l'air idiot du barde qui lui avait conté les étrangetés que ces montagnes accueilleraient en leurs seins, mais aussi la promesse potentielle d'une solution salutaire à ses yeux.

" Et puis au dernier village que j'ai traversé, y'avait ce guignol qui chantait et jouait je ne sais quel instrument. Hormis son envie de me ploter le postérieur, notre interaction lui fit m'avouer que 'se trouvait dans les montagnes d'Alva les restes de prestigieux peuples aux pouvoirs magiques phénoménaux. Leurs ruines encore vierges de la main d'explorateurs chevronnés cachent encore des richesses et des artefacts dont les pouvoirs pourraient accomplir tout les miracles !' Vu que je ne risque pas de demander à un mage de m'enlever cette tâche honteuse sur mon corps, j'me suis dis que je n'risquais pas grand-chose à aller vérifier si les fameuses ruines existaient, trésor compris. "

Un court silence s'installa, suffisant toutefois pour que la lionne se rende compte qu'elle s'était mise à légèrement tirer la gueule. En même temps, le souvenir de son manque de vigilance d'autrefois n'était pas vraiment de ceux qu'elle aimait mettre sur le tapis, mais elle trouvait suffisamment de plaisir en la présence de cette petite humaine pour se dire que ce n'était pas si grave de révéler son secret pour une fois. En toute honnêteté, cela lui faisait aussi un peu de bien même, cette tâche honteuse sur son pubis étant la raison même de ses voyages, donc de ses découvertes, mais aussi de son éloignement des siens, donc de la relative solitude qui en découlait à mesure qu'elle avançait encore et toujours au travers des paysages multiples et variés de ce monde. Un état conflictuel auquel elle cherchait à ne pas trop penser, peut-être même ne se serait elle même pas tant épanchée sur le sujet si elle avait put se défouler un peu sur le chemin, en faisant voler une tête ou un torse, ou en écrasant la face d'un abruti contre le sol. À la place, la voilà en train de déprimée face à cette jeune femme qui pourtant la regardait avec tant d'admiration, elle devrait plutôt faire comme à son village, se montrer forte et indomptable tandis que les jeunes de sa tribu scandaient son nom avec amusement. Mais attendez, d'ailleurs, elle n'avait même pas prit le temps de se présenter à celle qu'elle abritait ! La bourde, bon dieu, et elle ne lui en avait même pas fait la réflexion en plus ! Autant corriger cela immédiatement :

" Oh, j'm'en rends compte que maintenant mais ... Moi c'est Karm, guerrière et voyageuse donc, enchantée Nowi. "

5
Il y a des signes qui ne trompent pas. L'incongruité de sa décision sembla, pendant un bon instant, laisser la demoiselle humaine assez perplexe, l'empêchant de sortir de sa condition de petite statue pour simplement contempler la situation d'un air perdu, comme si elle pouvait se retrouver à nouveau dans une situation de vie ou de mort dès lors qu'elle osera faire le moindre geste. Mais pour Karm, l'affaire était déjà réglée, ses muscles s'étaient détendus, son esprit était passé à autre chose, notamment le délicieux en-cas qu'elle s'adonnait à dévorer à pleine dent pour ne pas en laisser une miette. Et non, un peu de chair carbonisée n'allait clairement pas calmer son appétit. Elle avait déjà eut à manger bien pire gustativement parlant, quant à la salubrité de sa nourriture, certaines précédentes expériences avaient déjà été mentionnées et laissaient entendre de ce qu'elle était capable de se mettre dans le gosier si tant est qu'elle s'en sentait la nécessité. La lionne s'adonna donc à son plaisir personnel le temps que la jeune femme se permette enfin de quitter sa condition d'immobilité nerveuse pour enfin réagir à ses propos, et visiblement il fallut à la puissante terranide le ridicule de parler la bouche pleine pour enfin la voir sortir de son triste état et enfin trouver l'honnêteté de lui parler. La voix de la croisée semblait toute aussi fausse que le reste de son apparence aux oreilles attentives de Karm, mais elle n'allait pas le relever pour autant. Il était clair que cette créature se cachait pour une raison bien précise, qui n'était peut-être même pas dû à la présence de la femme à la peau de cuivre, alors elle se sentait bien maladroite de lui faire la moindre réflexion.

Au moins, une réaction honnête chez cette drôle de petite femme se trouva être son estomac, qui d'un ton insultant se permit de faire signe à l'ensemble de l'audience de ce petit recoin de forêt qu'il se farcirait bien la moitié du gueuleton de Karm. Et si la lionne pouvait avoir bien du mal à partager ses prises, instinct félin faisant, elle avait d'elle-même invitée à cela précédemment, aussi ne prit-elle point mal cette sincérité de la part de son interlocutrice, bien au contraire. Elle la regarda s'approcher du coin de l'oeil, fit exprès de ramener ses yeux autre part pour que la femme ne se sente pas trop scrutée, puis quand elle approcha enfin de ses abords, se permit de planter sa propre brochette dans le sol pour tourner tout naturellement son visage vers le sien. Élancée de nature, la différence de taille entre elles étaient remarquable, même une fois que les deux étaient assises, mais au moins ni l'une ni l'autre n'allait avoir à se tordre le cou pour se parler droit dans les yeux, ce qui n'était clairement pas une mauvaise chose. Pourtant, il restait visiblement une certaine gêne chez cette inconnue, un manque de compréhension qu'elle ne put s'empêcher de dévoiler, comme si elle se devait de pointer d'elle-même ses propres défauts et étrangetés. Autant dire que Karm ne la choisirait jamais comme co-équipière de jeu, il est évident que le mensonge chez elle n'était pas fait d'un corps solide, que le doute occultait bien trop rapidement sa pensée et ses réflexions. Par contre, ainsi perdue dans une forêt lointaine et loin de toute civilisation, ce manque de constance dans son déguisement avait au moins le don de confirmer la perception de la terranide lionne : Elle ne représentait clairement pas un danger, tout au plus était-elle un brin fourbe, une qualité souvent pour qui a besoin de survivre.

" Je vous prie de m’excuser si je remets en doute la chance que j’ai que vous ayez accepté que je reste avec vous mais… Qu’est-ce qui vous a amené à penser que je ne suis pas un danger ? Ce que je veux dire par là, c’est que mon odeur semble vous avoir fait comprendre que je n’étais pas un danger pour vous. Mais ne craigniez-vous que j’ai pu anticiper cela pour vous tromper ? Je pourrais être une créature qui se joue de vous et endort votre méfiance.
 -  On t'as déjà dit que t'étais vraiment nulle pour plaider ta cause ? "

La réponse de Karm avait glissée d'entre ses lèvres sans la moindre forme de détour ou de tournure apaisante. Une vérité brute et évidente, mais que la lionne ne pouvait tout simplement pas taire face à cette situation. Autant dire qu'elle savait parfaitement qu'elle allait devoir l'expliquer juste après si elle ne voulait pas laisser un froid s'installer immédiatement entre elle et son invitée, mais franchement voilà de biens nombreuses prises de tête pour quelqu'un qui jusqu'à peu se dissimulait au loin de peur de confronter celle qui se trouvait dans la clairière. Tandis que celle qui se trouvait à ses côtés ne manqua pas de rebondir sur ses propos, s'excusant de quelques impolitesses illusoires avant de se présenter sous le patronyme de Nowi, Karm s'avança en direction du feu, s'étendant à quatre pattes pour aller chercher une des brochettes qui grillait depuis quelques temps au bord des flammes. Puis se ramenant en arrière, elle ondula jusqu'à sa position habituelle en tailleur tout en pliant un peu plus son dos, afin de présenter à la jeune femme la denrée qu'elle venait de capter entre ses doigts, façon de l'inviter à se sustenter pendant qu'elle lui répondrait. Elle restera d'ailleurs ainsi sans un mot tant que son invitée ne tendra pas les mains pour attraper le bout de bois chaleureux, puis une fois cela fait, se réinstallera calmement, un coude sur son genoux et son menton dans la paume de sa main. Le premier coup de croc de Nowi dans la chair tendre du poisson salé viendra donc entamer la réponse de la lionne, cette dernière parlant bas et calmement, comme si elle cherchait à rassurer un chaton apeuré. Ce qui en soi n'était pas bien loin de celle qu'elle avait recueillie sous sa toile et sur ses peaux.

" Eh bien écoutes Nowi, c'est clair que tu te dissimules d'une manière ou d'une autre. Ton odeur est neutre. Pas couverte, pas tronquée, neutre. Y'a rien de plus louche que ça face à une terranide qui montre des signes d'un odorat développé, comme les félins ou les canidés. Donc, si ton odeur est factice, je peux imaginer que ton apparence aussi. Et si tu peux te dissimuler, j'imagine que tu aurais tout aussi bien pût trouver un moyen de ne pas te montrer, d'autant plus que tes vêtements laissent entendre qu'ils sont tout frais utilisés, donc qu'ils ont été mis récemment. Je condamnerai pas la nudité, mais il faut avouer que seule une inconsciente se baladerai en tenue de naissance dans une forêt loin de toute civilisation. "

Relevant son regard vers la droite, laissant sous-entendre qu'elle imaginait la scène de cette plantureuse humaine aux cheveux blanc en train de se balader tandis que l'ensemble de la végétation se permettait de caresser ses formes laissées à l'air libre, Karm ne fit même pas mine de cacher ce petit élan réflectif. Elle se permit même de retourner son regard vers elle avec un sourire amusé, laissant voir quelques dents bien plus acérés que la normale humaine, peut-être même du standard terranide si l'on se permettait d'en analyser la ligne et le tranchant. Est-ce que cette petite dame emplie de doute allait comprendre le sous-entendu graveleux de son air rieur ? La lionne ne le savait pas, mais même si cela restait un plaisir personnel, l'image mentale qu'elle s'était faite avait un petit quelque-chose de cocasse qui ne manqua pas de la faire un peu glisser de sa posture sérieuse. Elle lâcha son menton et se détendit pour aller poster son corps en arrière, étendant simplement ses bras pour lui servir de support dans cette position, tandis qu'elle se permit de reprendre en fermant les yeux, montrant définitivement qu'elle n'était pas sur ses gardes. Après tout, dans le règne animal, quoi de plus dangereux que de présenter son ventre et de fermer les yeux ? Rien, et s'il était peut-être tout à fait impossible que cette humaine ne conceptualise les actions de Karm de la sorte, sûrement que quelques instincts primaires lui permettront de comprendre le message gestuel qu'elle lui envoyait : Détends-toi, même si j'analyse le tout tu n'es pas une ennemie de quelques façons que ce soit.

" Tout ça pour dire : Si t'étais un être malin et malintentionné, ton comportement aurait été différent. Tu avais remarqué mon camp bien avant que je ne te remarques toi, donc en toute logique tu ne serais pas venue seule ou aurait fuit dès lors que je t'aurais repéré. Tu aurais peaufiné ton camouflage avec un parfum pour paraître plus naturel car tu n'en serais pas à ton coup d'essai. Tu aurais tenté une action au corps-à-corps une fois que je me serais approchée plutôt que de regarder mes abdos en mordillant ta lèvre inférieure avec nervosité. Et surtout tu ne t'enfoncerais pas en tentant d'exposer un plan diabolique qui n'a pas de sens à la lumière de ce qu'il s'est déjà passé. "

L'une de ces informations était parfaitement fausse et servait uniquement de taquinerie pour venir piquer un peu le flanc de cette créature qui n'osait pas encore se détendre alors qu'il était évident que le ton de la rencontre n'était plus à la nervosité compulsive. D'ailleurs Karm rouvrit tout simplement les yeux pour observer un peu la réaction à son mensonge éhonté sur le mordillage de lèvre, histoire de constater à quel point l'humaine illusoire se trouvait être crédule face à une énormité aussi évidente. Faut dire que les mauvais menteurs ont tendance à ne pas se rendre compte de leur propre inconsistance dès lors qu'ils sont prit sur le fait d'une erreur, et c'était malgré tout une information intéressante pour la lionne de voir à quel point cette femme pouvait cacher ses émotions ou ses doutes. En revanche, le chapitre sur les explications de ses choix étaient clos pour la puissante terranide, aussi elle se redressa un petit peu et entama plutôt de questionner la jeune femme sur un autre sujet, occultant bien volontairement les conséquences de ses taquineries derrière un sourire fier et franc.

" Sinon, il est comment mon poisson ? "

Rattrapant sa propre brochette entamée, elle y mit un léger coup de croc avant de poursuivre :

" J'l'ai salé moi-même, histoire de pas pouvoir en vouloir à qui que ce soit si j'm'intoxique. Si ça te plaît l'en reste encore deux, c'mon cadeau pour m'excuser de t'avoir soupçonné. "

6
Alerte ? Certes, inquiète ? Pas le moins du monde. Karm faisait pleine confiance en ses sens et les capacités de son corps, elle savait très bien qu'un danger, même nocturne, n'aurait que bien peu de chance de se prouver parfaitement potent face à la machine à tuer qu'elle se trouvait être. Surtout que ce simple bruit qu'elle avait ouïe n'était le fait que d'une seule entité, un groupe plus important n'ayant de toutes façons pas réussi à parfaitement se dissimuler sous le vent, aussi elle l'aurait depuis bien plus longtemps perçu, ne serait-ce qu'à l'odorat. Une seule créature, un seul être humain, ce n'était pas un défi, aussi elle se trouvait dans une position de force écrasante, qu'elle se préparait à démontrer sitôt qu'elle aurait à trop attendre l'arrivée de celui ou celle qu'elle venait de héler dans la nuit, simple moyen d'offrir une porte de sortie pour l'inconnu qui s'était laissé porter par l'audace de pouvoir s'approcher sans faire de bruit en premier lieu. La lionne trouva d'ailleurs le temps un peu long, se demandait même s'il n'allait pas falloir qu'elle se redresse, hache à la main, pour aller débusquer la petite souris qui se terrait dans les fourrées. Toutefois, alors qu'elle s'apprêtait à s'élancer en avant pour se remettre sur pied, elle entendit les buissons s'agiter vivement, produisant un chuintement délicat tout en lui révélant avec lenteur deux mains levées vers le ciel, puis l'ensemble d'une plastique toute féminine. Point plus d'observations furent nécessaires pour permettre à la terranide de clairement identifier une humaine, tout ce qu'il y a de plus normal, ainsi qu'un équipement de voyage laissant entendre d'une certaine validité de la présence de cette dernière en ces terres éloignées de toutes civilisations.

" Je suis désolée de vous avoir dérangé. Je ne voulais pas troubler votre tranquillité. Seulement, je ne pensais pas trouver quelqu’un dans un tel endroit et la fumée de votre camp m’a rendu curieuse.
 -  Hum hum. "

Laconique, la lionne ne pouvait s'empêcher de pousser son observation un peu plus loin tandis que la demoiselle aux cheveux d'argent amenait ses pas aux abords des flammes du feu de camp. Peut-être que son esprit lui jouait quelques tours maladroits, mais il semblait évident que certains détails ne collaient absolument pas avec la situation, aussi fallut-il à la puissante terranide quelques secondes pour intellectualiser ce que son instinct avait visiblement capturé dès les premiers instants. Le fait est que nombres de villages se trouvaient bien lointains de cette couronne montagneuse où les deux femmes venaient de se rencontrer. De même manière, la forêt dense au pied de ces crocs rocheux s'étalait sur de nombreux, très nombreux hectares, et le coeur forestier où se trouvait actuellement le campement étaient fort profondément enfoui dans les bois. Tout cela n'invalidait pas en soi la vaillance de celle qui venait de se présenter à la femme à la peau cuivrée, si ce n'était pour l'état quasiment impeccable de sa tenue : Ni traces de poussière, de boue, de feuillages, de griffures et l'on pouvait en passer bien encore d'autres, ne venaient souiller le tissu pourtant d'un blanc éclatant. C'est simple, cette femme en armure de plaque partielle et robe aux motifs cléricaux aurait tout aussi bien pût apparaître juste devant elle qu'elle n'aurait pas trouvée cela parfaitement surprenant. Cela sentait la magie, ou quelques particularités raciales dont elle n'avait ni la science ni la connaissance même. Aussi, et de façon à ne pas connaître plus amples surprises... Karm quitta sa position relaxe pour se dresser sur ses jambes, sans pour autant accompagner ce mouvement de son arme qu'elle laissa sur les fourrures au sol.

" En voilà d'une approche singulière. Pas de bruits, pas d'appel pour prévenir de ta présence... Autant de prudence, mais ça ne mentionne même pas l'idée que quelques brigands auraient tout aussi bien pût se trouver autour de ce camp pour se justifier. "

Karm fait un pas pour s'approcher, contournant le feu de camp pour pouvoir rejoindre cette humaine dans le plus grand des calmes. Toutefois, se doutant bien des réactions que cela peut provoquer, elle ponctue cet acte d'un ordre souverain, afin que l'intrus de la nuitée ne soit pas tentée d'agir inconsciemment, au risque de provoquer des événements que, visiblement, personne ne souhaite voir se produire en cet instant.

" Ne bouge pas. Si je voulais te faire du mal j'aurais déjà bondit à ta gorge, et clairement pas les mains vides. "

Elle fit le tour, toisant tout du long cette inconnue. La terranide pouvait avoir par instant un comportement félin, mais ici ce n'était pas une nature joueuse ou un besoin de supériorité qui la motivait, elle cherchait simplement à pousser celle qui se trouvait devant elle dans une position suffisamment inconfortable pour potentiellement la faire fauter. La question principale de Karm était de savoir si cette nouvelle-venue avait quelques compétences magiques. Le moindre mouvement arcanique, la moindre petite forme d'incantation, le plus petit scintillement d'énergie ésotérique autour de la demoiselle aux cheveux blancs et la lionne bondirait en un instant pour venir lui broyer la gorge d'une main tout en lui brisant un bras de l'autre. La terranide ne supportait pas ces horribles salopards en robe et leurs pouvoirs avilissant, la marque qu'elle avait au bassin étant un exemple bien suffisant de ce qu'elle avait put subir de leur part, lui permettant par ailleurs de justifier toutes les horreurs qu'elle leur préparait si elle venait à leur mettre la main dessus. Malheureusement pour la plantureuse humaine qui lui faisait face, elle avait bien trop de doute pour ne pas au moins chercher à la provoquer un petit peu, se doutant bien que lâche comme sont les mages, cette dernière se trahirait tout naturellement si elle lui collait au moins un court instant de pression. Mais étrangement, rien ne changea, même une fois qu'elle fut à hauteur de la croisée à la toison opaline, ses mains encore dressées en signe de reddition. À croire que la terranide se montait la tête toute seule.

" Tu sais ... Y'a quelque chose qui cloche ! "

Situation assez peu étonnante, mais maintenant qu'elles se trouvaient l'une en face de l'autre, Karm était obligée de méchamment baisser son menton pour la regarder. Ce n'était toutefois pas l'objectif, tout ce qu'elle fit fut d'humer assez discrètement la demoiselle et les environs, cherchant tant bien que mal à percevoir si son odorat pouvait l'informer de quelques présences d'outils magiques, de poudres, d'onguents ou de composants que les jeunes mages et les plus chevronnés des magiciens ont tendance à porter avec eux. Mais non, rien. Littéralement rien par ailleurs, car elle ne portait pas sur elle une odeur en particulier, ce qui ne manqua pas de définitivement perturber la lionne. Un humain, ça a une odeur. Un mage ça a une odeur. Une personne qui voyage depuis plusieurs jours ça a une odeur. Cette étrange créature devant elle semblait absolument neutre, indescriptible, tout à fait invisible à son nez. Théorie personnelle, la lionne se mit très rapidement à s'évoquer la possibilité qu'elle se trouvait en face d'une créature farceuse venue jouer avec ses nerfs. Contre-théorie, la-dite créature aurait tout aussi bien pût trouver une forme plus efficace pour la faire réagir. Conclusion, aucune idée, mais elle se détendit soudainement : Il était à peu près évident à son goût que l'inconnue de cette nuit n'avait rien à voir avec les forces humaines, encore moins les mages et autres praticiens d'arts obscures et déshonorants. Aussi, elle se redressa de ses deux bons mètres, cessa définitivement son ton empreint de doute et de suspicion, puis après un bon soupir se retourna, dos à la femme, accompagnant ses mots d'un geste de la main assez débonnaire.

" Mais bon, j'laisse tomber. T'es pas un danger. Vient, installes-toi, J'ai de la place sous les toiles et du bois pour toute la nuit. "

Accompagnant cette déclaration, la lionne bondit d'un mouvement par-dessus les flammes avant d'atterrir sur les peaux qu'elle avait quittée quelques instants plus tôt, s'y roulant avant de se réinstaller en tailleur, attrapant d'une main vigoureuse sa brochette. Remarquant par ailleurs que sa hache prenait une sacrée place, elle l'attrapa pour la repousser un peu plus loin, histoire d'être sûre que la fausse humaine puisse se mettre à l'abri, puis vint se caler une énorme bouchée de poisson entre les crocs pour se délecter de la chair... qui venait un peu de griller. Merde, elle aurait pas dût le replanter si près des flammes, quelle idiote. Enfin, faisant rebondir la chaire filandreuse sur sa langue et entre ses crocs, elle fait un nouveau signe à la demoiselle tout en parlant la bouche pleine, mâchant forcément une bonne partie de ses mots :

" A''ez a'ènes-hoi ! 'U 'eux un 'orheau ? "

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Vivre à l'ombre des montagnes était une expérience nouvelle, riche d'enseignement, dépaysante. Pour Karm, qui avait fait l'ensemble de sa jeune vie dans les grandes steppes sèches et ardentes du Sud, ce monde curieux où la végétation brillante offrait des paysages verdoyants, où la moindre petite colline culminait déjà à des hauteurs suffisantes pour voiler l'horizon et où chaque chemin serpentait comme quelques viles créatures pour mieux épuiser les voyageurs. Autant dire que la terranide lionne avait déjà foulé une bonne partie du territoire, tout en commençant à pester d'ailleurs vis-à-vis de l'impraticité des lieux, mais quelques récents objectifs l'obligeait de parcourir ces territoires luxuriants en direction de tréfonds montagneux encore lointains. Pourquoi ? Eh bien cela remontait à quelques jours, alors que ses pérégrinations la menèrent à traverser une bourgade somme toute modeste :

Après avoir couvert une partie des territoires de Nexus, elle s'était faite engagée par une caravane marchande afin de les protéger lors de leur voyage. Une belle semaine de trajet l'avait ainsi fait progresser jusqu'au village pittoresque de Frannmire, un lieu qui n'avait pas vraiment d'intérêts pour elle, qu'elle comptait d'ailleurs quitter aussitôt que les marchands lui aurait rémunéré sa tâche. Pourtant, une nuit pleine de repos dans l'auberge du coin aura eut le don de lui changer ses projets sous la forme d'un conteur à la mine patibulaire qui s'était installé en fond de pièce pour gagner un peu sa croûte. Entre un chant grivois et une comptine populaire, il s'était permis une étrangeté surprenante : Une légende des terres environnantes, apparemment, prétextant que dans la chaîne montagneuse d'Alva se trouvait depuis des temps immémoriaux quelques trésors qui attendaient encore d'être découverts. Le genre de thème qui attire l'oreille et la cupidité, le genre d'histoire qui normalement n'aurait clairement pas fait bouger Karm de sa chaise, mais quand le barde entama de raconter que ces trésors étaient ceux d'un puissant magicien du passé, capable des plus grandes merveilles et d'exaucer les souhaits de ceux qui se trouvaient affligés de bien des maux, elle ne put s'empêcher d'y trouver un intérêt. Après tout, elle avait encore sous ses tissus et au creux du bassin le symbole de soumission magique qui lui avait été imposé par cette honteuse créature humaine. Une tâche sur son honneur qu'elle cherchait encore à dissiper sans avoir encore trouvée la moindre piste pour se faire, une des raisons d'ailleurs de son long voyage loin de ses terres natales.

Elle attendit la fin de soirée pour attraper le bougre et lui demander plus amples informations sur la-dite légende. D'abord des plus incorrect, en témoigna la main qui chercha visiblement à cueillir le fessier de la lionne, il ne fallut pas plus qu'une torsion du poignet et un air de dégoût courroucé pour que la discussion se dirige dès lors vers un échange bien plus agréable et utile : Selon ses dires, la chaîne de Montagne d'Alva, à quelques jours au Nord Nord-Ouest, avait dans un lointain passé abrité plusieurs académies de magies d'un royaume oublié. Bien entendu, ces lieux pouvaient tout aussi bien avoir déjà été pillés, mais la relative dangerosité des monts, avec ses cols pentus, ses gouffres abyssaux, et son réseau de cavernes habité par de biens nombreuses créatures de toutes sortes avaient rendus les lieux passablement peu empruntés par le simple quidam. Comment la rumeur de précieux trésors s'était ébruitée alors ? Parce qu'un aventurier de grande valeur avait un jour traversé ces monts en solitaire et s'était ensuite égaré dans les plaines, usant de ce qu'il avait découvert dans les profondeurs d'Alva pour rémunérer et remercier ceux qui l'abritèrent et lui montrèrent le chemin pour quitter ce territoire reclus. L'histoire en sa globalité tenait la route, ce qui était largement suffisant pour que la puissante guerrière finisse par en accepter non seulement la véracité, mais surtout relâche le barde malheureux, lui glissant quelques piécettes pour l'information avant de se décider de son futur objectif. Si les montagnes pouvaient abriter quelque-chose pour la libérer de sa malédiction, rien ne l'empêchait vraiment de prendre le risque de s'y aventurer. Absolument rien.

La nuit ne la convaincue pas du contraire. Ne lui restât alors que de récupérer son dû au matin auprès des marchands qu'elle avait protégée, puis de les saluer pour alors se diriger dans la direction relative des montagnes. Hache sur l'épaule, menton fièrement relevé, elle s'était élancée sans le moindre doute sur la relative pénibilité du trajet, découvrant à mesure de progression que ces territoires étaient une chiée monumentale pour avancer efficacement ! Et bien sûr, qui dit frustration dit perte de temps. Les jours s'enchaînèrent tout en la voyant freiner de plus en plus souvent, s'accordant des pauses peu nécessaires simplement pour qu'elle s'occupe efficacement au lieu de simplement observer les paysages qui, sincèrement, la fatiguait moralement. Chaque morceau montagneux la faisait soupirer de lassitude, et ses quelques arrêts tandis que la nuit approchait étaient synonymes d'un ennui certain, l'obligeant à trouver une occupation mineure dans le fait de dessiner du bout d'un bâton la faune et la flore de son milieu natal, comme pour se donner un peu de courage maintenant qu'elle se trouvait si loin de chez elle. Si encore elle pouvait se défouler face à quelques personnes malintentionnées, user de son arme pour pleinement détendre ses muscles, mais non, ce territoire était absolument vide de la moindre présence, surtout qu'à la manière de ce que le conteur avait put l'informer, personne ne passait par ici à cause de la dangerosité des montagnes, donc pas le moindre brigand n'attendait en ces lieux pour potentiellement détrousser du badaud inconscient. En conséquence, tout en devenait long, chiant, laborieux aux yeux de la guerrière qui se sentait lentement rouiller.

Enfin, la plus pure et honnête vérité désormais était qu'elle se trouvait à l'orée des monts. Elle marchait dans le froid relatif de l'ombre gigantesque qui couvrait les centaines et centaines d'hectares au pied des montagnes, progressant péniblement de petits chemins en pleines végétations à la recherche d'un col montagneux praticable. Une affaire qui l'amena à camper tardivement, sa vision féline l'aidant à progresser encore un bon moment dans la pénombre avant de finalement abandonner pour aujourd'hui et simplement se laisser choir dans un petit recoin boisé. Elle ne tarda pas à hacher du tranchant de sa précieuse compagne les arbres environnants pour se faire une modeste collection de bois à brûler, puis opéra à l'allumage d'un feu de qualité afin de se tenir au chaud pour la nuitée. Nombreux ne prennent pas ce risque de peur d'être facilement remarquable, mais Karm n'en avait cure, après tout il n'y avait sûrement rien d'aussi dangereux qu'elle en ces lieux, si encore il pouvait exister dans les environs la moindre forme de danger pour commencer. Et qui dit feu dit nourriture chaude, autant dire qu'elle n'allait pas se priver de faire griller un peu les petits poissons salés qu'elle s'était gardée dans un pot hermétique, les plantant au bout d'une tige de bois pour ne pas avoir à les tenir une vingtaine de minutes au-dessus des flammes pour enfin avoir le droit à un repas. Puis, tendit que le tout se mit à cuire, elle vint installer par quelques cordages une toile pour couvrir un morceau de son refuge de la nuit, tendant le tout entre les arbres et les racines, pour enfin couvrir d'une épaisse peau le sol de feuilles et de terre meuble. Un campement parfait pour une nuit parfaite.

" Allez, à table. J'espère que vous avez pas pourris mes petits poissons, ça risque de chier autrement. "

L'idée de se taper une intoxication alimentaire ne lui faisait clairement pas envie. Elle avait oubliée un pot de nourriture comme ça une fois, s'en rappellerait toute sa vie pour les longues nuits fiévreuses qui en avaient découlée, alors même qu'elle s'imaginait crever la bouche ouverte au beau milieu de quelques plaines inconnues. À l'époque, elle avait trouvée une rivière pour pouvoir compenser sa déshydratation extrême, mais aujourd'hui, elle aurait bien du mal à rejoindre un cours d'eau, le dernier qu'elle avait croisé se trouvant à plus de deux jours de marche. Même si elle avait confiance en sa résilience personnelle, elle s'imaginait mal se traîner sur une telle distance sans périr sur le chemin. Enfin, sur ces douces pensées qu'elle repoussa d'un geste large de la main, elle attrapa l'une des brochettes pour y caler un coup de croc prudent, puis se retrouva à sourire. Le goût était parfait, pas la moindre aigreur, ni même un fond d'acidité. S'écroulant donc avec joie sur son arrière-train, la peau chaleureuse qu'elle avait installée amortissant cette chute volontaire, elle entama de déguster son repas calmement. Le premier poisson englouti, elle alla en attraper un deuxième, reprit une bonne bouchée avec un certain bonheur, commençant même à oublier l'agacement du trajet. Mais c'est là qu'elle entendit un bruit. Un craquement dans la nuit. Un pas léger, pas bien inquiétant, donc pas une grosse bête, mais clairement il y avait quelque chose dans les environs qui s'était approché de son campement.  Karm reprit une bouchée de poisson tout en posant sa main gauche sur le manche de son arme, tendant l'oreille pour trouver l'origine de ce son.

Plus rien, pas la moindre réaction. Ça ressemble à un comportement humain, les bêtes ne s'approchent pas pour se figer au plus petit bruit. La lionne planta sa brochette dans le sol avant de se tourner dans la direction relative du craquement qu'elle avait ouïe... avant de s'exprimer d'un ton cassant.

" Hey, j't'ai entendu ! J'sais qu'y'a quelqu'un, alors soit tu te montres, soit j'sors mon arme, t'as le choix ! "

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Des échos de voix lui parvenait. Ceux de quelques ruffians ayant malheureusement eu la chance de ne pas périr sous les assauts de son arme. Des commentaires peu acceptables, injurieux, grossiers, qui se glissaient au travers de l'air frais des steppes pour venir se glisser à son oreille, au travers des barreaux de sa cage. Sortant de l'inconscience, elle bougea lentement la tête, percevant un nouveau son qu'elle abhorrait, celui des chaînes métalliques qui crissaient dès qu'elle repositionnait une partie de son corps. Une honte, impardonnable et grotesque pour elle, qui lui rappelait les événements d'il y a maintenant plus de douze jours, alors qu'elle explorait ces confins doucereux à la recherche de nouveaux adversaires dignes de sa valeur. À la place, elle les avait rencontré eux, ces fils de chien sans honneur qui se permettaient désormais de reluquer sa chair, de se délecter de sa rage, de se moquer de sa nature non-humaine comme s'ils avaient été les véritables vainqueurs de leur affrontement. Décidément, les êtres humains sont une espèce bien orgueilleuse... Et bien lâche.

Lentement, elle se redressa dans la cage mobile qui lui servait de chambre. Ses vêtements, en grande partie arrachés, ne lui servaient plus qu'à dissimuler le strict minimum. Autant dire que la fraîcheur des lieux agressait son corps, faisant que les trois petites heures de sommeil qu'elle venait de glaner étaient presque un soulagement pour son être passablement meurtrie, elle dont les nuits étaient généralement synonymes d'insomnie à cause de la température ambiante. Enfin, la torpeur passée, elle s'assied dans un recoin de cette prison en perpétuel mouvement et observa les environs. Toujours les même plaines qu'elle avait parcourue le mois dernier. Point de surprise à l'horizon, mais visiblement la journée avait bien progressée, quelques reflets rougeâtres commençant à dominer le ciel. Un spectacle qui raviva une nouvelle fois ses souvenirs, celui d'un acte violent où elle pensait déjà en avoir fini avec les sales races qui s'étaient attaqués à elle, mais où malheureusement les cartes furent redistribuées au beau milieu de l'affrontement, menant à son état des deux dernières semaines.

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Elle s'était préparée à bivouaquer après une belle journée de marche. Autour d'elle, les plaines étaient dénuées de couverture forestière, à part loin au Nord-Ouest, aussi n'avait-elle pas craint pour son immédiate sécurité. Pourtant, quelques fous plein d'audace avaient finit par apparaître au loin, se détachant du contour d'une colline pour alors s'arrêter, avec leur convoi, puis de l'observer de loin. Elle ne savait pas alors ce qu'ils étaient et pensaient, toutefois, il ne lui fallut pas de plus grande observation pour les remarquer commencer à tirer leurs armes, puis à se jeter sur elle à toute allure, en grand nombre. Elle n'eut pas besoin de plus pour tirer sa hache de l'herbe où elle l'avait posée, puis d'accueillir  ces crétins en de grands moulinets, fauchant les plus téméraires comme les blés, tandis que les plus prudent eurent rapidement la conscience de se positionner plus défensivement. Mais ils n'avaient pas fuit, un constat qui aurait dû lui mettre la puce à l'oreille. Abattant son arme ou l'utilisant du plat pour briser et projeter ses assaillants, elle avait juste entamée une lente remontée en direction du convoi de ces raclures opportunistes, se préparant non plus à défendre sa vie, mais surtout à transformer leurs pauvres chariots de bois et d'acier en restes disparates dispersés aux quatre coins de la colline.

Cet assaut frontal fut son erreur. Elle ne le comprit qu'au moment où elle commença à sentir ses forces la quitter. Puis son agilité, suivit de sa capacité à réfléchir clairement. Quelque part dans le convoi, bien protégé derrière les panneaux de bois, il y avait un de ces mages humains dont la couardise n'a d'égal que la faiblesse physique. Pourtant, à son plus grand malheur, sa propre charge effrontée l'avait amenée dans le rayon d'action de cet adversaire invisible, ce dernier semblant lui saper une par une ses forces, espérant peut-être ainsi la rendre capturable. Elle n'y comptait sûrement pas. Plus enragée que jamais, la terranide avait alors abandonnée son arme, devenue trop lourde malgré sa force encore titanesque, puis entamée un carnage sauvage en sautant d'un ennemi à l'autre, broyant les os, tordant les jointures, arrachant la chair de ses dents ou de ses griffes... Les blessés s'accumulaient rapidement, assez pour qu'elle puisse croire en sa victoire. Ce fut l'instant ou un ultime sort la toucha; celui-ci réveillant elle ne savait comment la marque du premier sorcier qu'elle avait éliminé. La malédiction éveillée ne mit qu'une fraction de seconde pour envahir son être, et alors en plein élan, la pauvre se retrouva à choir sur le sol, dénuée de toute force, haletante.

Sans le savoir, ils venaient de la priver de ses crocs, de sa capacité à combattre et lutter. Son acquisition fut brutale, plus d'un se permirent de lui rendre quelques bons coups pour se venger de l'humiliation première qu'elle leur avait fait connaître... Puis elle avait été jetée dans cette cage à roues, y perdant alors lentement tout honneur à mesure que les jours passaient.
- - - - -

" Alors chaton, on a décidé de se montrer gentille ? "

L'homme à cheval qui passait à côté de sa cage semblait prendre un malin plaisir à lui pomper l'air, notamment parce qu'il passait quasiment tout les jours pour en remettre une couche avec ses propos disgracieux. Bien sûr, elle avait beau éviter de lui répondre, non sans parler de le foudroyer du regard comme pour lui signifier que si on la tirait hors de cette cage elle se ferait une joie de lui arracher la cordes vocales une par une, il ne s'embêtait pas plus pour revenir à la charge de plus belle. Toutefois, ce crétin aux cheveux sombres et à l'air narquois semblait d'encore plus bonne humeur aujourd'hui, quelque chose qui ne manqua pas d'aigrir un peu plus Karm, celle-ci pouvant parier que ce qu'il allait lui dire aujourd'hui allait sûrement piquer encore un peu plus son coeur et son honneur. Cela ne manqua pas, l'homme constatant qu'elle se comportait de la même manière que les dernières fois, il alla tirer un petit anneau de fer de sa pochette avant de le montrer à la terranide, non sans s'exprimer d'un ton hautain et narquois.

" Tu sais ce que c'est ? J'imagine que les bêtes dans ton genre ne savent pas bien ce qu'est la magie, mais je te présente un anneau enchanté. Devines donc quel est cet enchantement !
 -  Va pourrir, humain.
 -  Moi qui voulais te prévenir, comme c'est vilain de parler ainsi. Cet anneau a été enchanté par notre mage. Après avoir étudié la formule qu'il a utilisé pour te dominer, il nous a conçu ces petits bijoux pour que tu sois bien docile avec nous ! N'est-ce-pas merveilleux, tu vas bientôt pouvoir sortir de ta cage ma minette ! "

Le regard salace qu'il posa sur elle ne manqua pas de lui faire comprendre le message implicite. L'envie de le trucider lui monta d'un coup au nez, son souffle s'échauffant pour préparer son corps à lui bondir dessus pour mieux lui déchirer le corps, lui dévorer la chair et lui arracher le coeur encore battant. Mais que ce soit les chaînes qui la maintenait bien ancrée au sol de sa prison, non sans parler des barreaux de sa cage parcourus de petites runes de protection, elle savait très bien qu'une tentative comme celle que son esprit lui hurlait d'accomplir ne résulterait qu'en un échec cuisant et douloureux. Alors elle s'éloigna de ce rat, trouva place dans le coin opposé de la cage, l'ignorant le plus difficilement du monde tandis que les chariots du convois continuaient leur route à rythme lent. La nuit tomba ainsi alors qu'elle  se mordait la lèvre inférieure pour ne pas enrager. Jamais elle ne permettrait ces rats de faire ce qu'il voulait d'elle. Il voulait la tirer de cette cage ? Qu'ils essayent, elle saura leur faire comprendre qu'elle est parfaitement capable de lutter face à leurs petits tours de charlatan.

Karm était tant dans ses pensées qu'elle ne remarqua d'ailleurs même pas que les chariots avaient visiblement cessés de progresser. Plus de remous pourtant, c'est ce qui aurait dû lui permettre de s'en rendre compte. Pourtant, bien loin de la tirer de la colère primale qui enveloppait son coeur, l'immobilisme du convoi ne fit rien de plus que l'aider à se laisser porter par sa rage, la femme en haillons se redressant péniblement pour faire quelques pas sur la surface de planche de bois épais. Le manque de nourriture, le manque d'eau, ainsi que son sommeil disparate commençaient vraiment à lui ôter bon nombre de ses forces. Sans parler du froid. Le froid des nuits, presque polaire. Cette nuit encore, elle le sentait déjà, comme s'il neigeait déjà sur ces terres, que la glace prenait forme et enveloppait les lieux d'une température si faible qu'encore ce soir elle allait...

Elle n'eut pas le temps de finir sa pensée qu'elle vit, au travers des barreaux de sa cage, un gigantesque pilier de glace aiguisée se planter dans le sol, arrachant l'herbe et la terre sous son impact dans une gerbe impressionnante. Enfin ses oreilles se mirent à nouveau à fonctionner, la vision de cet objet nivéen complètement invraisemblable l'ayant coupée nette dans la rage qu'elle accumulait dans son esprit. Elle laissa son ouïe faire le travail, entendit au loin, bien devant elle, les bruits d'un affrontement brutal. Hurlements et éclats de rire hautain se mêlait à la cohue de ces barbares idiots tandis qu'ils s'armaient et tiraient parfois de leurs armes à feu rudimentaires. Visiblement, le convoi avait rencontré quelque chose de suffisamment intéressant pour oser tenter de l'acquérir... à moins que quelques créatures monstrueuses se soient prit de l'idée de se repaître de quelques pourceaux à forme humanoïde. Instinctivement, Karm commença à prier les dieux tutélaires de son peuple. Pitié, faites que ce qui est en train de se passer lui donne la maigre chance de s'enfuir, de retrouver la liberté.

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Le coin du chalant / Re : Trames de Pavé-man (Any% all Characters)
« le: vendredi 23 juin 2023, 15:45:38 »
Nouveautés :

Nouveau format spoiler pour que vous puissiez plus facilement aller voir les trames qui vous intéresseraient sans pour autant avoir à scroller pendant des heures.

Et ensuite, ajout d'une trame rapide pour définir un peu un cadre de jeu classique pour les nouvelles Sorceliennes. N'hésitez donc pas à aller zyeuter !

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Prélude / Re : Sorcelienne, synonyme de malchance [Meowlidé.es]
« le: vendredi 23 juin 2023, 15:04:59 »
Et un grand merci à toi très chère !
Direction le chalant, y'a du monde qui attends !

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Prélude / Re : Sorcelienne, synonyme de malchance [valucidée]
« le: vendredi 23 juin 2023, 13:25:34 »
Bonjour bonjour o/

Petite demande à la modération, vous me connaissez bien et ... Et je viens de rajouter trois autres personnages à la fiche des Sorceliennes, trois personnages qui ont donc grand besoin d'une validation !

Regardez, je vous fais même les yeux doux OwO ! Sivopléééééé.

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Une volée d'affaire traversait l'espace aérien de la chambre. Un T-shirt en triste état précédait une culotte, elle-même précédée d'une boîte fourre-tout, le tout suivi de quelques tournevis ainsi que d'un minuteur à déclenchement différencié courte portée. La tête sous son lit, entre la position quatre pattes et couchée, Reinhardt tentait tant bien que mal de trouver de biens précieuses affaires dans sa cachette habituelle. Mais à part son innommable bordel, pas moyen de trouver ce qui lui tenait tant à coeur. Alors elle était passée de la simple fouille à la recherche frénétique, d'où l'ensemble de ses affaires qui venait traverser l'air ambiant pour ricocher sur un meuble ou un mur, laissant comprendre par la violence croissante des chocs l'état fébrile de la jeune rousse. RIEN ! Elle ne trouvait absolument rien, ni colle, ni bloc, ni poudre, pas le moindre petit morceau de feu d'artifice ou de réactifs chimiques. Se tortillant tant bien que mal pour quitter sa posture ridicule et sa cachette misérable, la jeune femme se redressa pour venir s'installer sur ses talons, interdite.

Les mots lui manquèrent en premier lieu... Puis dans un sursaut de lucidité, elle regarda l'état apocalyptique de sa chambrée avant de souffler entre ses lèvres la triste vérité :

" Je... Je suis à sec. Merde, putain, je suis à sec ! J'ai plus rien ! "

Trois semaines qu'elle n'avait rien fait sauter, même pas une petite charge. Trois semaines qu'elle s'était évertuée à passer pour la jeune fille modèle après avoir manquée se faire attraper par un flicard grassouillet qui traînait près de sa zone d'essai habituelle. Non pas qu'elle l'ait de nouveau aperçue depuis, mais elle savait depuis le temps qu'elle manquait trop souvent de vigilance, ce qui l'avait obligée en ces derniers jours de simplement se ronger les ongles et attendre un minimum, histoire de pouvoir reprendre sereinement ses exactions. Mais là, c'était le chaos, la fin du monde, le jugement dernier ! Alors qu'elle craquait, qu'elle ne pouvait plus tenir face au manque du plus beau spectacle du monde à ses yeux, elle constatait avec effroi qu'elle ne pouvait même pas s'y adonner par manque de matériel ? Non, impossible, elle ne pouvait juste pas se permettre pareil échec ! Secouant la tête comme un chien après un bon bain, elle se ressaisit rapidement et se leva d'un mouvement sec, ignorant le rapide tournis que ce mouvement lui infligea pour aller filer en direction de son ordinateur portable.

" J'dois bien avoir un fournisseur encore capable de me filer quoi que ce soit ! "

Elle avait ses tuyaux, ses petits experts du marché noir et de l'illégalité pour se fournir. Faut dire, malgré tout, que la surveillance quant à l'achat d'équipements sensibles avait singulièrement augmentée ces derniers temps, qu'elle ne pouvait plus se permettre de jouer à la petite chimiste dans son coin. Elle avait besoin de passer par des voies plus discrètes, à son grand malheur. Là, elle se mit à écumer l'ensemble de ses contacts afin de vérifier si ils étaient encore actif, si il n'y avait aps eut d'affaires sordides à leurs propos. Rien de pire que de tenter de contacter un mec qui est actuellement en garde à vue, voire pire, déjà en instance de jugement. Malheureusement... Cela semblait être le cas de pas mal de ses anciens fournisseurs. Parrot ? Il croupissait actuellement en prison pour une peine de cinq ans. M. Hîto ? Tombé il y a de cela six mois, visiblement pour des affaires pas très nette de proxénétisme. Quand à son petit favori, à savoir "BluestPigglet", ses stocks avaient visiblement été découvert par les forces de police Seïkusienne il y a plus de dix jours. Autant dire que les chances qu'il soit à sec étaient extrêmement élevée, sans parler des mecs qui devaient le suivre à la trace désormais.

Pas le choix, elle allait devoir se tourner vers quelqu'un de moins fiable, mais qui ne subissait pas actuellement de traitement particulier de la part des flicards. En soi, elle en connaissait deux autres à Seïkusu. Il y en avait d'autres bien sûr dans l'ensemble du territoire japonais, mais elle ne pouvait tout simplement pas attendre qu'on lui envoie un colis : Si elle ne faisait pas exploser quelque chose d'ici à ce soir, elle allait juste entamer une phase de manque complètement insupportable. Attrapant donc son téléphone, elle alla chercher dans ses contacts ceux qu'elle avait placée de manière assez singulière en liste noire. Elle débloqua le premier qu'elle aperçue, puis envoya un petit message très rapide : "... XVR 37 strawberry ". Elle n'attendit pas plus de deux minutes avant que son petit outil de tout les jours ne se mette à sonner, l'amenant à décrocher immédiatement dans un empressement certes pas nécessaire, mais absolument révélateur de son état mental.

" Oui ?
- On a ce qu'il faut. RDV 21h45. On a trois caisses et une boîte.
- Très bien, à plus tard. "

Discussion courte mais efficace, le code fonctionnait encore, et ce fut d'ailleurs son premier soulagement. XVR pour désigner un équipement explosif, 37 pour définir qu'elle cherchait de la matière première, puis strawberry pour expliquer qu'il s'agissait d'une production en petite quantité. Quant aux trois caisses et la boîte, c'était juste un joli moyen de le dire qu'elle allait devoir aligner au minimum quelques trois cents dollar pour la transaction. Ça allait faire un petit trou dans ses comptes, mais depuis qu'elle s'était laissée aller au travail de camgirl sur ses temps libres, elle amassait suffisamment de fonds pour ne pas être gênée par une telle dépense. Elle espérait juste qu'il n'allait pas lui refourguer de la merde. Enfin... La rousse observa l'horloge qui marquait 16h40, pestant intérieurement qu'elle allait clairement devoir prendre encore un peu son mal en patience. Tant pis, elle récupéra rapidement ses affaires, enfila son hoodie vert aux couleurs du creeper de minecraft, puis quitta la maison en faisant signe à ses parents.

" Je file voir des amis au parc, je vous aime, à ce soir, ne m'attendez pas pour dîner ! "

On lui répondit, sûrement quelques protestations d'ailleurs, mais elle refermait déjà la porte derrière elle pour filer prendre le premier bus. Elle allait retirer du liquide, puis s'occuper en attendant l'heure fatidique.

*
*   *

Elle se rongeait les ongles sans même s'en rendre compte. De loin, quelqu'un de suffisamment vigilant aurait peut-être pût se demander quel genre de fille traîne dans une rue du malfamé quartier de la Toussaint, mais n'importe qui de suffisamment proche devinerait les évidents symptômes physique du manque. Pourtant, nulle drogue ne coulait dans les veines de Reinhardt, point de liquides obscurs ou de poudres malodorantes. Simplement la dépendance mentale à une activité criminelle qu'elle ne parvenait à réfréner. Savoir qu'elle était si proche d'un stock de combustibles pétaradants avait le don de faire monter encore d'un cran sa fièvre destructrice. Elle tira une boîte d'allumettes de sa poche, contempla l'embout rouge avec un regard trouble. La demoiselle craqua l'allumette, fit mine d'enflammer une mèche, puis sifflota entre ses dents pour mimer le bruit d'une lente mise à feu. Oh oui elle en avait besoin, impérieusement, immédiatement. Se délester des feuilles de papier qu'elle sentait dans sa poche, les convertir en outil de destruction, c'était bien tout ce qui lui occupait l'esprit.

Elle observa sa montre. 21h33. Elle ne tenait plus, tant pis, elle allait être un peu en avance. S'enfonçant dans la petite rue où elle s'était installée, elle tourna à gauche, puis descendit un petit escalier à la rambarde rouillée pour alors faire un demi-tour, se glissant sous le chemin qu'elle avait empruntée pour alors atterrir dans un recoin de rue à peine éclairé. Heureusement qu'en cette époque, les nuits sont plus tardives à arriver, au moins elle parvenait à observer le chemin qu'elle empruntait sans la lumière de son portable. S'enfonçant donc dans cette ruelle, elle mit un peu de temps avant de reconnaître la porte qui l'intéressait, avec son petit panneau vert sur le coin supérieur. Se mordant l'index pour chercher à calmer un peu ses ardeurs, elle se mit à frapper le moins nerveusement possible cette entrée, pour s'arrêter quand elle entendit quelques bruits de pas venir de l'intérieur. Allez viiiiite, elle n'en pouvait plus de perdre du temps !

La porte s'ouvrit, livrant au regard de la jeune femme la peau hâlée et les cheveux oranges de "TheMerchant". Pas le plus grand revendeur de Seïkusu, pas le plus humble non plus. Mais ce soir, il restait son sauveur.

" Pyrite ?
Salut le marchand, j'ai un peu d'avance, ça te gêne pas ?
Si, mais on va faire avec. Rentres donc. "

Pas besoin de se faire attendre. Elle fit rapidement quelques pas pour pénétrer dans le logis miteux de cet homme. Autant dire que ça puait la clope froide, la mauvaise bière et ... biens d'autres choses. Mais elle ne comptait pas rester bien longtemps. Se glissant dans le salon de l'homme, mélange de matelas autour d'une table basse couverte de bordel, ainsi que d'un aquarium dans lequel un cendrier flotte dangereusement, la demoiselle se pose contre un mur avant de regarder le couloir, observant son revendeur entamer de rapides allers-retours. Chier, ça, ça veut dire qu'elle allait encore devoir attendre.

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Il est évident que cet élégant et magnifique semi-renard n’est pas du genre à apprécier sa condition, c’est un fait qui lui était absolument évident. Mais Haffrant n’est pas franchement du genre à se perdre dans la considération des états d’autrui, tout au plus agissait-elle en fonction afin d’obtenir ce qu’elle souhaitait, et ici, il s’agissait d’un cobaye. Il ne voulait pas être dans cette cage, et finir au main d’un maquereau qui allait le vêtir en femme afin qu’il se fasse passer dessus par tout les dégénérés du coin en manque de petit cul à défoncer pour étancher leurs besoins les plus primaires ? Eh bien il n’avait pas d’autre choix que de voir ses attentes se faire revoir à la baisse, et c’est exactement ce qu’elle lui proposait en cette occasion : Pas un achat de sa personne, mais un accord tacite entre les deux, où elle gardait certes une posture de supériorité, mais où ce charmant jeune homme allait avoir suffisamment de place pour s’exprimer. En gros, elle lui offrait de la considération, et celle-ci était en soi une marque qu’elle n’allait pas le traiter trop durement. Du moins en apparence, elle ne savait absolument pas quel genre de résultat ses potions sauraient donner sur ce corps. Mais avait-elle besoin de le dire ? Non. Allait-elle le faire toutefois ? Non plus. Quand on veut obtenir ce que l’on veut, on ne parles pas du négatif, on étouffe les risques, on omet les règles. Ici, en cette occasion, peut être que le kitsune en face d’elle avait conscience que le faux peut exister par delà les plus honorables des paroles. Mais il n’avait pas non plus beaucoup d’autres choix pour s’en sortir. Face à la main qu’elle lui tendit, il fit un geste simple de la tête pour offrir son accord, avant de regarder autour de lui, comme à la recherche d’autre chose … Puis lui répondit, ce qu’elle écouta avec joie :

« Je ne peux de toute façon pas agir ici, parce que ça mettrait en danger les autres esclaves... D'accord, j'accepte ce marché pleinement.
Oh ? C’est louable de t’inquiéter pour eux. Certains ne se perdraient pas en telle noblesse. »

Quelle jolie voix. Mais elle n’allait pas non plus y apporter un chapitre de sa conception sur le fait que sa tonalité correspondait à la beauté de son apparence. À la place, elle vit tendre lentement sa main au travers des barreaux de sa prison, en direction de la sienne, et elle ne se fit pas non plus attendre pour sceller cet accord. Sans empressement aucun, ce qui aurait eut l’air plus louche qu’autre chose, elle vint prendre la main du jeune homme dans la sienne, et laissa alors son ouvrage magique faire son œuvre : Sans douleur, ni autre forme de désagrément, le jeune mi-humain put voir le sceau briller un court instant, puis d’élégantes chaînes bleutées s’échapper d’entre leur paumes pour finalement envelopper ses doigts et son poignets. L’instant d’après, sans laisser de traces visibles à l’extérieur de son membre, ces chaînes vinrent lentement se glisser dans sa chair, disparaissant par la même occasion. Seule allait rester la glyphe principale, désormais bien placée en l’endroit du corps choisie par ce garçon, si bien que l’archimage à la tenue provocante mit fin à cette poignée de main, et se redressa en s’étirant, parfaitement décontractée devant sa nouvelle acquisition. La mise en avant de son bassin lorsqu’elle partit en arrière pour se délier les épaules et le dos aurait peut-être même put le mettre un peu mal à l’aise, mais elle n’y fit aucunement attention. En revanche, elle se ravisa en se rappelant qu’elle n’avait guère demandée la clé au gardien saurien. Reprenant une posture plus neutre, elle fronça les sourcils, puis observa l’épais cadenas de la porte grillagée… Tant pis pour les manières et les conventions, hein ?

« Yiik’feir ! »

Pointant du doigt le cadenas à l’annonce de ce mot de pouvoir, un cliquetis sonore se produit, puis immédiatement l’objet s’ouvre, comme s’il n’avait jamais été verrouillé. L’instant suivant, le dernier rempart tombe au sol, et le chemin vers une posture plus agréable pour Malkio devient enfin une réalité alors qu’Haffrant prends  le temps de lui ouvrir la grille avec un geste plein d’assurance. Un large sourire et une main tendue vers l’extérieur finit de parfaire sa petite présentation de la nouvelle ‘liberté’ du kitsune :

« Bienvenue donc auprès de moi, Malkio. Je te laisses sortir, te remettre un peu de ta position, puis je t’inviterai à me suivre. Nous avons un peu de marche jusqu’à ma tour malgré tout, mais j’imagine que cela va te permettre de profiter un peu pour réveiller tes muscles ! »

Patiente donc, elle lui laisse alors quelques secondes pour qu’il puisse s’étirer, réchauffer ses muscles sûrement tétanisés par la position qu’il a dût garder pendant bien trop longtemps, puis s’assure de le voir prêt et disponible pour se mettre en marche. Passant à côté du marchand, elle vérifie cependant par un rapide regard par-dessus son épaule que le jeune homme ne va pas pour se venger de lui en l’instant, n’ayant guère envie d’avoir à éprouver sa loyauté et sa sagesse alors même qu’Haffrant venait de lui offrir sa prime confiance. Ce ne fut pas le cas, même si elle eut le droit de voir brûler en son regard quelques flammes terribles d’une haine palpable. Décidément, si il arrive à ressortir de sa tour en un seul morceau, ce petit bonhomme risque de produire quelques terribles vendetta. Ce ne sera plus ses affaires en un sens, aussi n’allait-elle pas lui reparler de cela. Elle n’avait d’yeux que pour son travail.

Quittant donc la tente, ils se retrouvèrent au beau milieu du quartier esclavagiste d’Ashnard. Très honnêtement, l’archimage se doutait bien que la marche allait sûrement être des plus pénible moralement et éthiquement parlant pour son compagnon, mais elle y trouvait là une occasion de voir à quel point il pouvait s’en tenir au marché qu’ils avaient tout deux acceptés. Elle aurait put les téléporter, mais à la place, de pouvoir contempler à quel degré Malkio était en capacité de se conformer aux exigences mises en places était un point d’information qu’elle tenait à coeur. Toutefois, il n’était guère question de le forcer à regarder l’ensemble des pauvres miséreux enchaînés et dévastés qui se trouvaient sur les étals, non sans parler des pleureuses dénudées qui se retrouvaient à geindre ou crier devant des foules de malheureux en ruts, espérant avoir suffisamment de piécettes pour se payer leur prochaine pute à consommer gratis du mois. Aussi se permit-elle de reprendre la parole, l’observant généralement du coin de l’oeil en ces occasions, de manière à capter ses réactions, ses inquiétudes, et peut-être même chopper quelques informations sur la raison de sa présence ici… Après tout, cela pouvait toujours être utile d’en savoir un peu plus sur son nouveau cobaye :

« Alors Malkio, j’imagine que tout cela doit te faire bouillir le sang, je me trompe ? J’aimerais juste te rappeler que même si la majorité se retrouve dans de terribles circonstances, certains ici acquièrent par l’achat des statuts dont il n’auraient jamais put rêver autrement. Juste pour te dire de ne pas faire n’importe quoi, dis toi que certains survivront d’ici à ce que je te libère et après… tu fera bien ce que tu veux, même si je devine qu’il peut s’agir de quelque chose de stupide. »

Sur l’instant, elle lève un peu le nez pour observer les hauteurs de la cité, grouillante de vie et d’existences pitoyables. Dans le fond, elle n’a pas de préférence entre esclaves ou pauvres hères endimanchés. Du plus bas au plus haut de la cité, tous sont semblables : Des insectes qui se donnent des airs, de la misère à la préciosité. En ce sens, elle n’a fait que suivre le chemin le plus court vers l’acquisition de ce dont elle avait besoin, et s’il s’était agit d’une enfant de noble, croyez bien tout ce que vous voulez, elle n’aurait eut aucun remord à la kidnapper séant. Mais non, à la place elle avait trouvée le kitsune, et s’en trouvait parfaitement comblée. Reprenant donc sa discussion, elle se décida alors à se tourner vers le jeune homme, marchant à reculons dans un rythme soutenu, tout en lui parlant ouvertement, sans détour, et sans cachotteries quant à la situation d’Ashnard :

« Mais pour l’instant, tu es à moi. Une appartenance somme toute frivole tant que je ne t’offre pas liberté d’ailleurs, car je pourrais disparaître que tu resterais, selon la cité et ses lois, un esclave. On te trouverais juste un autre maître, plus ou moins bien attentionné par ailleurs. Mais je ne compte pas être mauvaise avec toi. Rien qu’un échange de bon procédé, le temps que mes recherches aient progressé, d’accord ? En revanche, je suis prête à entendre tes questions et tes demandes, quelles qu’elles soient ! »

14
« MAYU ! Vraiment ? Pourquoi t’as l’air aussi stressé en parlant à mon interphone, il ne va pas te manger ! Je viens t’ouvrir bouge pas ! »

Elle ne se sentit pas la capacité de répondre sur l’instant, n’ayant eut que l’occasion de sursauter en entendant la voix de son amie, avant de finalement rosir de honte en entendant les propos de son amie. Bien sûr, oui, que cela faisait particulièrement formel comme manière de se présenter à l’interphone, mais … Mais elle était comme ça, l’aisance, le naturel, la facilité de contact, c’était tout autant de chose qu’elle ne maîtrisait pas si bien que ça, alors … De devoir rester simple lors de ce type d’instant était juste d’une totale impossibilité pour elle. Patiente et un peu gênée d’avoir été surprise dans ce genre de comportement par Izumi, elle attendit cordialement à la porte, avec patience, de la voir s’ouvrir sur la mine rayonnante et enjouée de sa camarade si pétillante, si généreuse en terme de joie de vivre. Pour le coup, Mayu voulut même s’excuser de son manque d’aise, mais c’était sans compter l’engouement de cette belle et plantureuse jeune femme qui ne lui laissa pas le temps d’ouvrir la bouche avant de se jeter à sa rencontre avec mille mots à la seconde :

« T’inquiètes, je suis toute seule à la maison, ma mère est en voyage d’affaires à l’autre bout du monde pour une semaine, on va pouvoir faire ce qu’on veut.
- Oh je … euh, oh pardon… C’est super Izumi ! »

Difficile de jouer contre sa propre nature. Maladroite, la jeune femme eut malheureusement la tendance à s’excuser avant même d’avoir produit le moindre mal. Mais de voir cette belle amie si heureuse, si allègre dans sa manière de présenter les choses, elle se sentit lentement entraînée dans le rythme de celle-ci. Le sourire lui revint, même si la gêne mettait du temps à partir de ses joues, et c’est avec franchise qu’elle se permit d’exprimer qu’elle trouvait elle même ‘super’ de pouvoir se trouver rien qu’avec elle durant la soirée ! Pour le coup, elle en oubliait même les traîtres directives qui lui avaient été données un peu plus tôt dans la journée. Tout ce qu’elle fit fut de s’approcher de son amie et de lui offrir une bise amicale, comportement peut-être un peu trop familier pour le commun du monde nippon, mais qu’elle accomplissait en pleine confiance avec Izumi au vue de leur relation et de leur entente. Et quand elle vit le sourire que lui rendait cette précieuse camarade, elle ne put en être plus heureuse !

« Rentre te gêne pas ! Fait comme chez-toi, il faut pas te priver ! »

Eut-elle le temps même de comprendre ce qu’elle venait de dire que la pétulante demoiselle aux cheveux rose et vert lui attrapa la main, et la tira à l’intérieur de sa maisonnée à un rythme qui ne laissait guère le choix à Mayu de protester. De toutes manières, elle n’y aurait pas eut le coeur, après tout elle était présente justement pour passer le plus de temps possible en sa compagnie. Mais à partir de là, les voilà qui font un tour de la maison au rythme de l’hôte. Autant dire qu’il n’y avait guère de place pour prendre le temps de réfléchir à ce qu’elle lui présentait. La petite terranide se trouva donc tirée par la main à toute vitesse, passant rapidement devant la cuisine, découvrant le salon et son habillement des plus sobre et sophistiqué. L’hybride binturong eut tout juste le temps de se faire une réflexion sur la classe moderne de l’endroit et sa minutieuse disposition, le comparant à son chez soi bien plus chaleureux mais bien plus bordélique aussi, qu’elle fut à nouveau emportée par son amie en direction de quelques escaliers. Quelques pas, et les voilà en bas pour découvrir une salle de jeu somme toute très bien entretenue, avec notamment le gigantesque billard, dont elle connaissait l’existence sans jamais avoir eut l’occasion d’y jouer malheureusement. Encore une fois, lui vint l’envie de d’abord la remercier de cet accueil, mais surtout de lui dire qu’elle serait ravie de pouvoir apprendre à jouer avec elle… Mais elle eut l’herbe coupée sous le pied par la rapidité d’action d’Izumi, cette dernière lui attrapant la main pour la placer entre les deux protubérances mirifiques faisant office de sein chez Izumi.

Trois choses vinrent en tête pour Mayu. D’abord, que qi elle était elle-même généreusement dotée par la nature, il fallait se rendre à l’évidence, son amie avec une poitrine à se damnée, et elle ne comprenait pas comment tout les jeunes gens du lycée n’essayaient pas de lui sauter dessus ! Ensuite, que là, avec sa main englobée par les deux immensissimes rondeurs, sa petite bise de plus tôt pouvait bien avoir été la chose la plus innocente du monde, là où elle avait put craindre un peu d’audace. Enfin, qu’elle allait rester la plus immobile possible, car si l’instant charmant lui mettait le feu aux joues de manières complètement incontrôlable, ce n’était pas pour autant qu’elle avait pour déplaisir de se retrouver si proche de cette charmante et tendre amie. Grand dieu, et ces yeux pleins d’étoiles qui la contemplait avec temps d’attention. À l’aide, elle surchauffait !

« Désolé je suis surexcitée que tu sois là, je veux que tout soit parfait pour notre soirée ! J’ai envie qu’on profite à fond et qu’on passe notre temps à nous amuser !
M-m-merci Izumi. Ne t’en fais pas, c’est merveilleux, et je suis aussi heureuse comme tout de pouvoir passer ce temps avec toi. Même si je suis un peu …. maladroite pour le montrer, contrairement à toi ! »

C’était ça … Ce bonheur, cet engouement… Ce don qu’Izumi avait de pouvoir la faire sourire en quelques secondes, avec le plus grand des naturels. Mayu adorait ça, elle qui avait eut tant de mal à s’habituer aux faits et gestes des humains, à ce monde qui n’était pas le sien. En tout cas, elle allait se laisser porter, profiter au maximum de l’instant. Rien d’autre ne comptait à ses yeux !

« Tu veux boire quelque chose, car je fais que parler depuis toute à l’heure mais tu voudrais peut-être te poser ? Le trajet s'est bien passé ?
Oh ne t’en fais pas allons. Aucuns problèmes pour le trajet, tu sais je me déplace toujours avec les transports en commun donc j’arrive bien à me repérer. Et pour le reste euuuuuuh ... »

Regardant rapidement autour d’elle, et repensant par là même occasion à tout ce qu’elle lui avait dit, elle ne manqua pas de poser son regard sur le billard et eut un doux sourire. Ouais, peut-être qu’elles pouvaient commencer par-là, de manières à ce que le début de la conversation vienne tout seul, et qu’elles aient le temps de se remettre un peu de … l’arrivée en toute rapidité de Mayu à l’intérieur de la maison familiale de sa chère amie ?

« Est-ce que ça te dis que nous commencions notre temps ensemble par ici ? Je n’ai jamais jouée au billard donc tu … tu pourrais m’apprendre pendant que nous discutons de la semaine, hein ? Quant à boire, j’ai un peu soif oui mais… Je sais pas trop ce que tu as dans ton frigo. Et j’ai jamais bu d’alcool du coup je … euh … Je te fais confiance d’accord ? »

Elle n’avait pas grand contrôle sur les événements, mais elle avait pleine confiance en sa camarade. Au moins, si elle remontait pour aller leur chercher à boire, elle aurait le temps de calmer un peu ses joues, dont la couleur cramoisie n’avait sûrement pas échappée à Izumi. C’était bien malgré elle, et Mayu ne comprenait qu’à moitié sa propre réaction, mais elle avait en tête quelques pensées qui allait dans le sens de ces observations : « Qu’elle est belle quand-même » ou « Mais franchement ma petite Mayu, sérieusement, rougir comme ça parce que tu touche une paire de seins ? Es-tu si pudique que ça ? ». Dans le fond, elle savait que les choses étaient toujours plus compliquée que « être attirée par les hommes quant on est une femme, et inversement », mais c’est vrai que depuis le temps, chaque fois qu’elle se trouvait en la présence de cette précieuse amie, elle avait eut la tendance à comprendre qu’elle possédait une certaine forme …. d’attirance envers elle. Non pas qu’elle ait prévue de se laisser aller en cette soirée, hein ? Jamais elle n’oserait pareil comportement  envers cette si importante camarade, mais elle ne pouvait pas non plus ignorer cet état de fait. Ainsi confuse, la jeune femme cherchait tant bien que mal à reprendre le contrôle de ses nerfs d’ici au retour de son hôte, et en profitait pour observer l’ensemble du billard, cherchant à se rappeler comment elle avait vu des gens y jouer. Cela n’était pas très probant, heureusement que sa camarade allait être là pour la guider… Comme elle le fait déjà si souvent.

« Je te jure, un jour il va falloir que je cesse de paniquer pour tout et rien. »

Se parlant à elle-même tout en se massant ses joues si chaudes, elle souffla un grand coup. Allez, tout allait bien se passer, elle le savait. Ce soir allait être un superbe moment et …. et pour le ‘reste’, elle avait encore le temps d’y réfléchir, n’est-ce-pas ?

15
« Tu sais je … j’l’aime bien moi, elle est pas méchante, j’suis même sûre qu’elle cherche à …
Pas de ça avec moi, Mayu !
Iiiirk ! »

Il avait monté le ton d’un coup, et tout aussi vite s’était-elle rétractée sur elle-même. Mayu n’aimait pas ces zones de conflits, ces moments où les personnes se donnaient le droit d’appuyer leurs propos par le biais d’un grand coup de poing sur la table et d’une voix tonitruante. Le pire ? Elle était sûrement celle qui, une fois en colère, pouvait être la plus effrayante de part ses … origines, mais vu combien elle détestait ce trait de caractère chez les autres, il était passablement évident qu’elle ne supportait pas de se laisser aller à une quelconque saute d’humeur, même infime. Alors là, quand Keiji se mit si soudainement à la rabrouer lors de ses explications, qu’il se mit même à gonfler un peu le corps et le torse pour se faire paraître encore plus musculeux que sa scandaleuse masse corporelle ne le laissait déjà entendre, la pauvre terranide binturong ne put s’empêcher de se faire la plus petite possible. Elle ne s’en était d’ailleurs rendue compte qu’un court instant après, mais le petit couinement qui s’était échappé de ses lèvres à cause de la surprise et du stress n’était pas passé inaperçu, le grand et puissant jeune homme l’observait avec un large sourire, ayant bien remarqué qu’elle n’avait pas les forces de riposter contre son soudain élan de mécontentement. Mais après avoir sursauté et s’être recroquevillée sur elle-même, elle chercha à se déplier lentement pour avoir l’air moins pitoyable… Et l’aîné de la petit demoiselle quitta quant à lui son fauteuil pour aller chercher la jeune fille, la tirant du sol pour la ramener contre son torse.

Dans le fond, ce genre de geste la faisait fondre tout autant que les grosses voix la faisait paniquer. Mais là, en cet instant, ce fut la soudaine impression de sécurité et de tendresse qui prima, tandis qu’elle écouta le puissant jeune homme lui parler chaudement à l’oreille. Le nez à peine au niveau de ses pectoraux, elle écouta tout en se ressourçant entre les bras de celui-là même qui avait manqué lui provoquer une soudaine panique, oubliant déjà la manière si étrange avec laquelle il pouvait parfois la traiter :

« Elle fait genre, Mayu, mais dans le fond c’est une gosse de bourge qui de toutes façons n’a jamais rien risqué dans la vie. Elle peut bien jouer la délinquante, de toutes façons sa mère lui sauve son cul à chaque fois !
J-je… je crois que …
Ouiiiiii, je t’écoutes ? »

Le ton était si peu cordial que Mayu se sentit immédiatement rappelée à l’ordre. Non, c’est vrai, si elle voulait que tout se passe bien, qu’il n’y ai pas de conflit, il était mieux qu’elle aille en son sens. Après tout, il avait quatre ans de plus qu’elle, avait déjà bossé, et vécu bien plus de chose. Il devait avoir raison, et c’était… ou c’était elle qui était en tort à chercher, encore et encore, à trouver des bonnes raisons à son amie de ne pas être une enfant de riche. Pourtant, elle appréciait sincèrement Izumi. Elle savait que la jeune femme, malgré sa naissance, n’avait rien d’une connasse hautaine, d’une gamine capricieuse qui vivait sa vie comme le font bien trop souvent ceux qui descendent de prestigieuse lignée : à se moquer du commun des mortels, à prendre tout ce qu’ils peuvent sans réfléchir, et laisser seulement le minimum à grignoter aux quelques personnes qui auraient eut le malheur d’attirer son attention. Malgré tout cela, toute cette considération, elle n’avait tout simplement pas la force d’aller à l’encontre de son aîné. Elle ne se rendait même pas compte que le jeune homme à la carrure de dieu grec s’amusait à la faire tourner en bourrique pour ses propres intérêts, lui faisant miroiter tout ce dont elle avait besoin : du réconfort, de l’assurance, de la force et de l’intérêt de la part d’autrui. Malheureusement cela la menait aussi droit à sa perte, mais ça elle ne le comprendrait que plus tard, pour l’instant elle ne fit que simplement mine de se raviser, interdite :

« Je crois que …. que tu as raison Keiji, pardonnes moi d’avoir chercher à dire autrement… S’il-te-plaît.
Bien sûr. Et puis ne t’en fais pas, de toutes façons tu ne fera rien d’illégal ! Tu te lèves dans la nuit, tu ouvres la porte, et tout se passera parfaitement bien. Quand à Izumi et sa mère, j’suis sûr qu’elles ont souscrites à tellement d’assurances logement qu’elles seront immédiatement remboursé du plus petit poil de cul qui aurait disparu de leur demeure. Tu vois ce que je veux dire ?
O-oui, bien sûr.
Bien Mayu. Alors à demain, et surtout, pas de bêtise, hein ?
Promis Keiji ... »

Elle baissa les yeux, soumise à l’influence du jeune homme, puis accepta qu’il rompe l’étreinte qu’il lui octroyant jusqu’ici à contre-coeur. Elle se sentait … terriblement mal de faire cela, mais elle n’avait pas trop le choix. Après tout, Keiji avait besoin d’elle, n’est-ce-pas ?

N’est-ce-pas ?


*
*   *
Mayu avait rencontrée Izumi au lycée. Et au vu de la présence de cette camarade d’étude à l’intérieur des bâtiments scolaires de Seïkusu, l’alignement stellaire qui avait dut se produire pour que les deux jeunes femmes se rencontrent tenait sûrement du plus grand miracle des temps modernes. Surtout que tout les séparait, sans même qu’elles n’aient vraiment l’occasion de le mettre sur le tapis lors d’une discussion : Izumi était riche comme tout, Mayu pauvre comme les miséreux sans un toit. L’une avait une mère distante et stricte, l’autre une aimante et attentionnée. Izumi avait une réputation de forte tête, Mayu de gentille jeune fille obéissante et même éffacée. Et les opposés se poursuivaient, sur la question du milieu social, des classes qu’elles occupaient, de leur assiduité en cours, de leur style vestimentaire… Trop, beaucoup trop de choses qui n’avaient tout simplement aucune forme de ressemblance. Deux jeunes femmes, parfaitement opposées, et qui pourtant, avec le temps, avait eut une occasion de se croiser au détour d’une classe participative de chimie, leur permettant alors de s’installer l’un à côté de l’autre, créant en moins de quatre heure une amitié solide. La terranide n’y comprenait rien, mais elle aimait la compagnie d’Izumi, et l’inverse semblait de même. Parfois, la docile inhumaine avait le don de calmer les ardeurs infantiles et incontrôlées de sa camarade, et à l’inverse, celle-ci la poussait à s’affirmer, à se présenter comme une jeune femme à part entière, sans qu’elle ne se limite au moindre propos. Elles se complétaient, et c’était dans cette relation si particulière qu’étaient survenus les événements d’aujourd’hui.

Car elle l’avait invitée à venir chez elle. Si sa maman avait eut le don de trouver cette sortie hors de la maison proprement fabuleuse, ce qui était le plus proche à ses yeux d’un petit copain, Keiji, ne manque pas de voir ce rapprochement d’un très mauvais, tant et si bien qu’il… lui avait imposé un plan qui l’écoeurait : « Voler la bourge ». Ça…. Ne lui plaisait pas du tout, mais la perte d’une autre forme d’affection dont elle avait le plus grand besoin était trop dangereuse à ses yeux pour qu’elle parvienne à lutter contre.

C’est donc tiraillée entre diverses affections et loyautés qu’elle traversait, comme elle le pouvait, les beaux quartiers de la ville, bien loin des ruelles crasseuses qu’elle avait l’habitude d’arpenter. Observant tantôt les beaux jardins aux arbustes taillés en des formes tout à fait étranges, puis les beaux toits de tuiles rutilantes, sûrement traités tout les ans contre les mousses et autres lichens, Mayu ne se retrouvait que bien rarement à observer le petit papier sur lequel Izumi lui avait noté le trajet depuis la ligne de tram la plus proche afin d’atteindre sa maisonnée. Et franchement, fraaaaanchement, elle n’en menait pas large. La pauvre terranide ne se sentait pas du tout à sa place, mais que pouvait-elle y faire ? Rien du tout, elle n’allait pas fuir au loin, prise de panique face à tant de richesses objectivement remarquables à vue de nez. Non, à la place elle chercha dans l’absolu à trouver rapidement sa destination, tourna d’une petite rue coquette à l’autre, puis enfin trouva la rangée de numéros correspondante à celle marquée sur son plan de fortune. Alors, le trente-six. Le treeeente-six… Par déduction, elle comprit finalement qu’il devait s’agir de la belle bâtisse aux murs couleur crème et au toit noir, une alliance de style relativement nippon, mêlé à un large espace vert qui manqua lui faire tourner la tête d’incrédulité. Bon sang, cela devait coller avec l’image de la mère d’Izumi, mais imaginer la belle et provocante rebelle dans un tel milieu, c’était … Un peu comme imaginer un poussin couvé par un terrible et maléfique serpent. Cela ne collait pas du tout ensemble !

Mais elle était enfin arrivée, alors elle fit ce que l’on pouvait attendre d’elle. Se plaçant à l’interphone, elle vint appuyer sur le petit bouton jaune d’appel, puis se posta nerveusement en face de la caméra qui se trouvait en haut du portique. Dès lors qu’elle entendit la délicate sonnerie lui annonçait que quelqu’un avait décroché, elle s’empressa de prendre la parole nerveusement.

« B-b-b-bonjour. Je m’appelle Mayu, Mayu Sorcelienne. Izumi Cho-sama m’a invitée à venir passer la nuit ici. »

La formule de politesse était sortie toute seule, de peur qu’elle se retrouve à se présenter à un valet, voire pire, à la maîtresse de maison, la mère de sa belle amie !

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