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« le: dimanche 12 janvier 2025, 02:58:08 »
Jessica était toujours en tournée. Ces temps, elle n’arrêtait plus et plus encore d’ailleurs, depuis la mort de Brian. Tué par une petite vampire adorable, Em. Il fallait avouer que cette dernière n’était pas du genre de ces deux précédents possesseurs. Elle était adorable, avait, certes, ses addictions et autres petites préférences, mais au moins, elle n’était pas une sorte de porc aux mains baladeuses qui ne rêvaient que d’assouvir leurs pulsions et d’asservir la toon. On pouvait même avouer que Em était du genre à laisser beaucoup de latitude à Jessica, semblant encore ne pas trop comprendre ce dont elle avait hérité en prenant la vie de Brian Wilkins. Pauvre Brian...pauvre...non en réalité, Jessica n’avait pas versé une seule larme d’encre lorsqu’elle avait eu connaissance de sa fin. Il avait été utile au moins une fois dans son existence, en nourrissant l’appétit de la petite vampire qu’était Em et ce n’était vraiment pas pour déplaire à la rousse sulfureuse.
- Mrs. Rabbit, vous êtes prête ?
- Oh darling...depuis toujours.
La toon était vêtue d’une robe bleue, ce qui n’était pas coutumier, mais elle aimait parfois laisser au placard son éternelle robe rose et ses gants violets. Elle avait eu envie, de plus, de se mettre dans le thème spatiale de cet endroit dont elle n’était coutumière que depuis peu. C’était un endroit perdu dans l’espace, où tout l’univers semblait venir se perdre pour quelques heures de plaisir, de jeu ou de jouissance. Jessica en avait foulé des scènes. De la plus petite, perdue dans un bouge sombre enfumé aux odeurs d’after-shave et de cigare, aux grandes scènes de cabaret. Elle ne faisait pas la fine bouche. Aussi, lorsqu’un contrat lui avait été proposé dans ce lieu, elle n’avait pu refuser. Et puis c’était l’occasion pour elle de voir l’espace, endroit qu’elle n’avait pas eu l’occasion de connaître malgré ses «nombreuses» vie de Toon. Elle n’avait pas besoin de faire beaucoup d’effort pour se déplacer, au vu de sa nature et ainsi, ne coûtait pas grand-chose à ses employeurs. Pas besoin de billet de train, d’avion, de fusée. Nul besoin non plus de mettre de l’argent dans des gardes-robes hors de prix...il n’y avait même à s’inquiéter de la nourrir ou lui offrir le confort d’une loge immense. Malgré sa petite notoriété, Jessica était certes sulfureuse, mais n’était pas une diva pour autant. Les gens pensaient souvent, à tort, en la voyant, qu’elle devait être telle que son apparence l’affichait, une croqueuse de diamant qui devait coûter cher...très cher. Seulement, comme elle aimait à le dire elle-même «I’m not bad...I’m just drawn that way...».
Certains artistes vous parleraient de la sensation d’excitation et de trac mêlé, le fait de monter sur scène, devant des gens qui étaient là pour eux. Mais Jessi ? Elle, ne sait pas ce que sont toutes ces sensations. En vérité, elle n’avait jamais le trac et ne se sentait que rarement nerveuse. Bien que de plus en plus proche d’un humain au niveau de ses émotions et éloignée de la toon, Jessica affrontait la scène avec le plaisir de celle qui s’avance en terrain conquis. Celle qui sait pertinemment que c’est sa place. Elle était faite pour ça. Le chant, la danse...charmer, envoûter, attraper. Certes, elle ne plaisait probablement pas à tout le monde, mais elle ne laissait certainement pas indifférent. On se souvenait longtemps des formes irréalistes, de la rousseur flamboyante ou de cette voix inimitable, car inhumaine. C’était simple, et quelque peu de la triche. Dessinée pour le plaisir de son créateur, elle était capable de répandre un parfum qui vous enivrait autant qu’un bon bourbon ou de vous donner une sensation que vous chercheriez sans parvenir à la retrouver, tant elle vous a plu. Une envie d’abandon le plus total. Et une fois qu’elle vous avait heurté de son charisme toonesque, alors il était difficile de l’effacer complètement de votre mémoire. Demandez donc aux personnes ayant regardé «Qui veut la peau de Roger Rabbit».
- C’est à vous Mrs.Rabbit.
- Oh...darling. Call me Jessica.
Elle fit un clin d’oeil à la personne chargée du passage des artistes sur scène et s’éloigna de son pas chaloupé pour s’approcher du rideau. Elle n’avait pas besoin de se concentrer pour se souvenir des paroles ou des gestes pour sa fameuse chanson, aussi elle se lança dés que la musique commença. La jambe qui passe entre le rideau tandis que la voix de velours monte. Nul besoin de micro, chaque note se baladait dans la salle et semblait vous cibler vous, personnellement. Comme si chaque individu, chaque créature présentes, était unique. Et se trouvait seule avec la toon. Le jeu de lumière faisait briller sa peau comme si une légère couche de moiteur la couvrait. Lorsqu’elle se déplaçait sur la scène, ses vêtements épousaient parfaitement ses formes, totalement fait sur mesure. Et c’était le cas. Car une toon ne se vêt pas comme vous et moi...c’est au-delà.
- Why don’t you do right, like some other men do…
Parfois, elle s’arrêtait à une table, attrapait une rose pour la déposer sur les jambes de la voisine de tablée, puis s’échappait sans arrêter de chanter, pour s’asseoir sur les genoux ici ou se laisser effleurer là. Personne n’était en mesure de réellement la toucher si elle ne le désirait pas, capable de s’esquiver avant que la main baladeuse ne l’atteigne. Puis elle s’arrêta pour ses quelques dernières phrases à la table d’un homme seul. Sans savoir pourquoi, Jessica y resta plus longtemps. Pour le final, alors que normalement elle remontait sur scène pour les dernières notes, ou sur le piano du musicien, tout dépendait. Mais elle évitait de se retrouver avec un client à ce moment. Seulement, ce soir, elle resta en bas de la scène, approchant son visage de celui de Jack, sa main lui caressant le menton avec légèreté. Se penchant au point d’avoir ses lèvres proches des siennes, laissant le dernier mot de la chanson se perdre contre la bouche de l’homme. Mais avant de risquer un quelconque baiser, Jessica se redressa et reparti sur scène, professionnelle, avant de saluer le public d’un clin d’oeil. Elle s’enfuit derrière les rideaux, gardant sur sa paume, la sensation de la barbe naissante de ce client avec qui elle avait changé le scripte de son spectacle pourtant rodé depuis des années maintenant.