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Les musées, j'aime pas ça.
Trop de lumière, trop de gens qui parlent doucement devant des trucs morts depuis trois mille piges, et toujours un connard pour t'expliquer qu'un caillou vaut plus cher que ta bagnole. J'préfère les garages. Au moins, quand quelque chose disparaît, y a généralement un type qui s'est barré avec.
Sauf qu'à Seikusu, les types en question ont décidé d'être plus malins.
Trois musées cambriolés en moins de deux semaines. Pas de vitrine explosée, pas de gardien refroidi, pas même une putain d'alarme déclenchée sur le dernier site. Les caméras ? Des trous de plusieurs minutes dans les enregistrements. Les serrures ? Intactes. Les objets volés ? Des reliques égyptiennes appartenant toutes à une période bien précise d'une ancienne dynastie.
Pas les bijoux les plus chers. Pas les pièces les plus célèbres. Non. Des trucs dont personne n'aurait entendu parler sans consulter trois catalogues poussiéreux et un universitaire insomniaque. Mon Organisation m'a transmis le dossier avec une consigne simple : retrouver les pièces avant qu'elles ne terminent dans une collection privée, un réseau de recèle ou entre les mains d'un illuminé persuadé qu'un scarabée doré peut lui offrir la vie éternelle ; offrant son fion de chitine dans un halo de lumière avec la voix enrayée d’un mégaphone.
J'ai connu des boulots plus simples. Mais rarement des boulots où les clients avaient autant de raisons de mentir.
Alors j'ai commencé par les gens. Les conservateurs, les responsables de la sécurité, les convoyeurs, les types chargés de l'inventaire. J'ai écouté leurs versions, comparé les horaires, récupéré les plans des bâtiments et passé assez de nuits à éplucher des enregistrements pour avoir envie d'étrangler quelqu'un avec un câble HDMI. Un détail revenait pourtant dans chaque affaire : les pièces volées avaient toutes été déplacées, inventoriées ou photographiées quelques jours avant leur disparition. Quelqu'un connaissait leur emplacement exact. Quelqu'un savait ce qu'il cherchait.
Et quelqu'un avait pris soin de ne rien laisser derrière lui.
Enfin, presque.
Une plaque d'immatriculation aperçue sur une caméra de circulation. Un véhicule de location. Un nom d'emprunt. Une réservation dans un établissement discret du vieux quartier. Des miettes, quoi. Le genre de piste qui fait rire les flics jusqu'au moment où elle les mène devant une porte qu'ils auraient préféré ne jamais ouvrir.
Moi, j'ai continué.
La nuit avait déjà bouffé les rues quand j'ai fini par remonter jusqu'à un ancien bâtiment commercial, coincé entre deux façades décrépites. Pas de gardien, pas de voiture devant l'entrée. Juste une lumière filtrant sous une porte et ce silence un peu trop propre qui pue le piège à plein nez.
J'ai poussé la porte.
À l'intérieur, l'air sentait la pierre froide, le bois ancien et cette odeur sèche des vieux objets qu'on conserve loin du soleil. Des caisses ouvertes encombraient la pièce. Certaines contenaient des fragments de statues, d'autres des étoffes protégées sous du plastique. Sur une table, des photographies montraient des pièces exposées dans les musées cambriolés.
Mon regard s'est arrêté sur une silhouette.
Une femme dans l’obscurité, je n’ai que le contour de son corps comme première info. Très opulente, avec une présence qui aurait dû remplir la pièce à elle seule. Et pourtant, elle se tenait là avec une discrétion presque insultante, on aurait dit qu’elle avait appris à occuper l'espace sans jamais attirer l'attention.
J'ai laissé la porte se refermer derrière moi.
Deux mètres de viande, des épaules taillées pour déplacer des meubles sans demander l'aide de personne, les mains assez larges pour faire passer une mâchoire pour un jouet. J'ai pas besoin de hausser la voix. En général, ma gueule fait déjà le travail. Et si elle ne suffit, je n’aurais qu’à avoisiner les 3 mètres de poils pour terminer le boulot.
Mes yeux ont glissé vers les caisses, puis vers elle. J’dégaine mon désert eagle dans un cliquetis métallique sinistre.
« J'vais t'épargner les conneries habituelles. T'as deux options : tu m'expliques pourquoi des morceaux de l'Égypte antique se baladent dans ton salon, ou j'commence à démonter cette baraque jusqu'à c'que les réponses tombent toutes seules. »
J'ai marqué une pause, le regard planté dans le sien.
« Et crois-moi, j'suis nettement moins soigneux qu'un archéologue. »
J'ai pas bougé d'un pouce. En tout cas pas encore.
Parce que quelque chose clochait. Cette femme n'avait pas l'air d'une receleuse qui venait de se faire prendre la main dans le sac. Elle avait l'air d'être exactement là où elle avait prévu d'être.
Et ça, ça commençait sérieusement à m'emmerder.