Le Grand Jeu

Plan de Terra => Les contrées du Chaos => Discussion démarrée par: Weyrith le vendredi 27 mars 2026, 06:41:06

Titre: Par les eaux, sois ressuscitée ! -- Weyrith & Thyia
Posté par: Weyrith le vendredi 27 mars 2026, 06:41:06
Nexus désignait par Contrées du Chaos tout ce qui se trouvait au-delà de son territoire, et y incluait Ashnard. Ashnard, évidemment, désignait par ce terme tout ce qui se tenait entre Nexus et l’Empire. C’était une vaste terre de royaumes épars, mineurs et désunis, et de territoires anarchiques ou décentralisés, aux mains de clans et de tribus sans rois, que les vastes armées traversaient pour se faire la guerre et taxaient de multiples façons à chaque fois. Bien sûr, qualifier Ashnard de chaotique n’était pas usurpé, mais jamais l’Empire n’admettrait de voir son instabilité caractéristique lui valoir la même place que les entités barbares qu’il qualifiait comme telles.

Ainsi, Ashnard mettait un point d’honneur à affirmer sa supériorité. Son influence se ressentait loin et, lorsque ses armées se mettaient en marche, elles faisaient trembler la terre de leurs pas, roues et fers, et l’air de leurs cors, clairons et percussions. De larges et vastes colonnes se mettaient en mouvement pour la moindre offense, écrasant tout sur leur passage et ne laissant rien derrière elle de ce qui avait déconvenu à l’Empereur.

L’Empereur Weyrith survolait ce jour-là une colonne de son vieil ami Mogdarr tandis qu’elle faisait chemin vers un bastion d’Orcs devenu trop puissant et désobéissant. Il était temps de réduire leur nombre drastiquement et de les disperser, comme cela se faisait de tous temps et depuis toujours. C’était un bon moyen de garder les troupes en forme et de leur faire un rappel des bases. Les Orcs étaient des adversaires désordonnés mais redoutables. Face à eux, une discipline de fer et une stratégie adaptée faisaient la différence entre victoire et défaite, et chaque rencontre avec eux rappelait aux hommes l’utilité d’une bonne organisation.

Mogdarr, lui aussi, pourrait faire usage du rappel. Lui-même était des races ogresques et devait se voir parfois rappeler l’intérêt de la patience et de la planification au combat. Lorsque Weyrith posa son immense dragon noir sur l’énorme chariot de commandement du général, son ami monta jusqu’à lui pour l’accueillir de sa stature monumentale, frappant l’alliage enchanté de son armure de jais et d’or du plat d’une main qui eut aussi bien pu être un gantelet d’acier nain.

« Tu nous fais l’honneur de ta présence, Majesté ? »

« Il y a trop longtemps que nous avons croisé le fer ensemble, mon ami. Et je me lasse des batailles rangées. Le chaos orc me fera le plus grand bien. »

Mogdarr éclata d’un rire gras et sonore qui fit sursauter les vigies et le mage clairvoyant présents sur le toit du chariot.

« Y en a qui doivent déjà paniquer au palais ! »

« Ou se préparer à prendre ma place. Je m’en chargerai en rentrant. »

L’empereur eut un sourire sadique à ces paroles et il descendit vers les appartements du général afin de discuter campagne, mais aussi et surtout aventures, femmes et bagarre.


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La bataille avait été sanglante et victorieuse. Les forces ashnardiennes avaient combattu avec ardeur, supportant l’assaut orc incessant derrière des formations de barrage maîtrisées et à l’aide de roulements synchronisés des troupes, décimant les rangs ennemis à l’aide de flèches, de sorts de destruction et de boulets jusqu’à ce que la masse critique soit atteinte. L’élite avait alors sillonné les rangs et était entrée dans la bataille, rencontrant des ennemis furieux, mais épuisés, qui résistèrent peu avant d’être mis en déroute par le mélange de sortilèges de combat et d’acier runique qui leur était opposé. Les campements avaient été abandonnés par des bandes se dispersant anarchiquement et ils avaient été saccagés. Huttes et idoles avaient été détruits. Les individus retrouvés avaient été exécutés et exposés pour l’exemple. Les chefs capturés furent amenés sur le chemin de repli de leurs armées et décapités, leurs têtes empalées comme une barrière funeste et un avertissement.

Dans la mêlée, Weyrith et Mogdarr s’étaient repus, et c’est vidés de leur appétit de sang qu’ils se retrouvèrent dans le chariot de commandement sur le retour, buvant, mangeant et baisant à l’envie, célébrant la vie et la victoire sur la mort tandis que cortège funéraire et troupes prenaient le chemin de leurs pénates.

C’est sur ce chemin que le chariot fut arrêté et qu’un garde se présenta, réveillant les deux illustres d’un air embarrassé. Visiblement, il ne s’attendait pas à ce que l’Empereur soit encore là, et il déglutit en lui signalant que l’avant-garde avait mis la main sur une prise intéressante. Peu content d’être réveillé, même s’il ne dormait que très peu (son temps de sommeil lui était d’autant plus précieux), Weyrith laissa son ami dormi et se vêtit de sa tunique de repos, noire et brodée d’or, ceinture pourpre de velours à la taille, avant de quitter le chariot massif et de suivre le garde. Une monture lui fut proposée et il la monta avant de galoper jusqu’à l’avant des troupes, ce qui lui prit bien un quart d’heure.

Chaque troupe avait son wagon logistique, un convoi de chariots bâchés ou ouverts contenant leurs provisions et armes, mais aussi le nécessaire au campement, des roulottes rouges de prostituées, des voyantes et autres prêtres et shamas et des hôpitaux de campagne roulants. C’est dans un de ces derniers qu’on conduisit l’Empereur, et qu’il découvrit, allongée sur un lit de camp, une curieuse créature. Humaine d’après ses traits dominants, elle était cependant d’une blancheur d’albâtre immaculée. Sa beauté frappait immédiatement, même si elle avait clairement vu de meilleurs jours. Elle était ridée et sèche, les traits tirés et la peau flasque par endroits. Ça et là, elle semblait même se craqueler et se fendre par petits morceaux. Immédiatement, Weyrith avait dressé un voile de Vents autour de lui le protégeant de tout contaminant et il entra dans une vive colère.

« Tu as osé me conduire dans un mouroir potentiellement contagieux, crétin ?! »

« Paix, Votre Majesté Impériale, lança un magicien d’une voix profonde. Cette femelle n’est pas contagieuse. Ni même malade, Messire. »

Hésitant, Weyrith serra la mâchoire mais finit par lâcher le garde dont il avait déjà saisi les poignets, tournant son attention vers le spécialiste, analyste de la magie et détecteur de mages. Il alla à son côté tandis qu’il imposait ses mains à divers endroits de la mystérieuse inconnue, établissant son diagnostic.

« Qu’est-ce qu’elle est, et qu’est-ce qui lui arrive, maître ? »

« Je ne puis répondre à la première question, Messire. Pour la seconde, en revanche, je peux me prononcer avec certitude. Cette créature, quelle qu’elle soit, est étroitement affiliée à l’eau. Je… doute que ce soit sa forme véritable. Son affinité est vraiment… C’est un cas rare, Votre Majesté. Je- »

« Qu’est-ce qui lui arrive ? »

Weyrith perdait patience et le magicien, tout probe et dévoué qu’il était, déglutit et laissa la science au placard pour une réponse simple :

« L’eau, Messire. Elle est associée à l’Eau, c’est son élément, ça lui est vital. J’en suis certain. De l’eau la sauvera. »

L’Empereur leva un sourcil étonné et sarcastique, retournant à l’arrière pour ouvrir le rideau donnant sur l’étendue rocailleuse et aride qu’ils traversaient à ce moment. Il referma et revint vite, comme s’il lui avait fallu cette observation pour avoir la certitude d’avoir bien appréhendé leurs alentours.

« Si c’est le cas, qu’est-ce qu’elle peut bien foutre ici ?! »

« Peut-être aura-t-elle les réponses en se réveillant, Votre Majesté Impériale ? Mais je ne saurais que presser humblement Votre recours. Son temps est compté en minutes à ce stade, je le crains. »

« Hmmm. Merci pour ton service, magicien. Tiens ! »

Il sortit une petite bourse d’or qu’il lui lança, et donna ses ordres au garde. Une minute plus tard, un chariot avait été vidé et un triple équipage de chevaux y avait été harnaché pour aller vite. Le lit de camp fut installé sur le plateau libre et bien sanglé avant un galop effréné vers l’arrière. Arrivés au chariot de commandement, on réquisitionna quelques-uns des ogres tirant la forteresse roulante pour vite monter l’inconnue jusqu’aux appartements du général, où Weyrith prit le relais lui-même. Un coursier parti devant, encore haletant, supervisait le remplissage de l’énorme baignoire de Mogdarr, qui était presque remplie grâce au système de pompe relié à la réserve d’eau du véhicule géant. Il immergea la beauté blanche et soupira, chassant tout le monde avant de s’asseoir sur un tabouret présent là, veillant la récupération de celle dont il ignorait encore tout, sinon son affinité élémentaire rare à l’Eau.